Groupe CAPL : une triple crise qui oblige à l’ingéniosité

Publié le 04 novembre 2022

L’inflation galopante et la guerre en Ukraine ont généré des tensions majeures ces derniers mois sur l’approvisionnement. Produits phytosanitaires, fer, plastique, engrais, verre, bois, composants électroniques… Rien n’y échappe. Outre les prix, la chaîne logistique a également été impactée. Jusqu’ici, le Groupe CAPL a su anticiper. Mais les complications risquent de perdurer.

“Cela fait plusieurs mois que nous connaissons de fortes tensions sur les engrais. Cela a démarré dès le 4e trimestre 2021 : nous avions anticipé et acheté davantage en vue de constituer des stocks nous permettant de tenir entre 8 et 12 mois. Cela nous a permis de lisser l’augmentation et d’atténuer la hausse sur la campagne 2021-2022. Nous avons vendu un tiers d’engrais en plus en volume en particulier sur la pré-saison, car nous avions à la fois la capacité à avoir du stock et à le payer. Mais cela risque de ne pas être pareil cette campagne 2022-2023”, résume sobrement Patrice Florentin, directeur général de la Coopérative agricole Provence Languedoc (CAPL). “On s’est couvert très tôt, dès avril, avec des achats précoces, réalisés sans prix. C’était risqué et nous avons pris un risque notable. Mais sans cela, nos adhérents n’auraient pas eu de produits pour 2022-2023.”

L’engrais n’a pas été le seul souci. “En soufre aussi la campagne a été difficile. Comme pour le verre, on a la sensation de ne pas comprendre les causes réelles de la pénurie. Heureusement sur la santé végétale en général, il y a eu peu de maladies et la météo a été, de ce point de vue, clémente.” Le directeur note aussi des évolutions sur les gammes de produits, “avec des chaînes d’approvisionnement tendues et des difficultés qui apparaissent sans trop d’explications”, poursuit-il.

Des achats précoces en pré-saison

L’an dernier, la CAPL a donc misé sur des achats précoces, s’appuyant sur sa capacité de stockage et son union d’achat, Actura, qu’elle a rejoint en juillet 2021 après avoir quitté Unisud. “Nous avons contacté nos adhérents en leur proposant de s’engager par anticipation sur les achats d’engrais et d’appro en général, en leur accordant des facilités de paiement en retour. Cela leur a permis de faire des achats regroupés et conséquents, des livraisons groupées également”, détaille Patrice Florentin, qui estime que cette stratégie risquée a permis de faire bénéficier les agriculteurs de quelque 700 000 € d’économies sur la hausse de l’an dernier. “Cette année, on sait déjà que cela sera plus compliqué sur les engrais. Sur les produits de santé végétale, la campagne s’annonce avec des hausses de +15 à +30 %, hausses liées à des changements de stratégie des firmes internationales qui décident de procéder à des hausses arbitraires, sans commune mesure avec l’inflation, qui existe, je ne le nie pas, mais pas dans de telles proportions.” Des profiteurs de guerre ?

Au final, c’est donc une triple crise auxquelles doit faire face la filière agricole et le pays tout entier : inflationnaire d’abord, avec une explosion de prix généralisée jamais vue depuis plus de 40 ans. De pénurie ensuite : “Outre le fait que les produits sont chers, même si on a la trésorerie pour payer, on ne les trouve pas ; et les chaînes logistiques sont ralenties quand elles ne sont pas à l’arrêt”. Économique enfin, avec des marchés déstabilisés et qui ne savent pas trop comment réagir et, plus globalement, le spectre de la récession. “Ces trois points se percutent et on est dans un pays qui a artificiellement dilué cela avec le ‘quoiqu’il en coûte’ qui n’a, en réalité, que différé le problème.”

Quant à déterminer le point de basculement et un retour à la normale ? Personne ne dispose d’une boule de cristal. “On ne sait pas quand prendra la fin de l’inflation. Et quand elle prendra fin, on risque d’avoir des acheteurs et des consommateurs qui retardent leurs achats, attendant de meilleures offres.”

Compétences et plus-value

Alors que faire ? Rester vigilant évidemment. Ensuite, alerter sur les arbitrages internationaux “qui ne manqueront pas de se faire sur les ressources, agricoles notamment. Cela pourrait entraîner encore davantage d’importations de produits finis venant en concurrence de nos productions agricoles”. Mais aussi continuer à former et trouver de nouvelles compétences, “en ayant pour objectif d’être dans l’efficacité opérationnelle pour soutenir les exploitants dans leur conduite de culture”. Sur ce dernier point, la CAPL compte s’appuyer sur son école de formation créée en interne (voir encadré).

Mais la coopérative compte aussi trouver de nouveau partenariats – en allant plus vers “l’association avec” plutôt que “la fusion avec” – et de nouveaux débouchés à forte plus-value. “Les agriculteurs et les industriels ont su faire face pendant le Covid à un danger grave. Personnellement, j’ai beaucoup d’espoir dans les entreprises qui, quand elles sont au pied du mur, savent se réinventer. On l’a vu pendant la crise sanitaire.” Après, cela ne se fera pas d’un claquement de doigts, concède-t-il : “Il faut se structurer, être en capacité de se réinventer et avoir une veille active sur les marchés, pour identifier les opportunités et les saisir rapidement. Et, bien entendu, en avoir les moyens, c’est-à-dire s’organiser, pouvoir lever des financements et créer de la vraie valeur. C’est ce que nous faisons par exemple avec les brevets déposés sur des produits cosmétiques réalisés à partir de drêches de tomates issues de la production du Panier Provençal, l’usine de transformation située à Tarascon”.

La CAPL a d’ailleurs créé, en 2021, la SAS Phenix en Provence, détenue à 50/50 avec Leila Falcao, scientifique experte en extraits naturels. La SAS a pour mission de valoriser les drêches pour en extraire des produits à destination de l’industrie cosmétique. “Nous avons passé la pré-production industrielle et, cette année, nous avons produit une tonne de produits cosmétiques qui va nous permettre d’aller faire référencer nos principes actifs issus des drêches : une cire extraite de la peau de la tomate, et une huile végétale pour des sérums corporels issue des graines de tomate.” Pour avancer plus vite, la CAPL a établi un partenariat exclusif avec un formulateur-revendeur international, afin d’accélérer les référencements auprès des grands cosméticiens internationaux. “Les commandes de matériels ont été passées pour installer l’usine de production de ces principes actifs, qui se tiendra à Tarascon également, à côté du Panier provençal. Les premiers revenus sont attendus sur 2024, avec la production de 2023.”

Céline Zambujo


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