Gigondas LaCave : une stratégie pour sécuriser l’avenir de la cave

Publié le 28 février 2022

À partir de cette année, Catherine Thomas viendra proposer un appui administratif de la Chambre d’agriculture directement à la cave. (© ML)

L’avenir est à portée de main pour les coopérateurs de Gigondas LaCave. Réunis pour leur assemblée générale le lundi 31 janvier, ils ont pris connaissance du bilan 2021 et des projets pour 2022. Qualité, investissement et accompagnement sont résolument les trois mots venant qualifier l’année à venir.

"Tout à fait correcte par rapport aux années antérieures.". Voilà comment Grégory Herbet, expert-comptable, qualifie la quantité rentrée aux vendanges 2020. Avec 8 202 hectolitres, contre 7 398 ha l’année précédente, la récole est effectivement satisfaisante et en constante augmentation depuis plusieurs années. Rassemblés à la salle des fêtes de la commune, les coopérateurs de Gigondas LaCave écoutent les chiffres dans une atmosphère studieuse, ravis de la clarté du bilan énoncé. La santé financière de la cave est bonne, une hausse de la rémunération est annoncée, et des bénéfices viennent une nouvelle fois asseoir un peu plus confortablement la structure dans son territoire. Une satisfaction pour l’équipe du conseil d’administration avant d’entamer le point sur 2021, année difficile.

Pour la récolte 2021, "les vendanges se sont achevées le 13 octobre, et plus de 9 000 hectolitres ont été apportés à la cave, notamment grâce aux nouveaux coopérateurs qui viennent non seulement augmenter les volumes, mais aussi étoffer la gamme", explique Bernard Goumarre, président. Dans son rapport moral, il évoque une "stratégie rassurante et conforme aux ambitions de la cave", qui compte désormais 71 adhérents pour une superficie totale de 313,66 hectares

Si la quantité récoltée s’avère honorable, quelques difficultés sont toutefois venues compliquer le processus de vinification. "Avec un millésime 2021 qui a pris un retard d’environ 15 jours, la vinification s’est avérée complexe et la cuvaison très longue, à cause de problèmes de maturité", explicite Philippe Faure, maître de chai de la cave. La décision de tout rentrer, quand bien même la maturité était très hétérogène, prise par Christophe Esclangon, le directeur, est assumée : "Il a fallu choisir et j’ai privilégié la protection sanitaire. Il est vrai que ça n’a pas facilité l’assemblage. Ça nous a donné beaucoup de travail, mais nous l’avons fait pour la qualité, qui reste la clef de voûte de nos vins".

De la qualité pour le millésime à venir donc, avec un degré d’alcool moindre aux alentours de 13,5 %, ce qui devrait plaire aux consommateurs. Joël Choveton, président de la Fédération des vignerons coopérateurs de Vaucluse (FVCV), présent à l’assemblée générale, a souhaité les rassurer : "Nous sommes à peu près tous dans le même cas : l’hétérogénéité a conduit à une récolte difficile à vinifier, mais l’ensemble reste très correct, notamment grâce à la coopération qui a bien tenu". Un rappel des valeurs qu’il estimait important, au regard de la situation ces deux dernières années

La cave renouvelle son équipement

Lorsque l’on représente 15 % de l’appellation, avec 128 ha en AOP Gigondas, le renouvellement de la cave doit suivre. Le conseil d’administration s’assure donc que les investissements nécessaires soient faits en temps et en heure, avant l’obsolescence de l’équipement qui pousserait à des dépenses bien supérieures. L’année 2022 sera par conséquent marquée par d’importants investissements, dans l’objectif d’amorcer des travaux à la cave. Sur une enveloppe de près de quatre millions, des provisions mises de côté les années précédentes viendront abonder en partie le besoin de financement, ainsi qu’une subvention de FranceAgriMer qui vient d’être validée et représentera "quelque 24 % des frais" liés au projet.

Parmi ces travaux, la réfection des quais de réception, avec un pour le conventionnel et un second pour le bio. L’installation datait de 1986, "il était temps de les remplacer ! Ça aura une influence sur la qualité des vins que nous aurons ainsi encore la capacité d’optimiser", explique Christophe Esclangon. La livraison a été actée fin janvier et a ensuite laissé place aux travaux d’agrandissement du chai, avec "la construction d’un chai dédié aux vins issus de l’agriculture biologique", dévoile Bernard Goumarre. Un pas de plus vers une stratégie en faveur de la transformation des exploitations qui, bien que pas toutes en bio pour le moment, devront toute se tourner vers la Haute valeur environnementale (HVE). "La planification des formations HVE dispensées par la Chambre d’agriculture a été faite. Vous pourrez donc prochainement commencer à vous inscrire", annonce le directeur de Gigondas LaCave. Pas besoin de formation pour les détenteurs du label évidemment, mais les autres pourront choisir entre huit sessions pour se former, sans aucun frais puisque la cave coopérative assure les prendre en charge (exception faite pour les cotisants-solidaires qui devront s’acquitter d’une facture de 155 €).

La Chambre d’agriculture au chevet des adhérents

Traditionnellement accompagnée par la Chambre d’agriculture, l'assemblée se poursuit avec la présentation d'une nouvelle tête qui prendra la suite de François Berud, désormais en charge de l'équipe 'vigne et vin' de la chambre consulaire : Catherine Thomas. La conseillère maintiendra les activités de son prédécesseur, à commencer par les observations faites tout au long de 2021, marquée par "une météo compliquée avec des précipitations supérieures de 40 % à la normale", une "hétérogénéité au sein même de l’interceps à cause du gel", mais aussi "des mois de juillet et août plus froids et humides", ou encore "un millésime qui s’annonçait tardif", "des vendanges pénibles"

Catherine Thomas revient également sur les actions menées en 2021, mais insiste surtout sur la prestation 'Appui administratif' auprès des vignerons, qui sera testée tout au long de l’année : "Les parties administratives se sont dématérialisées progressivement ces dernières années et beaucoup de vignerons peinent ou passent beaucoup de temps sur cette partie. Pour vous faire gagner du temps et vous sécuriser lors de projets plantation, labélisation, demandes d’aides diverses, la Chambre d’agriculture met en place cet appui externe au sein même de la cave". Si la réflexion suit encore son cours quant à la façon de mettre en place ce nouvel accompagnement, Catherine Thomas peut déjà confirmer qu’elle apportera une aide complète sur les parties Prodouane – mise à jour du Casier viticole informatisé (CVI), déclaration de fin de travaux arrachage/plantation/achat/vente, création exploitation… – et FranceAgriMer (vitiplantation, vitirestructuration), ainsi qu’une aide partielle pour les dossiers PAC, HVE, MesP@rcelles, ou encore PCAE, avant de rediriger les coopérateurs de Gigondas vers d’autres conseillers de la Chambre d’agriculture.

"L’idée est d’acquérir des compétences externes sur des sujets administratifs qui peuvent être un peu rébarbatifs. C’est un problème lorsque l’on est dans les vignes ou quand on n’a pas accès à internet", affirme Christophe Esclangon. Un service gratuit pour les adhérents qui pourrait être traduit comme un coup de pouce bienvenu après une année aux multiples aléas.

Manon Lallemand


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