Domaine des 'Hauts traversiers : les pieds sur terre

Publié le 16 septembre 2019

Florian Morel s’installe en 2013 et devient co-gérant de l’EARL avec son père, Didier. Ils construisent la cave et font les premières vinifications au domaine en 2015.

Florian Morel, bientôt trente ans, est la 9e génération au domaine des ‘Hauts traversiers’, à Pernes-les-Fontaines. C’est les pieds sur terre qu’il envisage de recentrer l’activité familiale sur la production de raisin Muscat du Ventoux, de vinifier au domaine ses blancs, rosés et rouges en appellation Ventoux et de développer leur commercialisation.

« Les vendanges commencent demain ! » Alors ce sont les derniers préparatifs à la cave du domaine des ‘Hauts traversiers’, au nord-est de Pernes-les-Fontaines, sur les premières collines des Monts du Vaucluse. Florian Morel et son père, Didier, s’affairent, satisfaits de ce qui s’annonce. Les raisins sont très beaux, de petites baies, très saines et un volume a priori correct. Certains secteurs ont été épargnés par la sécheresse, d’autres ont vu des raisins échaudés, brûlés. Jusque-là, les excès de chaleur ont bloqué le fonctionnement de la vigne, mais depuis quelques jours, les nuits sont fraîches, alors les écarts de température entre jour et nuit favorisent la maturation du raisin. L’état sanitaire est excellent.

La récolte a commencé lundi 2 septembre par le raisin de table, le Muscat de Hambourg, en AOP Muscat du Ventoux. Au plus fort de la cueillette, une à deux tonnes sont récoltées par jour et neuf saisonniers viennent prêter main forte. Au total, ce seront 40 tonnes récoltées jusqu’à mi-octobre. La plupart du volume est donc commercialisée via un grossiste de Cavaillon. Une petite part seulement se retrouvera en vente directe sur le marché des producteurs, le mercredi, et le marché de Pernes-les-Fontaines, le samedi. Une partie est utilisée aussi pour élaborer du jus de raisin, qui vient compléter l’offre du domaine.

Vinifications au domaine

Quelques jours après les premiers coups de sécateurs, c’est au tour des raisins de cuve de passer à la moulinette, en commençant par le grenache blanc, puis le vermentino. Avec 48 parcelles, impossible de les vinifier séparément. Florian a donc pris l’option de vinifier par cépage. « Grenache et vermentino serviront de bases plus fraîches pour les assemblages. La récolte des roussanne et viognier est plus tardive, pour l’apport d’arôme et de structure » explique le vigneron. La clairette est toujours la dernière. Et cette semaine du 9 septembre, commenceront les vendanges pour les rosés puis pour les rouges, qui s’achèveront début octobre.

Le rosé est fait en pressurage direct. « Les jus sont sélectionnés pour être clairs, donc on limite les pressoirs à 1h30 voire 2h maximum, et les fins de presse sont assemblées aux rouges. » À la cave, maîtriser les températures est primordial. Cela permet aussi de réduire l’emploi de sulfites, un objectif important pour Florian. Il a d’ailleurs élaboré une cuvée ‘Nature de vigneron’, à partir d’une matière première très saine, de très bonne qualité, en 2015. Elle est vendue au caveau à 19 €.

Partager sa passion

La première source de motivation, pour Florian, c’est bien le partage d’une passion. Il a le souvenir d’avoir tout appris avec son grand-père et son père. « Cette vigne, j’ai aidé à la planter quand j’avais dix ans » se souvient-il, en arpentant la parcelle de grenache blanc, la plus proche du domaine, abritée entre oliviers, amandiers et figuiers. C’est donc pour revenir vivre son métier au contact de sa famille, et prendre son tour dans cette chaîne familiale qu’il est revenu au domaine. Mais pas à n’importe quelles conditions. Encore fallait-il s’assurer de la bonne entente au travail entre père et fils. « Avant de m’installer aux côtés de mon père, je me suis donné deux ans pour confirmer mon intention. Au début ça n’était pas évident. Mais nos caractères sont complémentaires. Et surtout, j’avais des idées et il était prêt à les entendre. Alors j’ai passé le pas. Et on a décidé d’arrêter la production de cerises. Ça nous prenait trop de temps par rapport à ce que ça rapportait. Or, il y avait désormais deux salaires à dégager. Et j’avais envie d’orienter davantage nos efforts sur les vinifications. C’est le vin qui me plaît ! »

La décision prise, Florian s’installe en 2013 et devient co-gérant de l’EARL avec son père. Ils construisent la cave et font les premières vinifications au domaine en 2015. Ils achèvent le caveau de vente l’année suivante. Aujourd’hui, le domaine compte 10 hectares de raisins de cuve, entièrement vinifié sur place, et 5 ha de raisin de table, en Muscat du Ventoux. « À l’avenir, j’aimerais acheter quelques hectares supplémentaires pour arriver à une douzaine d’hectares, vinifier 500 hectolitres, et développer la partie commerciale. Je suis marqué par les catastrophes environnementales, incendies en Amazonie, fonte des glaciers… Je veux faire ma part, à mon échelle. Déjà, je réfléchis à limiter mon empreinte carbone dans mon activité. »

Davantage d’échanges locaux.

« Nous arrêtons d’acheter de l’engrais, car nous avons mis en place un échange de bons procédés avec notre voisine chevrière : nous curons sa chèvrerie pour en récupérer le fumier. Nous le stockons, le mélangeons à des végétaux verts broyés, en compost, pour l’épandre sur nos petites parcelles. Pour les plus grandes parcelles, nous avons un accord avec un éleveur des alentours. Il vient parquer ses moutons dans nos parcelles qu’il clôture. Les troupeaux y trouvent de quoi se nourrir, et entretiennent ces terrains : ils fertilisent et nous évite d’avoir à désherber. »

Engagé auprès des Jeunes Agriculteurs comme président du canton et trésorier départemental, Florian aime faire connaître son métier. Il participe à l’opération ‘De ferme en ferme’, fait les marchés et anime des visites et dégustations en lien avec les campings voisins. Ce jeune vigneron a bien les pieds sur terre. Après avoir réorienté sa production, il entend la développer, dans des proportions qui lui permettent de conserver un équilibre, de continuer à faire ce métier polyvalent dont il apprécie la variété. « Mais je ne me mets pas de barrière pour tester de nouvelles pratiques, comme la biodynamie. J’ai envie de voir jusqu’où je peux aller en production. »

Cécile Poulain


Viticulture vendanges millésime 2019