Denis Guthmuller : Le nouveau président veut construire durablement

Publié le 19 janvier 2021

« Le consommateur, le premier, doit comprendre qu’un côtes-du-rhône à deux euros, ce n’est pas la vraie vie ! » (© C. Poulain)

Denis Guthmuller, élu président du Syndicat des vignerons des Côtes-du-Rhône, entend pérenniser le tissu d’exploitations familiales et construire une filière durable, éthique et responsable, de l’amont à l’aval.

Élu président du Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône le 15 décembre 2020 par le conseil d’administration, Denis Guthmuller était déjà bien engagé dans le collectif. Ses multiples ‘casquettes’ sont presque un « passage obligé » dit-il dans le paysage complexe de la filière : secrétaire général du syndicat depuis 2014, trésorier depuis 2012, il copréside la commission économique d’Inter-Rhône depuis sept ans, et devient vice-président de l’interprofession le 5 novembre 2020. Et puis, longtemps président de la cave Cécilia de Sainte-Cécile-les-vignes, il est aujourd’hui vice-président de ‘Camille et Cécilia’, suite à sa fusion avec la coopérative de Cairanne.

Pourtant, il ne s’était pas destiné à tout cela. C’est la rencontre avec son épouse qui l’a décidé à reprendre l’exploitation familiale à la fin des années 1990. Pour cet alsacien d’origine, ce fut donc un complet changement de vie et de carrière. Doté d’un diplôme en Génie climatique, d’une « appétence pour les vins », il a dû tout apprendre en viticulture. Il se forme alors au CFPPA de Carpentras et, surtout, son beau-père lui transmet ce « métier noble », ainsi que ses premières terres en fermage, avec lesquelles il gagne en autonomie.

Coopérer

Comme il apporte ses raisins à la cave Cecilia et se montre intéressé sur le fonctionnement de la coopérative, il est rapidement invité à rejoindre le conseil d’administration, en 2002. « Je ne connaissais pas la coopération, et j’ai découvert qu’on peut facilement contribuer, lorsqu’on est motivé. ». En effet, depuis, la cave de Cecilia a largement développé le bio, et travaillé le profil de ses vins, en particulier des rosés et les blancs. Denis Guthmuller devient secrétaire de la cave en 2004, co-président en 2008, puis président. Il entre alors au conseil d’administration du Cellier des Dauphins et, de fil en aiguille, est sollicité pour intégrer le Syndicat général par Philippe Pellaton, son prédécesseur, parti pour la présidence d’Inter-Rhône en 2020.

Sa motivation ? « Apporter au système coopératif, qui est vertueux et pertinent pour structurer notre filière de production ». Un projet dont il est fier ? La fusion avec la cave de Cairanne. « C’était un gros dossier politique, stratégique, extrêmement important sur le plan économique, pour l’avenir des adhérents de Cécilia. J’aime avoir une approche pragmatique. Or, face à notre périmètre de production qui s’étiole, le bon sens aurait voulu qu’on rebatte les cartes. Mais ce projet, qui me tenait à cœur, n’a pas fait l’unanimité. Pourtant, nous avons réussi à sauver une structure, une philosophie et à emporter avec nous une cinquantaine de coopérateurs bien engagés dans la démarche. »

Revaloriser

À quoi ressembleront les vins des Côtes-du-Rhône demain ? « D’abord, ils auront une qualité optimale, stable et homogène. Je veux que les consommateurs aient envie d’en racheter ! Nous avons des atouts pour associer nos vins à des valeurs environnementales, à un rapport qualité/prix cohérent. Nous pouvons performer davantage et il le faudra. » Le nouveau président du syndicat envisage d’identifier les besoins du marché, avant d’auditer les pratiques actuelles, en tenant compte de l’élément clé qu’est le changement climatique. « Pour cela, la filière sera sollicitée : aux metteurs en marché, qui sont au contact des distributeurs et des clients, nous demanderons : de quoi avez-vous besoin pour vendre du vin durablement ? »

Derrière cela, son idée première est de valoriser le revenu des vignerons, de pérenniser ce métier, et de redonner envie aux jeunes de s’y lancer. « Je suis extrêmement motivé pour que nous construisions une chaîne de valeur viable pour tous. Car, aujourd’hui, nous sommes encore en incapacité d’appréhender les prix et nous vendons parfois à perte. »

Pour y arriver, il a identifié deux axes : maintenir le potentiel de production, avec un maximum de projets collectifs d’irrigation ; et équilibrer les exploitations, grâce à un rendement de production le plus proche possible du rendement nominal, auquel il faut ajouter 9 hectolitres par hectare de Volume complémentaire individuel (VCI), soit 60 hl/ha idéalement, alors qu’il est à 40,9 hl/ha en moyenne en 2020. « L’enjeu est de perpétuer, de génération en génération, ce tissu de petits producteurs, d’exploitations familiales. Cela passera par la définition des prix sur l’ensemble des éléments de la filière, tenant compte des coûts de production et de la rentabilité des exploitations. » Pour tous ces projets, le syndicat s’appuiera sur l’Institut Rhodanien, dont la gouvernance évolue en SAS, pour plus d’efficacité.

En cohérence

Ce président entend donc construire dans la durée et la cohérence. Concernant le changement climatique, il envisage de rebondir sur les discours vertueux des metteurs en marché, pour que ceux-ci assument et revalorisent les exploitations durables. « Cela redonnera au consommateur du lien avec le terroir, le territoire. » Faire bouger les lignes est devenu nécessaire. « Le consommateur, le premier, doit comprendre qu’un côtes-du-rhône à deux euros, ce n’est pas la vraie vie ! Avec la dernière crise, nous avons déjà réduit considérablement nos coûts de production. Je suis convaincu qu’il faut peu de revalorisation pour que tous s’en sortent. Notre activité à un coût, assumons-le. »

Quant à tous les sujets liés à l’ODG, la défense du nom ‘Rhône’ (avec le déploiement du timbre de garantie), de hiérarchisation, une continuité sera maintenue, car « c’est dans notre ADN » constate le président. Il évoque aussi les services aux adhérents, qui vont évoluer pour alléger leurs contraintes administratives devenues très lourdes. Par ailleurs, réactiver la commission des jeunes vignerons au bureau du syndicat permettra de créer une dynamique, et le vivier des dirigeants de demain.

Enfin, le 26 janvier, le nouveau président détaillera sa feuille de route lors de l’assemblée générale du Syndicat général des vignerons des Côtes-du-Rhône.

Cécile Poulain


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