Enseignement agricole : « Nous allons sûrement apprendre de cette crise »

Publié le 27 avril 2020

Les Maisons familiales et rurales se sont vite adaptées au confinement. La continuité pédagogique a été assurée à distance, grâce au numérique, aux appels téléphoniques et à l’autonomie des jeunes.

Réactivité, cohésion, autonomie… Les Maisons familiales et rurales s’appuient sur leurs atouts pour fonctionner en confinement. Pour développer leur territoire, elles espèrent désormais un nouveau regard de la société sur l’agriculture et le monde rural.

« À Bollène, à l’annonce de fermeture des établissements accueillant du public, nous avons mis en place un plan de continuité des apprentissages. Le 17 mars, les classes étaient donc devenues virtuelles. C’était important d’agir vite pour éviter une période déstabilisante » reconnaît Patrick Chaze, directeur de la Maison familiale et rurale (MFR) de Haut Vaucluse. Du travail personnel est demandé aux apprenants, ainsi qu’un temps de retour d’expériences professionnelles. Un travail de remédiation ou de suivi du travail, plus particulier, est proposé également aux étudiants en classes d’examen : terminale, CAP, bac pro et BTS.

« Pour maintenir le sentiment de groupe auquel nous sommes attachés, les ‘visio classes’ sont utiles. Grâce à elles, l’esprit de cohésion perdure, avec des multiples groupes que les étudiants créent d’eux-mêmes, mais aussi par les veillées et goûters de fin de semaine que nous organisons en visio » se réjouit Patrick Chaze. Autres rendez-vous collectifs réguliers : les points d’information, où la MFR relaie les annonces faites par les autorités, et la façon dont ça peut évoluer.

Passés les premiers moments d’inquiétude, l’organisation hebdomadaire a aidé à structurer les journées, et permis de maintenir le lien. Le directeur de Bollène dresse un bilan positif : « En fait, ça fonctionne plutôt bien. Et même : ça nous interroge sur les rythmes et la formation à distance… car nous allons sûrement apprendre de cette crise ! ».

Mais cette organisation – essentiellement basée sur le numérique – aura-t-elle laissé de côté des jeunes ? En réalité, très peu, hormis un ou deux élèves en zone blanche, car aucun élève n’a manqué de matériel : la MFR a en effet prêté des ordinateurs portables, lorsque cela faisait défaut.

Implication de tous

Malgré le confinement, le lien avec les chefs d’entreprise et maîtres de stage, est également maintenu, même si certains ont contacté la MFR, afin de modifier l’emploi du temps. Les apprentis restent mobilisés dans les domaines en ayant besoin. « Nous avons travaillé avec les entreprises, coopératives et centres expérimentaux, pour vérifier leur mise en place des gestes barrières. Les professionnels investis dans les jurys d’oraux de contrôle continu, malgré l’activité intense sur leur exploitation, ont joué le jeu et ont consacré une matinée en visio pour participer à ces examens. En particulier deux éleveurs, que nous remercions de leur implication ! », tient à ajouter de son David Lafond, directeur de la fédération des MFR Vaucluse-Alpes du Sud.

Quant aux inscriptions des futurs élèves, là aussi, l’innovation est de mise cette année : en effet, les entretiens se font en visio, pour rencontrer le jeune et sa famille, le questionner sur sa motivation et son projet professionnel. « Aucune famille souhaitant nous rencontrer n’a été laissée de côté » assure David Lafond. Pourtant, sans la tenue des portes ouvertes, le réseautage n’a pu se faire. Alors même si « aucun directeur n’est alarmé par les effectifs de la prochaine rentrée », on peut espérer que les réseaux sociaux compenseront. « Saluons la mobilisation générale des équipes et des élèves, qui ont dû s’adapter très vite. Quasiment tous s’accrochent, dans toutes les filières. Même ceux en prépa apprentissage sont au rendez-vous. »

Quant à l’après confinement, les directives du ministère de l’Agriculture sont attendues impatiemment. L’Union nationale des MFR a d’ailleurs été sollicitée, pour participer à la réflexion du retour en classe et des examens. On sait déjà que les épreuves finales n’auront pas lieu, le contrôle continu sera privilégié, mais nombre d’aménagements restent à préciser. Par ailleurs, ce retour en classe devrait être facilité pour les MFR, « qui s’appuient à l’année sur l’autonomie des élèves et le contrôle continu ». Bien sûr les gestes barrières seront prolongés, « mais l’internat ne rouvrira peut-être pas tout de suite » concèdent les directeurs.

Les jeunes se projettent

L’alternance, c’est la pédagogie de la rupture : cours, vie familiale, période de stage en entreprise se succèdent. « Et nous faisons en sorte que chaque situation soit apprenante. Celle que nous traversons l’est aussi », poursuit David Lafond. C’est l’occasion de développer de nouvelles compétences, d’aller chercher les informations et de retourner questionner ses professeurs. « Cette période a été propice professionnellement, d’après les retours que nous en avons eus : au-delà de solidifier leurs acquis, beaucoup de jeunes ont eu l’occasion de se projeter dans leur vie professionnelle et d’y réfléchir. »

Les parents et le conseil d‘administration sont restés mobilisés également, via des réunions visio et par téléphone. « Au sein de la Fédération régionale et des MFR de Vaucluse-Alpes du Sud aussi, nous avons partagé nos bonnes idées, nos projets, personne n’est resté isolé. Et les personnes en cours de formation ont pu continuer » se réjouit le directeur.

Cette crise interroge néanmoins sur une possible relocalisation de la production, la consommation et du personnel sur l’exploitation. « Disposer d’étudiants formés, employables par les structures agricoles, est un vrai ‘plus’ ! Nous espérons que l’emploi local et la formation agricole en sortiront revalorisés. Le numérique est indispensable aujourd’hui à l’agriculture, et cela pourrait en moderniser l’image », confie David Lafond, qui formule un espoir pour l’après-confinement : « Que notre société porte un nouveau regard sur le monde rural dans son ensemble ».

Cécile Poulain


OPA - Serv. publicsMFR covid-19 adaptation Haut Vaucluse