Geves : Homologuer, expérimenter et protéger la diversité des semences

Publié le 23 août 2021

A l’extérieur, les collections s’épanouissent sous serres ou en plein champ. (© ML)

Etudes variétales pour de nombreuses espèces, contrôles de stabilité, conservation des ressources génétiques… Les missions du Groupe d’Etude et de contrôle des Variétés Et des Semences (Geves) sont variées. Au Thor, les 26 agents de l’unité travaillent à l’expérimentation de nouvelles variétés, toutes uniques.

Après la Seconde Guerre Mondiale, alors que partout les batailles ont laissé des traces de leurs passages, le ministère de l’agriculture décide de mettre en place des programmes permettant de faire le point et répertorier les variétés d’espèces légumières déjà existantes, entre autres. L’objectif parait ambitieux, mais il faut nourrir l’Europe. Les années 1970 sonnent l’heure de la mise à plat. Emerge alors une volonté politique d'étoffer le catalogue officiel des variétés d’espèces légumières (créé en 1952). Au début, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) – devenue INRAE au 1er janvier 2020, de la fusion entre l'Inra, et Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture) – s’est chargée de l’expertise, sur son site provençal de Montfavet. Les nombreux programmes de recherche sur la question ont conditionné l’installation de plusieurs entreprises semencières dans les environs. Le Geves est ensuite créé en 1989 afin d’externaliser la recherche dans une mission d’intérêt public. Un 1er bail est ainsi réalisé avec des propriétaires terriens sur la commune du Thor. Le site s’étale aujourd’hui sur quelques 60 ha.

Presque dès le départ, la collaboration dépasse les frontières grâce à un travail régulier avec l’Upov (Union pour la protection des obtentions végétales) avec pour objectif la création d’un protocole technique commun.  « Il y a un travail d’homogénéisation pour créer un catalogue européen et nous permettre de tous parler la même langue du point de vu variétal », explique David Hidrot, directeur de l’unité. Si l’unité expérimentale de Cavaillon-Carpentras compte 26 agents permanents, le Geves dispose d’environ 300 agents dans pas moins de 16 unités, stations et laboratoires partout en France.

 

Définir une carte d’identité variétale

« Chaque variété a des caractéristiques phénotypiques [les caractéristiques visibles d’un individu, ndlr] que l’on peut noter. Il faut ainsi procéder à un examen DHS, ce qui signifie que nous allons contrôler qu’il s’agit bien d’une variété distincte, homogène et stable », développe le directeur. Pour cela, les équipes procèdent à de nombreuses descriptions et comparaisons par témoin dans le but de s’assurer qu’il ne s’agit pas une copie. Le DHS a également un impact sur l’aspect commercial. Il permet effectivement développer le catalogue : la variété devient de droit public, ce qui implique que tout le monde peut la commercialiser.

A ce point s’ajoute une forme de protection. Pour que le semencier perçoive des royalties sur sa création, il doit de faire la demande d’un titre de protection à l’OCVV (Office Communautaire des Variétés Végétales) si cela concerne l’Europe, ou à l’INOV (Instance Nationale des Obtentions Végétales) sur le territoire national. Audition du Geves, ils délivrent ou non un certificat d’obtention végétale (COV). Cette certification européenne doit être dissociée du brevet américain. « Là-bas, il faut verser des royalties même si la variété n’est utilisée que comme point de départ du développement de la recherche. En ce sens, le système européen facilite l’accès aux différentes variétés, ce qui le plus vertueux pour la biodiversité », distingue David Hidrot. Sur 250 demandes d’homologation variétales annuelles, près de 100% passent avant d’ensuite faire l’objet d’une validation par un expert, en toute transparence. « Toutes les variétés sont originales, il n’y a ainsi pas de réduction de biodiversité », insiste le directeur de l’unité.

 

Conserver les variétés tout en protégeant l’environnement

Sous le giron du ministère et du secteur public, David Hidrot rappelle l’importance d’un marché semencier équilibré : « La VATE (Valeur Agronomique Technologique et Environnementale), souvent demandé pour les grandes cultures industrielles, a parfois créé des biais. Par exemple, le blé pour le pain a eu une teneur en gluten de plus en plus forte. Résultat ? Aujourd’hui non avons des gens qui ont développé des intolérances et n’arrivent plus à en manger ». Les autorités ont donc un rôle de régulateur d’autant plus important que les semenciers sont prêts à investir pour s’améliorer et se développer dans un marché qui correspond aux attentes de la société. Le Geves, volontaire, tente aujourd’hui de se rapprocher de la tendance globale avec une démarche de passage en agroécologie, voire en bio d’ici quelques années. « Nous ne vivons pas de nos récoltes, alors autant être une vitrine pour nos agriculteurs », affirme le directeur.

Depuis 2018, le groupe a également réinvesti dans la maintenance des ressources génétiques en récupérant les collections du BRG (Bureau des Ressources Génétiques) qui a fermé ses portes. « Nous avons par exemple une collection de solanacées à graines. Les collections sont stockées en chambre froides à l’INRAE de Montfavet, tandis que les semenciers les multiplient et que nous les testons ». Ce travail commun permet l’élaboration de réseaux de collections en tous genres. Le Geves a d’ailleurs créé une section à Angers pour coordonner ces derniers, les faire vivre (voire revivre) et suivre la réglementation. Pour certaines variétés, il s’agit même de recréer un milieu pour qu’elles puissent s’adapter facilement au terroir, bien que tout ne puisse pas se développer sur les terres méditerranéennes (les espèces légumières dites ‘ratatouilles’ sont en terres au Thor, alors que les espèces ‘potage’ se trouve en Anjou). Afin de faciliter la conservation autant que les essais, de nouvelles serres sont sorties de terres en attendant que d’autres les rejoignent. Décision parmi d’autres pour protéger les terres, « cela devrait permettre une meilleure rotation des cultures et donc, d’éviter l’épuisement des sols », estime David Hidrot. Engagé dans une mission d’intérêt public qui lui tient à cœur, il essaie aujourd’hui avec ses équipes de concilier développement du catalogue semencier et respect de l’environnement.

 

Manon Lallemand

 

Contact

Groupe d’Etude et de contrôle des Variétés Et des Semences (Geves)
Unité expérimentale de Cavaillon – Carpentras
4790 route des Vignères – 84250 Le Thor
04 90 78 66 60 ; www.geves.fr

Des tests sont effectués d’une année sur l’autre pour les tomates, afin de constater la stabilité des variétés. (© ML)

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