Formation initiale : Une amorce de retour à l’agriculture ?

Publié le 02 février 2021

Le lycée viticole d’Orange fonctionne toujours à l’heure des vendanges lors de la rentrée scolaire, même masquée. (© Lycée viticole Orange)

Dans le contexte Covid, l’adaptation continue ! En remplacement des habituelles portes ouvertes, place désormais au mode virtuel. Alors que la crise sanitaire perdure, les lycées agricoles et Maisons familiales et rurales de Vaucluse misent sur leurs atouts : petits effectifs, vie au grand air, esprit de communauté et activités pratiques qui renforcent les liens et donnent du sens. D’ailleurs, les effectifs en apprentissage progressent. Une amorce de retour vers l’agriculture ?

 

 

Dans le contexte de cette crise sanitaire, les lycées agricoles et Maisons familiales et rurales (MFR) ont « la chance », comme ils le disent, d’offrir un environnement non contraint et d’avoir des effectifs bas au regard d’autres structures. Alors, depuis la rentrée de septembre 2020, en appliquant le protocole sanitaire selon les recommandations du ministère de l’Agriculture, cela leur a permis d’accueillir tous les apprenants, lycéens et apprentis, tout en maintenant les emplois du temps.

Le Campus Louis Giraud de Carpentras a même décidé, avec les parents d’élèves, les enseignants et la Draaf, son autorité de tutelle, de ne pas appliquer l’hybridation (accueil d’une moitié de classe, une semaine sur deux), pour continuer l’accueil de classes entières. « Un atout de taille pour éviter les décrochages scolaires, plus rapides et fréquents lorsque le lien physique n’est pas maintenu », explique Jean-Luc Carlan, directeur adjoint du Campus.

Tous se sont rodés à naviguer à vue. Ils ont mis en place une routine d’adaptation, où ils revoient leur fonctionnement par quinzaine. Et ils ont constaté l’importance pour les jeunes de se voir. « Nos bâtiments permettent la distanciation sociale. Tous sont contents de revenir. C’est très motivant pour eux de participer aux activités comme la visite des jardins partagés, l’équitation ou les chantiers forestiers » observe Lisa Moreno, en charge de la communication des lycées Pétrarque, à Avignon, et La Ricarde, à l’Isle-sur-la-Sorgue.

 

Orientation plus complexe.

Alors que le moment des choix d’orientation arrive, la situation sanitaire s’aggrave. Les lycées observent que les familles sont en demande d’information. Or, avec le Covid, la communication est plus difficile. Pour le mois de février, alors que certaines portes ouvertes étaient organisées en présentiel, face aux recommandations des autorités, les établissements ont fait volte-face. Ils les transforment en virtuel. Concrètement, comment cela s’annonce ? Certains, comme le lycée Pétrarque d’Avignon, veulent conserver l’esprit d’accueil au sein des bâtiments. Ainsi, il propose une vingtaine de mini-vidéos avec le personnel présent dans les locaux, et des vues sur l’internat, la salle de biochimie, les options sport... Une façon d’être au plus près de la réalité, même si les visiteurs ‘pousseront les portes’ via leur écran interposé. Le LPA La Ricarde a choisi de maintenir des rendez-vous virtuels d’orientation, une fois par mois.

Les mini-stages restent possibles heureusement. Donc les lycées misent là-dessus. À La Ricarde, comme à Orange.

 

Recrutement adapté.

Habituellement, janvier et février sont les pleines périodes de recrutement pour les lycées. Pourtant, difficile de se faire connaître dans le contexte actuel. « Avant, nous intervenions beaucoup dans les collèges et les salons étudiants. Là, ce sera à la demande, ponctuellement » explique Jean-Luc Carlan. « Le gros point noir, c’est l’annulation, depuis décembre, des forums d’orientation auxquels nous participions habituellement » souligne Marianne Desmis, chargée de communication du lycée viticole d’Orange. « L’an dernier, nous avions participé à une quinzaine de forums. Cette année, à six seulement. Les propositions sont moins nombreuses. En plus, ce sont des salons virtuels, donc leur impact est moindre. C’est donc un vrai manque à gagner » reconnaît-elle. Le lycée s’appuie donc sur les méthodes classiques : un courrier à l’ensemble des collèges et lycées, afin de les informer des formations et de la possibilité de mini-stages en classes de seconde et première, pour l’orientation en bac pro ou technologique.

Les portes ouvertes virtuelles se feront sur inscription préalable, sur le site internet de l’établissement, et un échange visuel ou visio sera proposé, en individuel ou petit groupe, avec les formateurs et enseignants.

Et pour la rentrée 2021, l’EPL d’Orange a prévu d’investir dans une plateforme internet pour créer des visites virtuelles.

De leur côté, les MFR proposent de recevoir les familles intéressées dès à présent, en rendez-vous individuels et à la demande. Le recrutement s’étalera de mars à juin.

Davantage d’apprentis

« Depuis la rentrée, les effectifs des MFR sont en augmentation sur l’apprentissage, d’environ 20% » constate David Lafond, directeur de la Fédération des MFR de Vaucluse. À l’origine, la grosse nouveauté de la réforme : toutes les formations sont désormais accessibles par la voie scolaire (sous forme de stages non rémunérés) ou l’apprentissage. Donc, un jeune n’ayant pas décroché de contrat peut néanmoins suivre la formation sous statut scolaire, quelle que soit la classe. Cela facilite l’inscription.

Autre dispositif intéressant : la ‘prépa-apprentissage’, qui consiste à accompagner le jeune dans sa recherche de contrat, à savoir se présenter, à le mettre en réseau avec les partenaires… David Lafond voit dans cette progression, « une amorce d’un retour des jeunes vers les métiers agricoles. Il s’agit là d’un public avec un engagement citoyen, une certaine fierté à nourrir la population ». Alors, si aujourd’hui on redoute un reconfinement, les MFR savent qu’une continuité sera assurée pour tous les jeunes en stage, « comme ça l’a été l’an dernier, grâce à l’investissement de leur maître de stage ».

Seul hic actuellement : la frilosité des structures paramédicales, s’occupant de personnes âgées, vis-à-vis de l’accueil des apprentis dans le Service à la personne. « Une situation paradoxale, au regard des besoins en personnel de ce secteur, apparemment motivée par le principe de précaution, alors que l’ARS ne déconseille pas cela » regrette David Lafond.

L’offre de formation est globalement stable. Un petit changement à noter au Campus Louis Giraud : la classe seconde pro en production horticole n’existe plus en scolaire, mais est maintenue en apprentissage. Et l’ouverture d’un nouveau BTS ‘Analyse et conduite en stratégie d’entreprise' (Acse) au lycée, qui existe déjà au CFA.

Aujourd’hui, les établissements restent optimistes car, l’an dernier, le recrutement a été stable, avec une croissance sur l’apprentissage. Autre motif de réassurance : ils sont, cette année, mieux préparés aux échanges à distance et à faire davantage de ‘sur-mesure’. Sans compter qu’ils cultivent leurs projets : un atelier de transformation sur Pétrarque, pour mettre en conserve les lentilles de l’exploitation ou le lait de coco ; l’acquisition d’un micro-méthaniseur, pour transformer les déchets de la cantine, à visée pédagogique pour les BTS. De son côté, le LPA La Ricarde prépare ‘Sorgues Innov’, le 20 mai, 2e forum de l’innovation numérique dans l’agroéquipement et l’agriculture. « Un rendez-vous professionnel pour changer l’image de l’agriculture et susciter des vocations, dans un secteur où toutes les offres d’emploi et de stages ne rencontrent pas preneurs » explique Lisa Moreno. Avec, en toile de fond dans ce lycée, une formation à venir sur l’utilisation des drones en agriculture.

Cécile Poulain


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