Filière semences : agroécologie et préservation de la biodiversité en ligne de mire pour Semae

Publié le 23 août 2021

Si le Gnis est devenu Semae, c'est pour se mettre en ordre de marche vers l'agroécologie, pour s'ouvrir à toutes les composantes de la profession et à l'ensemble des types de semences. (© CZ)

En 2021, le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) est devenu Semae. Au-delà du simple changement de nom, l'interprofession a surtout voulu marquer le coup et mettre en avant sa nouvelle stratégie, tournée vers davantage de dialogue, d'échanges et de décisions, avec toutes les composantes de la filière.

En pleine année Covid, l'interprofession des semences et plants française a fait un pari risqué : celui d'un changement de nom et d'une modification de sa gouvernance, sans compter un changement de directeur1 et d'organigramme. "Nous représentons désormais toutes les semences, y compris paysannes et bio", note avec fierté Philippe Roux, le délégué régional Sud-Est de Semae, ex-Gnis.

Pour porter la bonne parole et essaimer les informations sur son nouveau projet stratégique, la structure organisait son point presse annuel régional, le 9 juillet dernier, chez Cyriaque et Judicaël Crosnier Mangeat, les fondateurs d’Agrosemens, "une maison semencière française militante et indépendante 100 % bio", comme se revendiquent les deux fondateurs de l'entreprise, basée à Aix-en-Provence. "Semae a remplacé le Gnis, renouvelé sa gouvernance et son organigramme, pour se mettre en ordre de bataille, afin d'accompagner les agriculteurs-multiplicateurs de semences dans la transition agroécologique", résumait Philippe Roux. La France est aujourd'hui le premier producteur européen et le premier exportateur mondial, "et nous avons dans le Sud-Est un fort historique de cette production, avec la présence de sociétés de renom, comme Girard, Gautier, HM Clause, Rijk Zwann, Bayer et Syngenta", poursuivait le délégué régional. La région est en effet une zone de production de semences "très importante pour le territoire, qui subit une forte pression urbaine. Ici, la production de semences est une production importante qui permet à de nombreux agriculteurs de vivre avec une production à forte valeur ajoutée", y compris avec des productions comme le maïs et le tournesol, mais aussi de riz et de sorgho ou bien encore les potagères.

Conservation des ressources génétiques

Si le Gnis est devenu Semae, c'est donc pour se mettre en ordre de marche vers l'agroécologie, pour s'ouvrir à toutes les composantes de la profession et à l'ensemble des types de semences. "Avant, nous étions surtout associés aux semences certifiées, avec le Service officiel de contrôle et de certification des semences et plants (Soc) et le Geves (lire ci-contre). Le conseil d'administration a souhaité casser cette image et devenir l'interprofession de toutes les semences, y compris de ferme et paysannes." Conséquence ? Ces dernières sont désormais réunies au sein d'une nouvelle section justement dénommée 'Diversité des semences', "qui va se réunir cet automne et établir sa feuille de route, axée vers la conservation des ressources génétiques".

Comme l'expliquait Dominique Daviot, secrétaire général section 'potagères', producteurs professionnels et amateurs, mais aussi consommateurs ont exprimé la volonté de voir préserver et développer la biodiversité semencière : "Nous devons donc tout faire pour faciliter l'accès à cette très grande diversité de variétés, y compris anciennes et patrimoniales, qui ont du sens par rapport à notre histoire". Mais ces variétés ont des caractéristiques différentes, en termes d'homogénéité notamment. Cela a donc conduit Semae "à définir un cadre et à soutenir les professionnels souhaitant s'inscrire dans cette démarche", afin notamment de rester conforme à la réglementation. Pour rappel, en 2009, l'Union européenne a mis en place deux listes dédiées à ces variétés spécifiques. La première porte sur les variétés de conservation, la seconde sur les variétés adaptées à des conditions particulières de culture.

Fonds de soutien pour l'inscription et la maintenance

"Les variétés de conservation – liste ouverte aux espèces potagères notamment – nécessitent un travail spécifique des professionnels pour conserver leurs caractéristiques agronomiques", rappelait Dominique Daviot. Il s'agit de variétés du domaine public et sans titre de protection, européen ou national. Mais la particularité de ces espèces potagères – neuf variétés sont actuellement inscrites sur cette première liste – ou des dix variétés anciennes de pomme de terre également listées est qu'elles sont souvent inscrites par des centres de conservation régionaux. "Pour favoriser leur inscription, le ministère de l'Agriculture prend à sa charge les frais d'inscription. Les premières ont été inscrites dès 2012-2013", poursuivait le secrétaire général.

Sur la 2e liste figurent également des variétés du domaine public en accès libre, souvent attachées à des territoires. Ici, pas de soutien du ministère de l'Agriculture sur le dossier d'inscription. C'est pourquoi Semae a souhaité prendre en charge ces frais, afin de permettre la conservation de cette ressource génétique et de permettre la préservation et l'accession à cette biodiversité. "Cette seconde liste compte 200 variétés anciennes et d'origine plus exotique, dont 113 potagères parmi lesquelles 87 variétés de tomates anciennes."

Si ce soutien est appréciable, il faut derrière être en mesure de produire ces semences en conservant leurs caractéristiques agronomiques propres, puis de les commercialiser, avec parfois des créneaux de marché qui peuvent être très limités. "Il y a là tout un travail de maintenance aujourd'hui illustré par notre présence chez Agrosemens. Et c'est bien cette volonté qui nous a guidés dans la création de cette 9e section, qui vise à rassembler tous les acteurs en charge de cette biodiversité, comme les entreprises, les producteurs-multiplicateurs, les centres de ressources."

Plusieurs réunions ont d'ores et déjà permis de mettre en place, fin 2020, un fonds spécifique de soutien à la maintenance de ces variétés du domaine public, avec un soutien de 700 € pour une espèce autogame et de 3 500 € pour une espèce allogame qui nécessite des corrections de défaut. Les premiers dossiers de candidature ont été déposés par neuf déposants, et 32 variétés ont d'ores et déjà été retenues et soutenues par ce fonds doté de 52 000 €, dont l'aubergine de Barbentane, suivie par Agrosemens. "Ces actions s'inscrivent dans la durée, avec un engagement minimum de cinq ans", conclut Dominique Daviot.

Céline Zambujo

(1) Jean-Marc Bournigal – jusque-là directeur de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) – a pris ses fonctions en tant que directeur de Semae le 1er juin, suite au départ de Catherine Dagorn.


Au premier plan : Philippe Roux, le délégué régional Sud-Est de Semae, et Dominique Daviot, secrétaire général de la section potagère. En arrière-plan : Julien Bourreli et Cyriaque Crosnier Mangeat, respectivement chef de cultures et président d’Agro

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