Défendre l’appellation et son terroir tout en respectant la nature

Publié le 04 novembre 2022

Clin d’œil à son histoire personnelle, ‘Adoption’ est la toute première cuvée vinifiée seule par Laureline Jacumin, depuis sa reprise de l’exploitation en 2019. (ML)

Bien que née au Guatemala, Laureline Jacumin est résolument une fille du terroir. Élevée au milieu des vignes de ses parents, elle reprend la tradition familiale en 2019 à la suite de ses études. Elle poursuit aujourd’hui son engagement auprès d’une appellation en quête de dynamisme et de biodiversité.

Paule et Gérard Jacumin ont une longue histoire avec la viticulture. Parents, grands-parents et encore avant eux y sont passés. Puis ils décident d’adopter une petite guatémaltèque de quatre mois : Laureline. “J’ai toujours vécu ici à Châteauneuf-du-Pape, je suis dans la vigne depuis toute petite”, affirme la jeune femme qui a depuis bien grandi.

À 28 ans, elle voit son parcours d’un œil bienveillant : “J’ai fait des études pour voir autre chose. Je suis partie dans la restauration et, après mon bac, je suis allée en école de commerce à Montpellier. J’aimais beaucoup la restauration, mais j’aimais la vigne aussi. J’avais envie de pouvoir reprendre le domaine”. Alors Laureline est revenue en Vaucluse pour achever son parcours par un Brevet professionnel responsable d’exploitation Agricole (BPREA) à Carpentras, tout en travaillant au domaine en tant que salariée.

En 2019, elle s’installe donc avec son père – sa mère étant déjà officiellement à la retraite – sur ce domaine qu’ils avaient nommé ‘L’Or de Line’ en son honneur. Un domaine issu de la fusion de terres appartenant à la famille Courtil, nom de jeune fille de Paule, et de celles de Gérard, récupérées après la scission du domaine familial Saint-Benoît.

Au total, Laureline Jacumin occupe aujourd’hui neuf hectares de terre. Quinze parcelles situées sur les communes de Châteauneuf, Orange et Courthézon sur lesquelles elle cultive les treize cépages de l’appellation. “Pour faire le tour quand on doit voir ce qu’il y a à faire dans les vignes, ça prend environ deux heures en voiture. C’est beaucoup de trajet, encore plus en tracteur, et ça demande beaucoup d’organisation, surtout quand on fait de la complantation. Mais il y a quand même des avantages”, relativise la viticultrice. Celui de ne pas avoir ses vignes au même endroit lors des aléas climatiques est même un atout considérable, comme elle a pu le noter avec la grêle, cette année, et le gel, en 2021.

Bio voire plus, pour prendre tout ce qui est à prendre

Le domaine ‘L’Or de Line’ est certifié bio depuis dix ans. Pour Gérard Jacumin, l’idée ne date pas d’hier, mais il avait envie de voir plus loin. “Il a toujours eu cette envie d’innover et de voir ce qui pouvait être fait, au-delà du bio classique. Il a fait des tests de biodynamie sur une parcelle et, même si les résultats ne l’ont pas totalement convaincu, il a décidé de garder certaines choses”, explique Laureline.

Tisanes, décoctions et surtout beaucoup d’observation, principalement, car “le calendrier reste exigent et il y a des choses qui prennent trop de temps”, ajoute-t-elle. Alors, comme elle n’a sur l’exploitation qu’un salarié et un alternant – en plus de ses parents qui viennent apporter une aide ponctuelle sur certains sujets –, elle comprend que tout n’ait pas pu être mis en place.

Autre ouverture dans la conduite de son exploitation : les engrais verts, depuis plusieurs années. “Il n’y a pas de mélange figé. Nous réalisons une étude de sols, afin de connaître les manques et les besoins. Puis on choisit en fonction de ça, parmi les plantes qui poussent chez nous”, indique Laureline Jacumin. Pour ce qui est de la concurrence hydrique, la vigneronne l’estime gérable, surtout en s’occupant de l’enherbement au bon moment. 

Des vins résolument inscrits dans une idée de naturalité donc. Parmi les six qu’ils produisent – un vin de France, un châteauneuf blanc et quatre en rouge – l’une des cuvées, baptisée ‘Adoption’, rend directement hommage à son histoire personnelle et familiale. Ils sont principalement commercialisés en bouteille, via la société de négoce Osmose, que la famille détient en parallèle de l’activité à la vigne. “C’était une question pratique : nous faisons beaucoup d’export et ça permet de proposer d’autres gammes et appellations à nos clients”, commente la jeune femme.

De la place pour tout le monde sur l’appellation

C’est assez naturellement qu’elle a également laissé sa part à la biodiversité, notamment en posant des nichoirs à mésanges et des gîtes à chauve-souris dans les vignes, ainsi qu’en accueillant des moutons, l’automne venu. Adhérente aux Jeunes agriculteurs de Vaucluse et active avec la section des jeunes vignerons de Châteauneuf-du-Pape, elle estime qu’aujourd’hui tout le monde travaille ensemble, en bonne intelligence : “Il y a de la place pour tout le monde. Surtout que nous produisons des vins qui s’exportent bien. Qu’avec 13 cépages, on a de nombreuses possibilités dans les assemblages et, in fine, dans la production de vins bien différents”.

Si des conflits ont pu miner le passé, les viticulteurs sont dorénavant soudés, surtout pour les jeunes qui organisent ensemble des événements : Les printemps de Châteauneuf, les bars à vins du Festival Off d’Avignon, des conférences techniques ouvertes à tous...

Ils peuvent aussi se tourner les uns vers les autres en cas de besoin.

En l’occurrence, les jeunes viticulteurs travaillent de concert dans la plantation d’arbres sur l’appellation, avec le Marathon de la biodiversité. Chez Laureline, la fierté de participer au projet se mêle à la colère : “Nous, on fait tout ce que l’on peut, on fait des efforts ; et face à ça, on arrache des arbres pour étendre les carrières du Lampoudrier. C’est important de continuer à alerter sur ce sujet. Sinon, c’est prendre le risque de perdre ce poumon de l’appellation qui joue sur notre climat”.

Pour produire juste et toujours mieux dans son terroir, nul doute que Laureline Jacumin devra encore œuvrer. Mais à Châteauneuf-du-Pape, jamais le proverbe “Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin” n’aura eu autant de sens qu’à l’heure actuelle.

Manon Lallemand


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