FDO 84 : retrouver un dynamisme syndical fédérateur

Publié le 16 mai 2022

Malgré les difficultés, les éleveurs présents gardent le sourire et apprécient volontiers les retrouvailles occasionnées par l’assemblée générale. (© ML)

La Fédération départementale ovine du Vaucluse existera-t-elle encore pendant longtemps ? Les éleveurs autant que les institutionnels l’espèrent et, pourtant, le syndicat n’a jamais eu autant de difficultés à mobiliser les troupes. Ces dernières sont pourtant bien impactées par de nombreux sujets qui méritent toute l’attention nécessaire. Alors qu’aucun président n’a été élu lors de l’assemblée générale du 26 avril, une question se pose : y a-t-il toujours un pilote dans l’avion ?

Les années se suivent et se ressemblent à la Fédération départementale ovine (FDO) du Vaucluse. Sur les visages, même fatigue, même lassitude et, dans la salle de l’étage de l’Auberge de la Maguette à Sault, toujours moins d’éleveurs présents. Sur les 76 adhérents, seule une grosse dizaine a pu se libérer pour l’assemblée générale du syndicat, qui a eu lieu le 26 avril. Pas un boycott ou une désaffection, mais bien le signe d’un combat difficile et chronophage, comme si les dossiers administratifs, les bêtes et les loups ne leur laissaient plus le temps de se poser trois heures sur une chaise pour faire le point sur les comptes et l’année passée.

Ils ne sont pas défaitistes, quoi que le cercle soit vicieux. Derrière ces retrouvailles en très petit comité se cache surtout un appel à l’aide. Fort heureusement, les partenaires historiques sont présents. Le Département, la DDT, la MSA, la FDSEA 84… Tous sont là pour écouter la détresse : il est temps de prendre un nouveau tournant. Pour éviter une assemblée générale trop classique, Alexis Lefebvre, le directeur adjoint de la FDSEA et de la FDO par intérim, tente quelque chose de nouveau : "Même s’il est obligatoire d’avoir un bureau et un président administrativement parlant, cette organisation ne colle pas avec le métier d’éleveur. Nous allons donc réfléchir pour travailler plutôt par centres d’intérêt, avec des référents, afin que tout ne repose plus sur les épaules d’un seul d’entre vous".

Un seul, Émilien Bonnet en l’occurrence, président sans l’être puisque s’il accepte de faire le relais temporairement, il n’est déjà plus président et ne reprendra pas cette casquette pour un nouveau mandat. Pas en l’état actuel : "Il est question de rebattre les cartes. Le dynamisme, chez les éleveurs, il est ce qu’il est et on sait ce qu’on a à faire". Il pointe surtout un problème structurel, surtout en termes de communication et d’organisation. "D’habitude quand ça ne va pas, on arrive à se rassembler pour en parler. Ça avait assez bien fonctionné l’an passé. Là, même si ça va mal, il n’y a même plus de solidarité", note-t-il, amer.

Revitaliser le groupe

Pour redonner du peps au groupe, les éternels résistants se sont creusé la tête. Alexis Lefebvre est le premier à apporter une solution : le recrutement en cours d’un chargé de relation et de communication à la FDSEA, qui s’occupera également de la FDO. "Ces deux années ont été compliquées, mais ce n’est pas une situation qui va continuer. Le recrutement est lancé, la relance syndicale aussi", annonce-t-il aux éleveurs. La problématique de la communication est effectivement pointée du doigt par ses derniers, qui la jugent inexistante "en interne comme en externe".

Entre cette nouvelle recrue et la volonté de travailler différemment au niveau de la fédération, l’espoir de redonner une dynamique est prégnant. "Le côté plus informel de cette assemblée générale devrait nous permettre d’échanger plus sur les sujets en cours, et le point fort est de parvenir à mêler les administrations aux éleveurs", espère Émilien Bonnet. De nouveaux groupes de travail devraient se constituer au fur et à mesure. Deux éleveurs ont ainsi accepté de s’emparer du sujet Pac, et un autre s’est positionné sur la question de la prédation et les sujets qui gravitent autour. Le directeur adjoint de la FDSEA se tient à disposition de tout éleveur qui aimerait se pencher d’un peu plus près sur ces dossiers, et rappelle à ceux présents qu’il reste "à disposition pour entamer des discussions sur les points qui vous interpellent. Donnez-moi des informations, dites-moi ce que vous voulez voir aborder et avec qui. Je suis là pour ça".

Communiquer autrement autour des chiens de protection

Communiquer entre eux oui, mais autour également. Notamment sur l’épineux sujet des chiens de protection. Alexis Lefebvre énonce d’abord l’idée de "se rapprocher des applications de randonnées pour leur demander d’intégrer de la prévention dans leur développement", mais la discussion déborde rapidement. "On ne peut pas nous demander de signaler sur une application chaque fois qu’on bouge", "Pas le temps"… Les remarques des éleveurs sont nombreuses, alors il faut recentrer : "Il s’agit seulement de signaler aux utilisateurs la possibilité de rencontrer des troupeaux et de leur expliquer comment réagir, pas d’une géolocalisation de vos bêtes".

Mais avant de penser numérique, certains pensent que revoir la communication faite sur les panneaux devrait être le point de départ. C’est le cas de Bruno Bonnet, éleveur sur le plateau d’Albion et relais local 'chiens de protection' de l’Institut de l’élevage (Idele) : "Les panneaux sont vieillots et mériteraient d’être changés". Alors que la plupart se sont vus imposer les patous pour lutter contre la prédation, ils estiment "s’éloigner du métier" en devant faire toujours plus de communication. "Il faudrait arrêter le discours gentil et les illustrations mignonnes. La prédation fait des dégâts, les chiens de protection sont là, c’est ça la réalité, mais la Draaf Auvergne-Rhône-Alpes [qui s’occupe des commandes au niveau national, ndlr] reste sur son idée. Il ne faut pas s’attendre à ses changements là-dessus", poursuit Bruno Bonnet.

Au Département de se saisir du sujet peut-être ? "Ce n’est pas parce que des choses ont été refusées dans le passé qu’elles le seront à l’avenir. Les choses évoluent", affirme Christian Mounier, vice-président du Département en charge de l’agriculture, de l’alimentation et de l’eau, répondant notamment à la demande de souplesse par Émilien Bonnet quant au balisage des sentiers de randonnées.

Charge administrative et éleveurs perdus

Profitant de la présence de François Gorieu, directeur départemental des territoires (DDT), plusieurs éleveurs évoquent le fastidieux dossier loup et dénoncent "un vrai problème administratif". Michèle Bulot, responsable de l’unité élevage à la Chambre d’agriculture de Vaucluse, s’inquiète de la disparition des permanences de la DDT depuis le Covid. Jérôme Isnard, éleveur à Monieux, confirme : "Aujourd’hui, on nous demande encore plus de documents. Ces permanences limitaient les allers-retours et ça débroussaillait bien le sujet." Appel entendu pour le directeur de la DDT qui note ce "besoin de proximité" et estime nécessaire de "voir comment on peut s’organiser, si on doit venir sur le terrain, comment vous accompagner". Seule condition mis à part les formalités administratives pour tout remettre en place ? "Il va falloir que vous communiquiez dessus pour que des gens viennent à ses permanences si elles sont remises en place".

À l’absence de permanences s’ajoute la sensation qu’une perte de temps avec les nombreux allers-retours. "Non seulement on perd en temps, mais en plus je pense qu’il y a un problème de formation : on nous demande trop souvent des documents qu’on ne devrait pas nous demander, car ils n’apparaissent pas dans les notices", assure Bruno Bonnet. Il y a urgence, François Gorieu est reparti avec un carnet de notes bien rempli.

Le sujet PAC 2023 occupe lui aussi bien des esprits. "La réforme est présentée comme 'pas si importante', mais pour que les surfaces pastorales soient prises en compte, il va falloir se justifier et si les choses restent en l’état, ça va être compliqué", se désole Émilien Bonnet. La DDT elle-même leur confirme, qu’à ce jour, "rien n’est arbitré. Il est difficile de voir où on va". Tous s’accordent sur l’importance des négociations : "Le syndicat ne peut pas mourir maintenant". Alors que le besoin d’une relance efficace se fait sentir, la FDSEA et la FDO espèrent que le retour de la foire aux agnelles de Saint-Christol, début août, permettra à nouveau rassembler et fédérer les éleveurs. Une réunion de préparation devrait prochainement intervenir.

Manon Lallemand


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