FDC84 : (Re)Former les chasseurs et mieux les accompagner

Publié le 09 septembre 2022

Aux côtés de Sylvain Debrielle, directeur de la fédération (à gauche), Alain Briançon est le nouveau président élu à l’issue de l’assemblée générale d’avril 2022. (ML)

Alors que s’ouvrira le 11 septembre une nouvelle saison de chasse, beaucoup d’incertitudes pèsent à nouveau sur les épaules des chasseurs. Loup, dégâts de gibier, registre d’armes, accès aux massifs forestiers... Le point avec les directeur et président de la fédération départementale.

Alain Briançon, anciennement trésorier de la Fédération des chasseurs de Vaucluse, a pris ses nouvelles fonctions de président au printemps et aura déjà eu bien des dossiers sur les bras. Il prend la suite d’Edmond Rolland, mais connaît déjà bien la mission qui l’attend, sa dizaine d’années dans le conseil d’administration de l’association aidant. Accompagné de son directeur, Sylvain Debrielle, il cible sans surprise le loup comme ennemi numéro un de la faune sauvage : “Par chez moi, dans le Toulourenc, on ne voit plus de mouflons. Les biches viennent beaucoup plus près des maisons et restent en groupe, ce qui est synonyme de défense. Même le comportement du sanglier a changé. La présence des loups déstabilise, d’autant qu’ils mangent beaucoup et provoquent donc beaucoup de dégâts sur les troupeaux. Et pour le coup, il n’y a pas d’indemnisation sur la faune sauvage”.

Moins inféodé aux bois, le prédateur change, et l’évolution des meutes rend les comptages difficiles. Estimés au nombre de 624 en 2020-2021
– nombre ensuite revu à la hausse à 783 –, ils seraient désormais 921. “Les règles de comptage sont les mêmes. Avec une telle augmentation, c’est bien la preuve qu’on nous mène en bateau”, s’indigne le directeur.

Alors les chasseurs s’activent, relèvent des indices de présence, mais les retours se font attendre : la nébuleuse reste intacte. La fédération vauclusienne n’affirme pas qu’il faille tous les tuer, mais la régulation devient plus que jamais nécessaire. Cependant, même si les chasseurs se voyaient confier cette nouvelle mission, “encore faudrait-il les voir”...

Le casse-tête
des dégâts de gibier

Qui dit loup, dit migration de la faune sauvage, le problème est récurrent. Le sanglier est notamment l’animal qui préoccupe le plus chasseurs et agriculteurs, compte tenu des dégâts occasionnés sur son passage. À l’heure actuelle, 2022 montre toutefois une tendance baissière des dégâts. Chez les chasseurs, tout est fait pour mieux pouvoir les maîtriser. L’équipe a accueilli récemment un nouveau technicien qui se déplace dès qu’il y a une déclaration, ou en amont pour la préparer avec les agriculteurs. “Nous avons besoin de faire le trait d’union entre les agriculteurs et les chasseurs, de recréer du dialogue”, affirme Sylvain Debrielle.

“De manière générale, les dégâts occasionnés par les sangliers interpellent le national, car nous ne disposons pas d’aides du gouvernement pour indemniser les agriculteurs”, déplore Alain Briançon. “C’est une mission de service public qui nous a été confiée sans contrepartie. Avant, le suivi était au moins pris en charge par l’État. Mais aujourd’hui, l’expertise relève à 100 % des fédérations départementales. On ne peut pas tout payer, d’autant plus que tout le territoire n’est pas chassable”, argumente le directeur. À cela s’ajoute le nombre d’adhérents, lui aussi en baisse depuis plusieurs années, ainsi qu’une hausse du montant des indemnisations puisque, bien que les dégâts semblent moins importants cette année, le Covid et la guerre en Ukraine provoquent une hausse du cours du blé et des engrais qui se répercute sur les marchés. Les fédérations de chasse demandent donc au moins une prise en charge des frais administratifs par l’État.

Face à la sécheresse...  et les critiques

Côté petit gibier, le lièvre serait en bonne santé. Pour les oiseaux, la situation est plus délicate. “Les faisans et les perdreaux sont des insectivores et, avec la sécheresse, ils n’ont pas toujours pu se nourrir correctement. On peut s’attendre à ce que la reproduction soit impactée”, expliquent les deux hommes. Les sangliers ont, quant à eux, trouvé des alternatives, le raisin, même vert, en l’occurrence.

À leurs détracteurs qui proposent une nouvelle pétition pour interdire la chasse en cette période de sécheresse, le président de la fédération vauclusienne rappelle que “les sociétés de chasse, dès l’ouverture des massifs, montent des milliers de litres d’eau pour la faune sauvage”. Nettement moins touché par les incendies cette année, le Vaucluse ne peut être comparé au Sud-Ouest selon le directeur : “Évidemment, dans les Landes et la Gironde, il n’y aura pas de chasse dans les massifs brûlés, c’est une question de bon sens.” Ils prennent la polémique avec recul, la critique et les pétitions faisant partie de leurs habitudes.

Ils espèrent toutefois améliorer la communication autour de ce que les chasseurs mettent en place pour la biodiversité. Derrière le bien connu et tout autant critiqué slogan “Les chasseurs, premiers écologistes de France”, se cache toute une série d’actions. Ces dernières sont permises, grâce à la mise en place de la réforme de la chasse de 2019 et l’émergence de l’éco-contribution :
“Sur chaque permis de chasser, 5 eu-
ros sont récupérés pour cela, ce à quoi s’ajoute 10 € de l’État. On arrive donc à 15 € par chasseur”
, décompte Sylvain Debrielle. Chaque année, ce sont donc près de 15 millions d’euros investis par les chasseurs dans la sauvegarde de la biodiversité ordinaire.

Actuellement l’inquiétude qui pèse le plus, directement liée à la sécheresse, est indéniablement l’ouverture des massifs forestiers. “Quel arrêté y aura-t-il à l’ouverture ? On ne sait pas. L’interdiction vaut pour tous, ce n’est pas que le monde de la chasse qui est visé, tout est dans les mains de la préfète”, rappelle Alain Briançon ; nouvelle préfète1 qu’ils espèrent rencontrer au plus vite pour tenter d’établir une bonne entente, similaire à celle tenue avec la préfecture ces quatre dernières années. Du ministère, ils attendent moins, en particulier sur les chasses traditionnelles, quoiqu’ils estiment qu’il sera difficile de faire pire que ces dernières campagnes. “Nous avons espoir de voir aboutir la réouverture du dossier chasse à la glu, mais finalement, le président de la République a les choses en main ; c’est lui qui choisit si le gouvernement y va ou pas. Mais si c’est ‘on n’y va pas’, nous on retournera dans la rue”, assure Sylvain Debrielle.

Être plus proche des adhérents

2022 marque également le début d’un grand renouvellement de la formation des chasseurs. Instaurée par la loi du 24 juillet 2019, la formation décennale est devenue obligatoire : chaque chasseur doit passer tous les dix ans une formation de remise à niveau sur la sécurité. Elle se fait sur une demi-journée, en présence2 ou via Internet. “Elle permet d’effectuer des rappels sur la sécurité et de combattre les idées reçues. L’idée est de former 1 000 chasseurs par an”, développe le directeur.

Un technicien assure la formation en présentiel pour ceux qui ne pourraient y assister sur le web. De la même manière qu’avec la personne embauchée pour les questions de dégâts de gibier, l’idée est de renforcer la proximité entre la fédération et ses chasseurs. “Nous sommes en pleine restructuration. Nous avons mené plusieurs recrutements et créé des commissions pour encourager la proximité et la participation de tous à la vie de la fédération”, affirme Alain Briançon.

Un lien et une communication à renforcer, d’autant plus que de nombreux changements continuent d’affluer sur la chasse et le râtelier numérique, entre autres. Jusqu’ici, le recensement des armes s’effectuait via les préfectures, à partir de documents papier ou par les armuriers. Depuis le début de l’année, les chasseurs se doivent d’alimenter le Système d’information des armes (SIA), afin de tracer ces dernières et ont jusqu’au 1er juillet 2023 pour déclarer l’intégralité de leurs possessions. Le cas échéant, des procédures seraient lancées, pour saisir les armes non déclarées.

À l’avenir, le SIA concernera également les tireurs sportifs et les collectionneurs, mais les chasseurs sont les premiers visés. Le président met en garde : “Sans le SIA, il ne sera plus possible de mener les armes chez les armuriers. À terme, cela concernera même sûrement les munitions”... De la même façon que pour la formation obligatoire, les chasseurs sont donc vivement encouragés à lancer les démarches dès maintenant, soit chez eux sur Internet, soit en sollicitant la fédération, résolument à l’écoute des chasseurs du département.

Manon Lallemand


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