Économie :

Publié le 26 juillet 2021

Malgré des volumes en baisse, le travail sur l'amélioration de la qualité gustative – lancé il y a cinq ans par l'AOP 'Pêches et abricots' de France – se poursuit, en particulier sur l'indice qualité,

Au 1er juillet, les chiffres diffusés par le ministère de l'agriculture tablaient sur une demi-récolte d'abricots par rapport à la moyenne quinquennale, soit la production la plus faible depuis 42 ans. Les gelées printanières historiques, notamment en Vallée du Rhône et en Provence, ont amputé le potentiel de production. Sur la première partie de la campagne, le marché s'est globalement équilibré et les cours de l’abricot sont soutenus par la rareté de l’offre. Et la situation devrait perdurer jusqu'à la fin de la campagne.

"Les observations de cette première partie de campagne confirment ce que l'on savait du déficit conséquence des volumes en abricot cette année", note Raphaël Martinez, directeur de l'AOP 'Pêches et abricots' de France. Ainsi, en semaine 27, les volumes commercialisés au niveau de l'AOP ont été de 2 800 tonnes, contre 4 500 t à la même époque en 2020. "L'arrivée du Bergeron à la mi-juillet a amplifié ce phénomène", puisque la variété représente en effet environ 80 % de l'offre en juillet. "Et, cette année, on mise péniblement sur 15 %", poursuit le directeur.

Ainsi, cette première partie de campagne confirme bel et bien les craintes nées à l'aube des constatations faites après l'épisode gélif, en avril dernier. "Nous avons un tiers des volumes en moins par rapport à 2020, déjà déficitaire avec 110 000 tonnes, alors que le potentiel de production se situe autour de 150 000 tonnes. Cet hiver, nous allons mener un travail avec les producteurs rhônalpins pour réévaluer le verger dans la région qui a subi, en quatre ans, deux gels et deux grêles. Il est évident que les arboriculteurs ont fait des choix économiques suite à ces épisodes climatiques : les vergers sont, dans ce bassin, globalement anciens et amortis. On peut donc supposer que des volumes ont disparu. Nous profiterons de l'hiver pour réaliser avec eux un inventaire verger", annonce Raphaël Martinez. À l'inverse, en Occitanie en général, et en Roussillon en particulier, l'année s'est plutôt mieux déroulée, "avec des conséquences du gel moins importantes, en particulier en Roussillon qui voit également son travail de fond concernant les variétés traditionnelles et l'AOP Rouge du Roussillon rouge porter ses fruits." Dans le Gard, la Crau et le Vaucluse, les situations sont diversifiées en fonction des vergers. "Tout le monde est touché à des degrés plus ou moins importants. Ceux qui ont pu protéger vont avoir les deux tiers, voire les trois-quarts de leur récolte."

Une fin de saison calme

Le pic de commercialisation a été atteint entre le 25 et le 30 juillet dernier, avec les variétés KiotoCOV et Orangered. "Nous avons eu un moment difficile à passer, avec des écoulements compliqués en raison d'une météo maussade. Depuis, ça s'est arrangé avec un rééquilibrage lié à une baisse des apports et à une demande en augmentation. Le marché s'est assaini avec un bon week-end début juillet, soutenu par des opérations promotionnelles à 2,99 € le kilo sur le 2A vrac qui constitue le cœur de marché. La dynamique des ventes a ensuite perduré, avec des prix corrects pour les producteurs." C'est donc dans ce contexte porteur qu'est rentrée la variété Bergeron, avec des volumes en berne donc, suivie des variétés tardives, "là aussi, avec des volumes très réduits".

Difficile à mi-parcours de faire un bilan économique chiffré pour les arboriculteurs, qui doivent encore faire les comptes des aides – calamités et Prêt garanti d'État –demandées et dont les versements se faisaient encore attendre mi-juillet pour un grand nombre de producteurs.

Emballage plastique : un délai supplémentaire

Côté suivi de marché, l'AOP a travaillé au mieux avec les enseignes, compte tenu des volumes disponibles. "Le début de saison a été un peu difficile, comme d'habitude, mais cette année, nous n'avons globalement pas trop eu de pression espagnole. La bascule vers le produit français s'est faite assez facilement, car on manquait globalement de produit un peu partout en Europe."

Du côté des autres dossiers suivis par l'AOP, pas de nouveauté particulière, "si ce n'est la substitution des emballages plastiques, qui a été remis à l'an prochain". Malgré des volumes en baisse, le travail sur l'amélioration de la qualité gustative lancé il y a cinq ans se poursuit, en particulier sur les variétés et l'indice qualité, "pour apporter des solutions pratiques et affiner les connaissances sur la qualité des lots à leur arrivée en station. Nous sommes dans notre dernière année d'évaluation de cet outil infrarouge. Ça avance et le partenariat avec les éditeurs se renforce."

Sur le volet agroécologie aussi, les choses avancent. L'AOP et ses partenaires ont travaillé ces dernières années à la mise au point d'itinéraires de production permettant la réduction des intrants et le développement de la production bio. "Nous avons suivi quelques exploitations et cela devrait nous permettre de disséminer les résultats au cours de l'hiver prochain. Nous avons identifié des itinéraires techniques intéressants, reste désormais à les diffuser au plus grand nombre." Il faudra néanmoins sécuriser les producteurs, car ces itinéraires ne sont pas sans conséquences en termes de rendements et de volumes. "Les distributeurs nous poussent et poussent les producteurs à plus de réduction d'intrants. Certains souhaiteraient même que l'agroécologie devienne le socle. C'est bien aussi qu'ils se rendent compte de ce que cela signifie, en particulier sur le rendement et les volumes. Et donc que ce risque soit rémunéré en conséquence. Ce sera tout le travail de cet hiver car, plus les années passent, plus la filière se rend compte que l'abricot reste une espèce difficilement domptable", conclut Raphaël Martinez.

 

Céline Zambujo


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