FDSEA : le casse-tête des ZNT dans les vignes et les cerisiers

Publié le 25 avril 2022

Bertrand Mille explique au secrétaire général adjoint de la FNSEA, Hervé Lapie, les difficultés imposées par les ZNT dans ce type de parcelle de cœur de village, comme ici, à Saint-Pantaléon. (© ML)

Faire descendre les élus nationaux de la FNSEA sur le terrain. Voilà l’objectif que s’était fixée la section locale du syndicat. Hervé Lapie, secrétaire général adjoint, s’est donc déplacé mercredi dernier, le 13 avril, pour mieux comprendre les problématiques locales face aux Zones de non-traitement (ZNT), notamment pour la cerise d’industrie, et certaines parcelles de vignes enclavées dans les villages.

Mercredi 13 avril, la FDSEA de Vaucluse accueillait Hervé Lapie, président de la FDSEA de la Marne, de la FRSEA Grand Est, et surtout, secrétaire général adjoint à l’échelon national. Il est notamment en charge des lourds dossiers sur les produits phytosanitaires, et c’est en ces qualités que les élus vauclusiens se sont mobilisés pour le faire venir dans le département. Au programme d’une après-midi riche en visites d’exploitations : le casse-tête des Zones de non-traitement (ZNT). "En France, on a 29 millions d’hectares de terres arables, dont 4 % en cultures pérennes. Dans le Vaucluse, on a environ 112 000 hectares de terres agricoles et près de 65 000 hectares en cultures pérennes", constate Bernard Mille, agriculteur aux alentours de Bonnieux. "On ne peut pas être comparé aux autres et fonctionner exactement de la même façon", ajoute-t-il. La densité n’est effectivement pas la même, et faire observer aux élus nationaux les spécificités du Vaucluse est donc primordial pour obtenir un écho dans les négociations qui ont lieu quelques échelons plus hauts.

Ainsi, chez Yann Faury, à Bonnieux, au pied du village de Lacoste, le membre du bureau de la FNSEA a pu constater les problèmes générés par la petitesse de certaines parcelles, ainsi que la proximité avec les habitations et les ruisseaux. Yann Faury pointe du doigt quelques arbres : "C’est simple, cette parcelle fait cinq hectares. Si j’enlève les ZNT à cause du ruisseau et de cette bâtisse, il ne me reste plus qu’un hectare. Ce sont des cerises d’industrie, je ne peux pas les couvrir. Alors on fait quoi, on arrache ? Après il n’y a pas l’indemnité chômage"… Si les voisins de l’école d’art américaine de Lacoste ne se plaignent jamais, c’est surtout la réglementation qui ne colle pas. Et, aujourd’hui, il y a urgence d’avancer, sous peine de "voir disparaître les parcelles".

Des parcelles en plein cœur des villages

À Saint-Pantaléon, même discours. Réduire une parcelle de 50 mètres d’un côté, de 20 m de l’autre, et vous vous retrouverez avec un terrain quasiment inexploitable. C’est ce que tentent de montrer Bernard Mille et son fils Bertrand, dans une de leurs parcelles située en plein cœur du village, où ils ont placé des rubalises pour matérialiser les limites. "Avant, il y avait de vieux cerisiers que l’on a remplacé par des vignes avec la zone paysagère protégée", explique le premier. Depuis, les maisons ont aussi gagné du terrain et, si elles ne sont pas toujours en zone agricole, leurs piscines le sont parfois, rendant les limites toujours plus difficiles à tracer.

Quid d’une charte départementale qui permettrait de réduire la taille des ZNT à certains endroits ? "C’est en cours", le dernier projet de charte ayant été "retoqué", souligne un des participants à la visite. Pour Hervé Lapie, il faut garder en mémoire que "les conclusions des études sur les mesures anti-dérive arrivent. Mais, dans tous les cas, il faudra donner les moyens aux agriculteurs pour s’équiper, notamment de panneaux récupérateurs qui semblent être efficaces". Une possibilité que les agriculteurs ne renient pas, mais viennent nuancer : "Les panneaux récupérateurs, c’est bien. Mais on pourra passer dans l’inter-rang dans une parcelle et pas dans une autre. C’est le problème ici, avec le paysage tel qu’il est : toutes les vignes sont différentes".

À proximité de ces vignes et maisons, quelques cerisiers font de la résistance. Eux aussi concernés par la problématique du traitement phytosanitaire, la mouche Drosophila suzukii les assiégeant sans cesse depuis 2015-2016. "Si on les enlève, ça devient une zone constructible. Et donc on repousse encore les limites sur les vignes voisines", rappelle Bertrand Mille. Et si c’est normalement "aux nouvelles constructions de prévoir la zone de retrait et les haies anti-dérive", comme le rappelle Hervé Lapie, la situation est en pratique plus compliquée, en plus d’être similaires dans les autres villages du département. Dans la voix des participants, le découragement commence à poindre.

Les filets, sacro-sainte solution ?

Pour moins traiter les cerisiers, face à la mouche drosophile notamment, et éviter d’emblée le problème des ZNT, une solution semble martelée partout : les filets de protection. Si cela est possible sur les vergers palissés comme sur certaines parcelles de Yann Faury, c’est rarement le cas en cerise d’industrie. Nicolas Curel exposait l’exemple à Hervé Lapie, grâce à deux de ses parcelles se faisant face. "Nous avons effectivement pu mettre des filets sur certaines, mais en cerises de bouche. Nous avons regreffé les arbres et arqués les branches. Il y a une perte de volume. Après, si on a la certitude qu’on aura une récolte grâce aux bâches anti-pluie et aux filets anti-droso, on est prêts à investir, quitte à perdre en tonnage, car au moins, on aura des cerises", affirme l’agriculteur.

De l’autre côté de la route, sur ses cerises d’industrie, l’affaire est toute autre : "Les arbres sont trop hauts, ce sont des piquets téléphoniques qu’il nous faudrait, et avec le vent ce n’est pas possible". Sur une tablette, Bernard Mille montre une vidéo au représentant national, on y voit la machine servant à la récolte : il semble peu probable qu’elle puisse passer entre les arbres avec des filets protecteurs. "Nous sommes oubliés par les stations d’expérimentation. La solution c’est toujours 'les filets'. Mais nous, on a besoin d’autres outils pour protéger nos vergers", assène Nicolas Curel. Le lendemain, Coopfruit Luberon annonçait, lors de son assemblée générale, travailler avec l’entreprise Cearitis pour l’expérimentation d’un biocontrôle contre la mouche drosophile, avec également une efficacité potentielle, mais encore à prouver, sur la mouche de la cerise1.

"Ce qu’il faut, c’est une combinaison de solutions. Il y a déjà eu une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires de 57 % entre 1999 et 2020. On ne peut pas dire que le travail qui est fait pour sensibiliser les agriculteurs ne fonctionne pas. L’objectif de cette visite, c’est d’avoir les arguments et l’énergie du terrain pour porter les dossiers. Tant qu’on n’a pas de solutions, il faut nous accompagner dans la transition sur dix ans", explique Hervé Lapie. À l’heure actuelle, des études sont encore menées au niveau national pour valider de nouvelles techniques anti-dérive, telles que des filets en bordure de parcelle ou des panneaux récupérateurs. Encore un an, et les conclusions pourront être présentées, puis poussées par l’ensemble de la profession. "Le problème, c’est que pour le moment les techniques validées par l’Anses ont des années de retard ! Les références sont établies avec du matériel qui date des années 70, alors que si on se basait sur des buses plus récentes, on pourrait arriver à des zones de non-traitement à zéro mètre", estime le secrétaire général adjoint de la FNSEA, qui plaide ouvertement pour un "un investissement massif dans l’agriculture, tel un plan Marshall".

Ne lui reste plus qu’à retourner au travail pour pousser ce dossier "bloqué pour des raisons plus politiques que techniques ou scientifiques". En attendant, les producteurs s’inquiètent pour la filière de la cerise d’industrie, n’osent plus investir dans leurs vergers "et perdent confiance".

Manon Lallemand


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