Foncier : À la reconquête des friches

Publié le 22 décembre 2020

Les élus de Luberon Monts de Vaucluse et ses partenaires pour la reconquête des friches agricoles ont présenté leurs actions à la presse, le 8 décembre, à la mairie de Cavaillon.( © C. Poulain)

Des élus se sont lancés dans la reconquête des friches agricoles en Luberon Monts de Vaucluse. Avec de multiples partenaires, il s’agit de dépister les terres potentiellement cultivables, les cartographier, prendre contact avec leurs propriétaires et sensibiliser via un quiz ludique. Objectif : remettre des terres en mouvement, pour faciliter l’installation de jeunes ou pérenniser des exploitations.

En 2019, les élus de Luberon Monts de Vaucluse Agglomération (LMV) se sont engagés dans une démarche de préservation et de mise en valeur du foncier agricole et naturel de leur territoire, en répondant à un appel à projet européen ouvert par la Région Sud.

Le projet, qui représente près de 1,47 million d’euros, bénéficie des soutiens Feader et Région pour environ 556 000 €, et d’une subvention Europe et Région d’environ 459 000 €. « L’agriculture est un moteur économique local puissant en termes d’activités et d’emplois, directs et indirects, amont et aval » justifie Claude Silvestre, vice-président LMV, délégué à l’agriculture et maire de Lagnes. Pourtant, il constate sur son territoire « un recul de la démographie agricole et du nombre d’exploitations, et le développement de friches agricoles. Or, le foncier agricole porte un enjeu alimentaire, pour les structures de transformation, l’économie et le tourisme ». Et aujourd’hui, force est de reconnaître que « 50% de notre alimentation provient de l’étranger. Nous en sommes dépendants, alors que nous avons des filières organisées, viables, avec des savoirs. Ces actions sur le foncier agricole permettront de développer l’activité économique et d’entretenir nos paysages » espère aussi Christian Mounier, président de la commission ‘Agriculture’ du Conseil départemental.

Ce travail, qui passe notamment par la reconquête de friches agricoles, a été engagé par LMV en partenariat avec la Safer, la Chambre d’agriculture de Vaucluse, l’association ‘Terre de liens’, le Parc naturel régional du Luberon, la Fédération des vignerons coopérateurs de Vaucluse et le Département de Vaucluse. La démarche a été présentée à la presse, le 8 décembre, en mairie de Cavaillon. Elle concerne le périmètre des communes de Cabrières-d’Avignon, Cavaillon, Cheval-Blanc, Les Beaumettes, Les Taillades, Lagnes, Maubec, Gordes, Robion, Oppède, Lourmarin, Mérindol, Puyvert, Vaugines, Lauris et Puget.

« Cela fait une dizaine d’années que la Chambre travaille sur la problématique des friches, pour lutter contre l’hémorragie de l’agriculture. C’est un travail de fourmi, avec de nombreux partenaires », rappelle Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Deux tiers de friches

Dans un premier temps, la Safer « défriche » comme le résume Jean-Louis Canto, président du comité technique de la Safer Paca. C’est elle qui a la charge d’établir un diagnostic. Elle a donc relevé des friches entre mi-2019 et mi-2020, grâce à son nouvel outil de recensement participatif ‘Open Friche Map’ accessible sur smartphone1. Ce relevé a permis d’identifier les propriétaires de parcelles en friches. La Safer leur a ensuite envoyé un courrier pour leur présenter l’opération, les sensibiliser à la lutte contre les friches et leur demander leurs intentions : conserver, louer ou vendre ces terres. Un plan de leurs parcelles accompagnait le document, ainsi qu’un questionnaire.

Pour l’instant, plus de 1065 hectares de friches ont été relevés sur dix communes. Et déjà, une dizaine d’hectares ont été rétrocédés à des exploitants agricoles locaux, qui se sont engagés à les remettre en valeur.

Vient ensuite le tour de la Chambre d’agriculture, chargée d’une cartographie. Premier objectif : réaliser un état agro-écologique initial, pour déterminer si la terre est cultivable (accès à l’irrigation, nature du sol, périmètre de labels de qualité, présence de biodiversité à enjeu, risques naturels, etc.). Ensuite, la Chambre analyse la qualité des gisements fonciers sous exploités, identifiés par la Safer, avant de créer des cartes synthétiques, où apparaissent les îlots prioritaires à mobiliser pour leur intérêt agricole (potentiel de production, état d’avancement du végétal, configuration foncière, valeur écologique…). « Sur les 607 hectares recensés par la Safer, répartis selon une centaine d’hectares par commune, deux tiers d’entre eux représentent un réel intérêt à la remise en culture », constate Georgia Lambertin. Sur le premier secteur de Lagnes, Cabrières et Maubec, la Chambre a déjà identifié près de 190 ha de friches à mobiliser en priorité, soit 12% de la SAU cumulée sur ces communes. Et Georgia Lambertin de conclure : « Comme le dit Fabrice Triep Capdeville, reconquérir les friches dans un territoire, c’est un peu comme ravaler les façades d’une rue : cela redonne de la plus-value à ses habitants ».

Cécile Poulain

(1) Vous pouvez aussi participer au recensement des friches agricoles, en téléchargeant l’appli’ Openfrichesmap’ sur votre smartphone (Androïd).

Contact : www.luberonmontsdevaucluse.fr


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