Eau : Avancer comme un seul homme

Publié le 05 janvier 2021

Outre la modernisation des réseaux existants, de nouveaux projets permettraient l’extension de 40 500 hectares de terres irriguées, dont 18 000 ha en Vaucluse (© P. Nicolas)

Lors de l’édition digitale de Med’Agri, une conférence était dédiée au sujet ô combien stratégique de l’eau, et plus spécifiquement aux enjeux d'aménagements hydrauliques et les réponses à proposer face à ces besoins en eau agricole, dans un contexte de changement climatique qui s’accélère. La Région Sud vient en effet d’achever l’étude ‘Prohydra 2028’ (lire ci-contre) qui visait à présenter les enjeux pour la région, mais surtout à qualifier les besoins des filières et des départements, avec une ressource mal répartie dans le temps et dans l’espace.

« Prohydra doit nous permettre de construire les outils répondant à cet enjeu hydrique majeur », notait en ouverture de la conférence Bénédicte Martin, présidente de la commission ‘Agriculture’ à la Région Sud. Le Conseil régional ne part évidemment pas de zéro sur le sujet, et peut s’appuyer sur sa compétence d’état et ses outils. Mais si ces derniers sont pertinents, il est clair qu’ils ne suffisent pas aujourd’hui face à l’ampleur des investissements à mener. « Nos outils sont d’une part, le Feader, que l’on a pu préserver mais que l’on doit renforcer. D’autre part, la concession régionale qu’est la Société du canal de Provence, qui doit être innovante en matière d’économie, et les ASA sur le terrain. Sans oublier le projet des Hauts de Provence rhodanien, sur lequel on doit être à la manœuvre », résumait Bénédicte Martin. Reste qu’actuellement, le financement public régional atteint 18 millions d’euros par an (M€), tandis que Prohydra chiffre à 80 M€/an les investissements nécessaires à mener dans les dix ans à venir. « Il faut donc être à la manœuvre pour aller chercher des financements complémentaires via les Contrats de plan État Région (CPER) et l’Agence de l’eau », annonçait l’élue.

Prohydra a permis de poser un diagnostic de l’existant. L’étude a ainsi mis en évidence que 86% des usages reposaient sur la ressource superficielle provenant, aux deux-tiers, de la source Durance-Verdon, tandis que l’aspersion représente environ 35% des usages, et la micro-irrigation 15%. L’architecture de cette mise à disposition de l’eau s’appuie sur 600 structures d’irrigation collective irriguant quelque 100 000 hectares de terres agricoles, et générant 25 000 emplois. Malgré d’importants travaux menés ces dernières années, « il reste encore des choses à déployer pour dégager des marges, continuer à optimiser les pratiques, et aller chercher de la substitution », notait Bénédicte Martin.

Économiser, partager et sécuriser

« L’eau est un sujet vital pour la sécurisation de nos territoires », relançait le président de la Chambre régionale d’agriculture, André Bernard, saluant « le travail fait depuis des années », travail qui reste néanmoins à poursuivre et à accélérer : « Sur le terrain, les attentes sont fortes face à la baisse des rendements qui touche la plupart des cultures ». Si l’évolution des pratiques – goutte-à-goutte, OAD, cépages ou espèces plus adaptées, agrivoltaïsme etc. – doit se poursuivre et s’accélérer, cela ne suffira pas : « Il faudra quand même de l’eau ! » assène le président de la Chambre régionale, pour qui un triptyque doit guider les décisions : « Économiser, partager et sécuriser : quand on a l’eau et que l’on a tout fait pour l’économiser, il faut savoir la partager et la remettre sur tous les territoires ». Et cela doit se faire vite : « Les diagnostics sont faits. Il nous fait maintenant être ingénieux et travailler tous ensemble à agglomérer des financements que l’on doit aller chercher, par exemple du côté de la Compagnie nationale du Rhône. Cette dernière a en effet trois missions : rendre le Rhône navigable, produire de l’énergie, et développer l’irrigation. Or, cette troisième mission n’a pas été suffisamment investie. Si nous prélevons un peu plus dans le Rhône pour les usages agricoles, nous serons alors en capacité de rebasculer de la ressource de la Durance ailleurs sur le territoire. C’est bien une vision à l’échelle régionale qui doit nous guider ».

Le président – qui siège au groupe de travail Comité de rénovation des normes en agriculture (Corena) au titre des représentants de la profession agricole, avec les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture – insiste justement dans ce groupe sur une meilleure articulation des CPER en lien avec la problématique de l’eau. « L’État décide, mais c’est bien aux intercommunalités et aux départements de porter les contreparties territoriales. On doit donc aller chercher du Feder1. Par exemple, quoi qu’on en dise, il va se faire des projets photovoltaïques au sol. Sur des sols agricoles. Il est donc logique qu’une partie de cette manne financière retourne à l’agriculture. » Car tout l’enjeu aujourd’hui est bien de continuer à investir, avec une « ligne de contribution raisonnable pour les agriculteurs. Un juste équilibre doit être trouvé, avec un financement adapté pour ces projets structurants qui s’étalent sur des périodes plus longues, avec une garantie d’État ».

Activer ces nouveaux leviers – fonds Feder, nouveaux partenaires, co-financement agricole – doit donc permettre de « doubler » l’enveloppe évaluée du projet. « Le projet Prohydra, c’est 30 millions d’euros par an sur 30 ans. L’objectif est de passer à 70 millions d’euros par an, et de raccourcir la période des investissements de 30 à 15 ans. Sinon, l’agriculture régionale ne sera pas en capacité de répondre aux attentes des consommateurs, des territoires, et d’autres activités non-agricoles les remplaceront. L’objectif, je le répète, est de passer à la vitesse supérieure, de s’appuyer sur les agriculteurs, d’aller chercher du Feder, de mobiliser les intercommunalités et les Départements, d’utiliser le Plan de relance. »

Céline Zambujo

(1) le Fonds européen de développement régional finance également des actions soutenant l'adaptation au changement climatique.


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