Eau : « Les agriculteurs qui veulent l’eau vont devoir s’engager »

Publié le 25 février 2019

Pour le projet ‘Hauts de Provence Rhodanienne’, le périmètre concerné s’étend sur 85 000 hectares de terres agricoles, dont 40 à 50% peuvent être irrigués, soit entre 30 000 et 40 000 ha.

À l’occasion de l’assemblée générale des Jeunes agriculteurs de Vaucluse, André Bernard, président sortant de la Chambre d’agriculture, et Adrien Morenas, député de Vaucluse et rapporteur de la mission parlementaire d'information sur la ressource en eau, ont fait le point sur les dossiers ‘eau’ en cours dans le département. Au menu : financement des équipements et de l’installation de système d’irrigation, point sur le projet Hauts de Provence Rhodanienne

La problématique de l’eau est telle aujourd’hui que la première chose à faire « est déjà de voir comment l’économiser », rappelait André Bernard, président de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, lors de l’AG des JA, le 18 janvier dernier1. Car l’optimisation de cette ressource est déjà un premier levier sur lequel jouer, au regard du réchauffement climatique, de la pression sur la ressource de plus en plus forte, et face à la baisse des investissements publics.

Le second, rappelait le président de la Chambre d’agriculture, c’est de porter des projets territoriaux, en s’appuyant sur des études prouvant la moindre disponibilité à venir sur ces territoires. « Déjà, en 2010, les conclusions d’un rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux pointait des difficultés d’accès à l’eau pour le Nord Vaucluse », poursuivait André Bernard. 

PGRE, OUIG, AUP…

Depuis, les pouvoirs publics ont décidé de mettre en place le PGRE, plan de gestion quantitative de la gestion de l’eau, qui apporte des éléments techniques de diagnostic de la situation pour chaque bassin versant. « Ce plan doit être définitivement mis en place en 2021 », rappelait André Bernard. Sa mise en place s’accompagne des OUGC2, organisme unique de gestion collective. Les agriculteurs et irrigants devaient d’ailleurs déclarer leurs prélèvements avant le 1er décembre 2017 afin de réaliser un recensement général des ouvrages de prélèvement agricoles individuels non déclarés, et des besoins en eau d’irrigation. Objectif : établir un état initial des besoins le plus proche de la réalité, pour justifier la demande d’autorisation unique de prélèvement (AUP). « Certes, c’est une contrainte supplémentaire, mais sans autorisation unique de prélèvement d’ici 2021, impossible de prélever et donc, d’irriguer », notait André Bernard.

Pour rappel, l’OUGC a vocation de guichet unique de l’eau à usage d’irrigation agricole, tant pour les irrigants individuels que collectifs (canaux), à l’échelle d’une entité hydrologique cohérente. « Il est important d’avoir des agriculteurs présents et majoritaires dans les 54 membres à mettre en place », d’autant plus que l’OUGC 84, piloté par la Chambre d’agriculture, s’étend sur un périmètre élargi afin d’exprimer une candidature cohérente et pérenne hydrologiquement parlant au regard du projet ‘Hauts de Provence Rhodanienne’, en accord avec les Chambres d’agriculture des autres départements concernés (04, 05 et 26).

Flécher des fonds Feder et Feader.

Pour le projet HPR, le périmètre concerné s’étend sur 85 000 hectares de terres agricoles, dont 40 à 50% peuvent être irrigués, soit entre 30 000 et 40 000 ha. Or, le coût global d’un hectare irrigué, c’est environ 10 000 et 15 000 €, ce qui, pour le projet HPR, représente donc près de 450 millions d’euros. « Il faut trouver des solutions de financements. Or, nous savons que les lignes Feder ne sont pas utilisées pour l’aménagement hydraulique. De même, les lignes Feader sont à renforcer et à mobiliser, de même que le soutien de l’Agence de l’eau, dans le cadre de la substitution et du plan d’adaptation au changement climatique. » Bien sûr, les collectivités territoriales – conseil régionaux et conseils départementaux – sont également présents dans ce tour de table, d’autant plus que ce projet se veut multi-usage agricoles et concerne également les ressources en eau brute pour les collectivités pour l’arrosage des stades et pelouses, « et peut-être, sous certaines conditions, renforcement du réseau incendie ».

Mais de nouveaux acteurs peuvent également participer au soutien à l’hydraulique agricole, à l’image de la Compagnie nationale du Rhône, « dont la mission est d’accompagner la sécurisation de l’irrigation et le développement des territoires du sillon rhodanien », notait André Bernard : « Nous travaillons à mobiliser et à articuler tous ces financements, mais pour que ce projet se réalise le plus rapidement possible, et sur un territoire le plus vaste possible, il est indispensable que les agriculteurs apportent une contribution au moment de la souscription. Cette contribution pourrait faire l’objet d’un prêt qui s’étalerait sur 20 à 30 ans, et qui pourrait être, dans ce cas-là, cautionné dans le cadre du Grand plan d’investissement lancé par le gouvernement. Cette articulation un peu complexe est indispensable pour amener de l’eau sur les territoires, à un coût à l’hectare supportable par les agriculteurs. Pour le paysan que je suis, le coût acceptable est situé entre 300 et 400 euros l’hectare », résumait André Bernard.

Céline Zambujo


OPA - Serv. publicsEau irrigation HPR vaucluse