Du houblon à la bière, le local  comme valeur primaire chez Améno

Publié le 19 septembre 2022

Entre le bar et les pieds de houblon, Arnaud Monin et Thibaud Payan n'ont pas de quoi s'embêter !

Produire de la bière ? C’est le pari que se sont lancés Arnaud Monin et Thibaud Payan. Mais avec du houblon cultivé sur place, et un malt ardéchois, sinon rien. À l’approche de son deuxième anniversaire, en janvier prochain, Améno vient d’être sélectionnée parmi les sept microbrasseries françaises préférées de Gault & Millau.

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ! Citer Mark Twain pour parler de l’aventure Améno de Arnaud Monin et Thibaud Payan est peut-être un peu fort, mais il faut admettre que monter une microbrasserie en pleine crise sanitaire n’avait rien d’une tâche aisée. Cultiver du houblon en tipi au pays du mistral non plus.

Venus du monde de la logistique et de celui de la publicité, les deux amis commençaient à tourner en rond dans leurs professions et avaient posé leur démission avant même de se retrouver, comme tout le monde, coupé de la civilisation pendant plusieurs semaines, en 2020. “Ce projet, nous l’avions en tête avant le confinement. Je brassais déjà en amateur depuis trois ou quatre ans, et nous avions tous les deux envie de revenir par ici”, explique
Thibaud. L’isolement entre quatre murs leur aura offert le temps de creuser le sujet. Il leur aura fallu à peu près un an pour lancer la production, un an et demi pour ouvrir le bar.

Malgré les compétences de brasseur amateur acquises par Thibaud, tous deux avaient besoin d’une formation. C’est à l’Institut français des boissons, de la brasserie et de la malterie de Nancy qu’ils se sont rendus. Estimée comme “la meilleure formation de France” par eux-mêmes, ils ne regrettent pas une seconde leur choix. Entre la théorie et les nombreux stages, ils se sentaient prêts pour lancer Améno, une microbrasserie qui cultiverait son houblon et accueillerait les gens au bar pour déguster, échanger et profiter de la vie. Améno pour égayer’ ou ‘rendre agréable’ en latin. Bien trouvé.

Devenir agriculteurs - brasseurs

Ils sont tous deux issus de familles de vignerons : “Nous avions une idée de ce qu’est une production”, assure Arnaud. Et comme un vigneron utilise son raisin pour produire son vin, pour les deux amis, pas question de se fournir en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis pour le houblon. Avec une offre plus faible que la demande, il serait pourtant facile de se laisser tenter. “Il y a des houblons très bons et aromatiques, mais on préfère que ça vienne d’ici”, poursuit l’ancien directeur logistique.

Avant de se lancer officiellement dans le projet, ils plantent donc 60 pieds, à Orange, en 2020. L’expérience les conforte dans leur envie et les pousse à aller plus loin. Ils installent ainsi Améno à Camaret, entament les travaux pour aménager la brasserie et ouvrir un bar, et plantent 320 pieds supplémentaires, juste derrière.

“La plante ressort de terre mi-mars, elle pousse jusqu’en juillet et fleurit jusqu’en septembre. Ensuite, on coupe le cône fleuri”, détaille Thibaud Payan. Irriguée au goutte-à-goutte, la liane grimpe doucement sur les cordes, formant ensuite les tipis. “Dans les zones traditionnelles de culture de houblon, les plantations sont bien plus hautes. Mais ici, avec le mistral, il a fallu baisser un peu la hauteur”, ajoute-t-il. Et ça marche ! Grâce aux fleurs qu’ils mettent dans des poches sous-vide, puis en chambre froide pour les protéger des ultra-violets, de la chaleur et de l’oxydation – permettant ainsi de les conserver jusqu’à un an et demi –, ils peuvent produire de la bière toute l’année. Le malt ne vient pas de bien loin non plus, de la malterie de Vernoux-en-Vivarais, en Ardèche. “C’est un coût supplémentaire, mais c’est celui qui nous permet de coller à nos valeurs”.

“Il faut environ 500 grammes de houblon pour 1 000 litres de bière. Ça nous aura permis de faire 300 hectolitres en 2021, et nous projetons d’en faire 450 cette année”, estime Arnaud Monin. Des dizaines de milliers de litres, ça peut paraître beaucoup de bouteilles et de fûts... Mais pour une microbrasserie dans sa deuxième année de production, la quantité reste raisonnable. Ils pourraient produire plus encore, mais cela signifierait l’augmentation du nombre de pieds de houblon. “Nous invitons les agriculteurs à venir découvrir chez nous qu’on peut y arriver en Vaucluse. Il y a une filière à créer, et nous pourrions échanger avec des personnes prêtes à fonctionner en partenariat avec nous. En plus, le houblon bio, ça se valorise bien”, plaide Thibaud.

Actuellement, deux gammes permanentes sortent de la cuverie. Une classique, composée des traditionnelles blanche, blonde et ambrée ; et une premium, avec la IPA et la blonde de dégustation. En fonction des saisons s’ajoute une sixième bière, dont le goût varie. Cet hiver, ils lançaient une ambrée infusée aux bois de chêne exprimant des notes de noisette, vanille et caramel. Au printemps, une blonde bio fleurie au mimosa. Cet été, une blanche fruitée au doux goût l’abricot, résultat du choix d’une communauté bien active, tant sur place que sur les réseaux.

Une ambiance de place de village

Il faut dire “qu’une bière locale, c’est un peu comme une équipe de foot : il faut l’encourager”, plaisante Thibaud. Alors, ils sont aussi derrière le bar pour la servir et en parler, pour la faire vivre, tout comme ils font vivre leur brasserie. “Nous avons voulu créer une ambiance de place de village pour réunir tous les âges, tous les profils”, insiste Arnaud Monin, et ce toute l’année, même en hiver.

Lieu clos et cabane pour les enfants, terrains de pétanque, concerts, expositions... Les événements se succèdent et attirent l’œil, y compris celui du guide Gault & Millau qui, cet été, a sélectionné Améno pour faire partie de leurs sept microbrasseries françaises préférées. Une surprise pour Arnaud et Thibaud, qui en pleine organisation de leurs deuxième‘Festi’bière’, un festival des bières artisanales qui regroupe plusieurs brasseurs du département. Rendez-vous donné demain, samedi 17 septembre, pour des dégustations et des échanges qui devraient donner envie de ne plus se fournir qu’auprès des brasseurs locaux !

Manon Lallemand


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