Gel : Incertitudes en arboriculture après plusieurs nuits de gel

Publié le 18 avril 2022

Au pied du Ventoux, les bougies ont brûlé pendant plusieurs nuits pour tenter de sauver les cerisiers. Comparativement aux vergers non-protégés, la casse semble limitée. (© Thomas Escoffier)

Près d’un an jour pour jour après la gelée noire d’avril 2021, les températures sont une nouvelle fois descendues bien bas au cours des nuits du dimanche 3 au lundi 4 avril, puis du lundi 4 au mardi 5. Si les agriculteurs s’étaient mieux préparés pour anticiper ce type d’épisode – permettant à certains de passer entre les mailles du filet – d’autres ont malgré tout fait face à des difficultés. Premier état des lieux.

Certes, il a bon dos auprès des touristes et n'est pas toujours apprécié. Mais toujours est-il qu’aux yeux des agriculteurs, il reste leur meilleur allié : le mistral. Soufflant presque sans relâche dans la Vallée du Rhône, il a permis d’éloigner la néfaste morsure du gel sur les productions ou, du moins, de l’amoindrir. Les dégâts ne sont pas encore quantifiables, mais semblent moindres par rapport à d’autres régions, et surtout, comparativement au dévastateur épisode de 2021. "Dans le secteur de la plaine, surtout pour les pommes et poires, on n’est pas passé loin des difficultés. Mais c’est tout de même loin d’être la catastrophe. Peut-être qu’il y aura des dégâts qualitatifs sur l’épiderme, surtout pour la poire, plus fragile. Mais globalement, on est rassuré", estime Guilhem Severac, conseiller en arboriculture à la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Il craint éventuellement une mauvaise pollinisation, "le gel venant perturber l’éclaircissage et donc toute la stratégie des arboriculteurs", mais sans atteindre l’envergure des précédentes gelées. Plus de problèmes pour les prunes japonaises et les abricots sont peut-être à prévoir, mais les arbres avaient déjà subi de précédentes baisses de températures, ce qui n’a pas aidé. Quant aux cerises, impossible pour le conseiller de donner une estimation des dégâts : "Il est encore trop tôt".

Un bilan que confirme Yves Texier, son collègue, pour le secteur d’Apt. Difficile de s’exprimer, mais la couleur de certains cerisiers ne laisse que peu de place au doute. "Il y a eu jusqu’à -6°C sur certaines communes, avec une moyenne de -2,6°C de dimanche à lundi, et une chute à -3,7°C mardi matin", dévoile-t-il. De nombreuses inconnues persistent encore : comment réagiront les variétés tardives ? À quel point les systèmes de protection ont-ils été efficaces ? "Nous observons quand même une protection un peu plus importante. Avril 2021 a incité certains à s’équiper", explique Guilhem Severac, ce à quoi son homologue pour le Luberon ajoute : "En aspersion, ça n’a pas forcément évolué, mais il y a peut-être eu un peu plus de bougies effectivement".

"Rien d’inquiétant pour les vergers chauffés", mais bien plus de dégâts pour arbres les non-protégés du côté du Ventoux, pour Thomas Escoffier, producteur de cerises et viticulteur. "Nous avons pu sauver notre récolte, mais nous attendons encore la nouaison pour confirmer", estime de son côté Patrick Brun, pour 'Les fruits du Campredon' à l’Isle-sur-la-Sorgue. La FDSEA – "qui soutient une nouvelle fois les agriculteurs dans cette épreuve qui fait peser une lourde incertitude sur la poursuite de l’année", rappelle Sophie Vache, présidente du syndicat – et les Jeunes agriculteurs ont quant à eux commencé leur recensement : de Malemort-du-Comtat à Goult en passant par Mazan, en arboriculture, le doute plane encore.

La viticulture épargnée

Contrairement à l’an passé, la Vallée du Rhône est passée entre les gouttes du gel intervenu début avril. "Nous sommes un peu plus inquiets pour le Ventoux et le Luberon, où il a fait beaucoup plus froid et où le mistral a été moins présent", note le responsable du service 'viticulture' de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, François Berud. Les raisons sont multiples. Tout d’abord, le mistral a soufflé relativement fort, ne relâchant son effort que dans la nuit de lundi et surtout mardi 5 avril. "Nous n’avons que peu de dégâts visibles et, comme en 2021, les dégâts sont très discrets au lendemain de l’épisode", poursuit le responsable. Sans ce vent salvateur, on peut penser que la viticulture en particulier, et l’agriculture vauclusienne en général, auraient eu un tout autre tribut à payer, même si dans certaines zones arboricoles, les dégâts sont importants. "Cette fois, nous sommes passés pas loin de la catastrophe en viticulture. Dans tous les cas, il faudra attendre la fin du mois pour prendre véritablement la mesure de l’épisode gélif".

Autre enseignement : le gel de l’an passé a laissé des traces et l’expérience a été retenue par les vignerons. "Nous avons constaté que les vignes aussi étaient moins sensibles, car les viticulteurs ont taillé plus tard cette année, ou en deux fois. À tel point que certains sont même bien en retard actuellement. Sans compter que nous avons aussi eu davantage de taille rase dans les vignes. Mais il faut aussi reconnaître que les conditions du gel de 2022 n’étaient en rien comparables à celles de 2020 et 2021".

 

Manon Lallemand & Céline Zambujo


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