Domaine de Séoule, à Saint-Saturnin-les-Apt : Sous le soleil de Séoule

Publié le 22 avril 2019

Les rendements sont identiques à ceux sous serre plastique. Les résultats sont obtenus par une maîtrise technique de la serre, des cultures, mais aussi par un choix variétal pertinent.

Ludovic et Sylvie Augier, au Domaine de Séoule, à Saint-Saturnin-les-Apt, se sont diversifiés dans le maraîchage grâce à une serre photovoltaïque installée sur 2,5 ha. L’idée lumineuse est d’associer maraîchage sécurisé et production d’énergie verte.

En Côtes du Ventoux, le domaine de Séoule est en agriculture biologique depuis deux générations. « Spécialisés en raisins de table, de cuve avec vinification au domaine, et en cerises de table, nous voulions nous diversifier »n explique Ludovic Augier, 30 ans, gérant du Gaec avec sa sœur Sylvie, 40 ans. Ils vendent leurs produits en circuit court dans les magasins ‘Luberon paysan’ d’Apt et de la Tour d’Aigues. « Lancés dans le maraîchage depuis dix ans, nous avons d’abord opté pour des serres tunnels, pour des productions plus précoces et plus tardives. Depuis 2011, je cherchais des serres photovoltaïques, avec l’objectif de rester en pleine terre, mais en travaillant de façon plus pratique. La rencontre avec Fonroche Solaire (devenue depuis Reden Solar, voir encadré) nous a permis de monter ce projet sur 2,5 hectares, avec un investissement de 300 000€, dix fois moins que ne coûte la serre. »

Le Gaec est propriétaire du terrain, il a signé un bail à construction sur 30 ans avec Reden Solar, qui revend l’électricité produite par la serre, 2500 kW, l’équivalent de la consommation de la commune.

Travailler autrement.

« Avec cette nouvelle serre, nous avons franchi le pas d’embaucher deux permanents. C’est un équilibre de travail que nous avons trouvé sur l’exploitation. En cas de pluie ou dès que le vent souffle trop fort, nous pouvons nous consacrer au travail sous serre, désherber ou ramasser les haricots… », explique Ludovic Augier.

La gestion du travail est facilitée en cas d’intempérie, mais également sur le calendrier cultural à l’échelle de l’année : « Nous pouvons planter assez tôt au printemps, puis en août avant que ne commencent les vendanges. Nous cultivons aussi pas mal de légumes d’hiver – carottes, mesclun, petits pois, pommes-de-terre –, pendant que les permanents s’occupent de la taille. »

Enfin, les cultures sont plus précoces. Comme le muscat qui sera récolté en juillet, un mois et demi plus tôt que la normale.

Production abritée et sécurisée.

Avec la serre photovoltaïque, les maraîchers créent un environnement favorable, afin de protéger leurs cultures contre les intempéries et les variations de températures brutales. La serre protège du mildiou, de la grêle, du gel… « Depuis deux ans, elle nous protège des gels de printemps. La nuit du 4 au 5 avril par exemple, il a fait -3°C à l’extérieur et 1°C dans la serre. Les plantes n’ont pas gelé ! », se réjouit le maraîcher.

Par ailleurs, l’atmosphère sous la serre est plus humide. « Lorsqu’on arrose, ça ne sèche pas aussi vite que dans une serre plastique, et l’été il fait moins chaud dans la serre », constate Sylvie. Sans jamais chauffer, la température est maintenue de telle sorte qu’en 2018, les poivrons ont pu être récoltés jusqu’à début décembre. « L’humidité et la biodiversité donnent une ambiance agréable pour travailler, où les herbes cohabitent très bien avec les cultures. »

Le cadre clos facilite certes, dans un premier temps l’installation des nuisibles ; mais il offre également la possibilité d’utiliser des auxiliaires de cultures, pour les contrer.

Sylvie et Ludovic pratiquent d’ailleurs la lutte intégrée. « En ce moment, nous laissons grainer des plantes d’hiver, plantées tout le long de la bordure de la serre, où il fait trop chaud, pour les autres cultures en été. Ces plantes servent de refuge aux insectes auxiliaires, pour se nourrir et se reproduire », explique Sylvie.

Adapter ses variétés.

« La première année avec la serre a été très difficile : nous avons eu beaucoup d’invasions, car la biodiversité n’était pas encore installée. Aujourd’hui, les insectes pollinisateurs sont nombreux, et l’o, se rend mieux compte de ce qui fonctionne ou pas », observe Sylvie.  Ces excellents résultats sont obtenus par une maîtrise technique des serres, des cultures, mais aussi par un choix variétal pertinent. « Il faut opter pour des plantes qui acceptent une luminosité réduite. Car la quantité de lumière par rapport à l'extérieur est inférieure de 50% à 60%. L’ombre réussit bien aux herbes aromatiques, qui sont très parfumées. Nous allons en faire davantage. » La clé, c’est donc d’observer et de s’adapter. La serre est répartie en trois grandes zones, où les cultures sont en rotation.

« La réussite des cultures tient aussi à l’important travail de préparation du sol fait en amont », estime Ludovic. Avant d’installer la serre, les pierres ont été enlevées des 30 premiers cm du sol, et la terre mise de côté, le temps que le terrassement des graviers soit fait. Une fois le sol aplani, la serre a pu être installée. La terre végétale, tamisée, a été remise en place. « Nous y apportons du fumier que nous produisons nous-même, grâce à nos chevaux, chèvres et moutons, et du compost issus des déchets verts de la collectivité. Nous faisons beaucoup d’engrais verts aussi. Les analyses indiquent que le taux de matière organique est ainsi remonté autour de 4 à 5%. Et le sol est moins compact. Nous travaillons beaucoup à la main, où nous utilisons de petits engins pour ne pas tasser le sol. » Ludovic a dû construire ses propres outils parfois pour qu’ils soient stables, légers, et étroits. Car le matériel habituel est adapté au sol bétonné des cultures hors sol.

Du temps gagné.

La serre de type Venlo se pilote afin d’optimiser la température et l’hygrométrie à l’intérieur de la structure. Grâce à un programme informatique, l’agriculteur gère ces deux paramètres : la serre est ensuite autonome pour les maintenir constants grâce à l’irrigation et aux ouvrants supérieurs. La gestion de l’eau est optimisée, avec un système de goutte-à-goutte et un récupérateur des eaux pluviales stockées dans un bassin de 30 000 m3 près de la serre, qui permet d'être quasiment autonome en irrigation.

La structure de la serre est de type chapelle, la plus utilisée en Europe. Les plaques de verre sur la face Sud sont remplacées par des modules photovoltaïques. Ceux-ci entraînent l’apparition de bandes d’ombre et de lumière, en mouvement permanent pendant la journée. « Je gagne du temps en évitant d’avoir à blanchir la serre en été pour protéger les cultures », reconnait Ludovic Augier. Comme la lumière balaye l’ensemble de la serre, elle apporte une quantité équivalente de chaleur et de luminosité aux cultures, et la production s’en trouve plus homogène.

Cécile Poulain


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