FDSEA de Vaucluse : « Osons l’agriculture comme solution ! »

Publié le 24 février 2020

L’agriculture doit se poser de nouvelles questions, sur les besoins en froid de ses cultures, sur les solutions à adopter pour s’adapter au changement climatique et atténuer l’émission de gaz à effet de serre.

À l’issue de sa 76e assemblée générale, jeudi 13 février à Montfavet, la FDSEA de Vaucluse a concentré les débats autour du changement climatique. « Osons l’agriculture comme solution ! » a conclu Sophie Vache, présidente. Un mot d’ordre syndical positif, qui appelle à innover et évoluer dans la confiance.

« Qu’est-ce qui vous attend ? Plus de chaleur, moins de pluie, des levées de dormance plus longue, des démarrages de végétation plus précoces, une accélération des cycles culturaux… » Frédéric Levrault – expert ‘Agriculture et changement climatique’ pour le réseau des Chambres d’agriculture – était invité au débat sur l’agriculture méditerranéenne et le changement climatique, à l’occasion de la 76e assemblée générale de la FDSEA de Vaucluse, jeudi 13 février à la salle polyvalente de Montfavet. Alors que la salle observe, un peu effarée, les projections scientifiques sur l’écran de la chaleur et de la sécheresse à venir sur des communes vauclusiennes, il explique que pour mieux analyser le phénomène, les Chambres d’agriculture ont mis en place le dispositif ‘Oracle’, l’Observatoire régional sur l’agriculture et le changement climatique. « En basse Vallée du Rhône, l’augmentation de température est de 2°C tous les 50 ans. » Par exemple, Montfavet, dans les 30 prochaines années, devrait connaître en moyenne 117 jours estivaux1, contre 99 jours en moyenne entre 1976 et 2020, puis 147 jours pour la fin du siècle.

« L’adaptation est inévitable et l’atténuation indispensable. Ces deux stratégies doivent être couplées », assure-t-il en substance, données scientifiques à l’appui. Le monde agricole, comme la société, est en train de prendre conscience du changement climatique et de l’urgence à agir, même si certains restent sceptiques, comme en attestent des réactions dans la salle. « En 800 000 ans, la concentration en CO2 de l’air varie entre 130 et 230 ppm (parties par million), avec des oscillations, suivant le rythme des glaciations et la position de la terre par rapport au soleil. Et ce n’est qu’en 1850, avec l’activité humaine industrielle, que ce paramètre augmente, jusqu’à 400 ppm aujourd’hui. L’accélération de l’émission des gaz à effet de serre est sans commune mesure avec ce qui a pu se passer autrefois ! », complète Patrick Bertuzzi, responsable de l’unité ‘Agroclim’ de l’Inrae, basée à Avignon.

Quels besoins ?

« L’agriculture doit se poser de nouvelles questions, comme : quels sont les besoins en froid de nos vergers ? Devons-nous implanter des espèces dont le besoin en froid est plus bas, comme les agrumes ? » assure Frédéric Levrault. Quant aux besoins en eau, il souligne qu’« une irrigation efficiente fait partie des solutions ». « Les outils d’aide à la décision et le numérique vont également permettre de minimiser la demande en eau des productions », complète Benoît Moreau, directeur de développement de la Société Canal de Provence (SCP). Par ailleurs, « nous identifions les besoins en eau de différentes filières, comme la pistache et l’amande » précise-t-il, en lien avec l’Ardepi et le Cirame. « La mobilisation de l’eau constitue un enjeu majeur » déclare Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse, qui soutient le projet Hauts de Provence Rhodanienne (HPR). « Nous comptons sur l’implication de l’ensemble des collectivités départementales, régionales et aussi de l’État, pour mobiliser les fonds nécessaires pour mener à terme ce projet. »

« Le territoire a besoin d’une sécurisation en eau, en mobilisant de multiples fonds, notamment européens » relance André Bernard, président de la Chambre d’agriculture régionale, à l’attention des décideurs politiques, élus des collectivités et députés présents. « Nous étudions les besoins en aménagement hydraulique du nord Vaucluse, encore non équipé. Cette étude HPR montre que les travaux nécessiteraient une enveloppe de 10 à 15 millions d’euros par an. Cela équivaut au budget pour créer un lotissement de 30 maisons. Or, ça permettrait de sécuriser 50 exploitations. C’est un investissement pour le long terme, pour l’avenir de nos enfants » résume Mireille Brun, responsable du dossier ‘eau’ à la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Être imaginatif

En somme, Frédéric Levrault encourage le syndicalisme à s’emparer du sujet avec les différents acteurs, dans un climat de confiance, et à réactualiser en continu ses connaissances. « Pour passer ce cap, il nous faut être imaginatifs, s’autoriser à tester un panel de solutions. » « Comme celles proposées au Domaine expérimental de Piolenc, ou de la Tapy. Nous invitons des députés et des journalistes à les visiter, vous aussi, venez y découvrir de nouvelles idées pour vos exploitations ! », rétorque immédiatement Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Mais une chose est sûre : de la créativité, il en faudra ! D’autant plus que les budgets de la PAC, des instituts et stations de recherche sont en baisse.

« Nous sommes inquiets » reconnaît Sophie Vache, qui dénonce des plans d’investissements pour soutenir l’évolution vers du matériel conforme aux exigences environnementales « cruellement sous dotés financièrement ». Pourtant, « l’agriculture a besoin d’être accompagnée », pointe Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA : « Même si elle est déjà en marche, elle a identifié des solutions et s’en empare », souligne le co-rapporteur du dossier ‘climat’ qui présentera son travail à l’occasion du congrès de la FNSEA, qui aura lieu du 31 mars au 2  avril, à Niort. Le rapport d’orientation de cette année aura en effet pour thème : ‘Faire du défi climatique une opportunité pour l'agriculture’. La FNSEA compte en effet prendre à bras le corps ce sujet et être force de propositions, sous la devise ‘Agir pour ne pas subir’.

L’agriculture, pourvoyeuse de services

Car l’agriculture offre bien des services qu’elle pourra revendiquer demain : « Le service de captation du carbone rendu par l’agriculture devra être rémunéré sur le futur grand marché du carbone », a poursuivi Henri Bies-Péré. Dans ses orientations, la recherche va d’ailleurs privilégier ce critère : « La nécessité de coupler adaptation et atténuation, raisonner en systémique, favoriser le stockage du carbone, ainsi que les débouchés locaux… Voilà les traits dominants des futurs programmes » a annoncé Patrick Bertuzzi.

Enfin, Frédéric Levrault s’adresse directement aux responsables d’Organisations de producteurs : « Créez une dynamique pour évoluer, et non pas résister, car vous pouvez être des contributeurs significatifs ». En guise de conclusion au congrès de la FDSEA de Vaucluse, sa présidente Sophie Vache lance justement un défi dans ce sens : « Osons l’agriculture comme solution au changement climatique et arrêtons de la voir comme une source de pollution ! ».

Cécile Poulain


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