Criiam Sud : un retour dans le grand bain

Publié le 13 juin 2022

Le Criiam Sud tenait son assemblée générale le 25 mai dernier, à Carpentras. © DR

Deux ans après la fusion de l'Ardepi et du Cirame, le Criiam Sud commence à entrevoir le bout du tunnel. Avec un résultat légèrement excédentaire, mais surtout de nouveaux projets et une équipe solidaire et renouvelée, les prochains mois devraient permettre de poser de nouveaux jalons.

Il avait le sourire, Christian Gély, ce 25 mai dernier, dans les locaux du Campus Provence, à Carpentras. Et il n'était pas le seul. En présentant son rapport moral, le président du Criiam Sud n'a pas manqué de remercier les équipes du Centre de ressources et d'innovation pour l'irrigation et l'agrométéorologie en région sud, "qui ont su former deux directeurs en peu de temps", tout en tenant la barre d'un bateau malmené par le départ de leur directeur, Laurent Hillau, – remplacé depuis novembre dernier par Olivier Gauer, directeur adjoint de la Chambre d'agriculture de Vaucluse –, des absences longues et autres départs d'ingénieurs de l'équipe. "Ajoutez à cela le Covid, très handicapant pour notre petite entreprise tout juste restructurée, et vous comprendrez que les derniers mois ont été très denses. Dans ce contexte, le résultat financier (13 000 €, ndlr) est finalement très correct", pointait le président.

Sans pour autant s'appesantir sur le passé, Christian Gély a surtout voulu parler d'avenir, le Criiam étant engagé "dans de nombreux projets soutenus par de nombreuses sources de financements, dont le déblocage des aides n'est pas forcément en lien avec l'activité quotidienne du centre" remarquait-il. Les deux postes principaux de charges sont la matière grise des équipes, indispensable, et le poids de l'informatique, "lié à l'activité intrinsèque de la structure", qui doit acquérir des données météo pour ensuite les analyser et proposer des services idoines aux agriculteurs et collectivités. "Les rentrées sont très irrégulières, même si au niveau comptable, nous nous sommes nettement améliorés. Mais la trésorerie est très tendue par moments, car les subventions sont versées en fin de programme, ces derniers pouvant durer plusieurs années", rappelait le président aux partenaires présents dans la salle. Dans tous les cas, le commissaire aux comptes a validé ces derniers, saluant "la maîtrise des équipes, dans un contexte délicat", mais soulignant également le début de vétusté de certains équipements. "Le poids des investissements à venir ne doit pas être oublié", notait-il.

Des données aux usages multiples

Poursuivant le rapport d'activité, le directeur rappelait ensuite quelles étaient les missions du Criiam Sud. "Nous avons quatre grands métiers, appuyés par nos deux pôles 'agrométéo' et 'irrigation' de Carpentras et d'Aix-en-Provence", expliquait Olivier Gauer. Dans le détail, ces métiers sont la collecte, la validation et le traitement de données agrométéo ; le conseil et le service aux agriculteurs et conseillers agricoles ; l'apport de services aux collectivités ; et l'expérimentation. "Tout cela sert de socle pour produire des services. Et, pour cela, il faut des données." Ces dernières sont de trois grands types. Tout d'abord, la météorologie, avec l'appui de 97 stations météo en propre et le suivi de 28 stations de Météo France, soit 125 points de références sur la grande région sud, dont 53 stations équipées pour le suivi de l'évapotranspiration. À titre d'exemple, au 31 décembre 2021, cela représentait 180 millions d'enregistrements. Ensuite, les mesures d'humidité de sol sec – sept sondes capacitives installées dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône – auxquelles s'ajoutent six sondes de mesure en sol irrigué, dédiées principalement à l'expérimentation. Enfin, la base de données d'observation épidémiologique, réalisée dans cinq régions.

Cet ensemble vient alimenter quatre types de données : des données brutes (par exemple, la température) ; des données travaillées (bilan climatique) ; des données alimentant divers modèles (Drosophila suzukii par exemple) ; et, enfin, des données intégrées à d'autres modèles, comme Epiphyt. Tout cela concourt à produire des services directs aux agriculteurs, via les avertissements tavelure, les données météo et d'humidité du sol, les informations et autres conseils à l'installation de station météo, la prévision du gel au printemps (service lancé en 2021), la prévision météo et les bilans climatiques (lire en page 12 de ce numéro).

L'enjeu de la formation

"Aujourd'hui, avec le changement climatique qui nous malmène tous les jours, l'enjeu est de sensibiliser les agriculteurs afin qu'ils s'approprient ces nouveaux outils pour devenir des usagers réguliers. Mais notre préoccupation aujourd'hui est de voir comment optimiser l'utilisation de ces nouvelles technologies. Et, même si on les fait évoluer et si elles deviennent toujours plus précises, même s'il nous faudra savoir économiser l'eau. C'est pourquoi l'enjeu est d'intensifier les formations sur ces thématiques", résumait le président du Criiam Sud. Les plans d'aide comme France Relance 2030 ou encore le budget supplémentaire de l'Agence de l'eau – 22 millions d'euros (M€) dont 13 M€ pour l'accompagnement des agriculteurs et l'aide à l'expérimentation – devraient permettre d'accentuer les expérimentations, la diffusion des résultats acquis, mais surtout de "donner la capacité aux agriculteurs de voir l'intérêt de la rentabilité à terme de ces outils", martelait Christian Gély.

Attentif et soucieux, Christian Mounier, vice-président du Conseil départemental en charge de l'agriculture, acquiesce : "On aura moins d'eau à partager, on le sait. Le monde agricole est confronté aux mêmes problématiques que les collectivités. Je crains que tant que les contraintes soient faibles, on n'avance pas. Mais une fois devant le mur, on est obligé d'évoluer. Toute la question est d'anticiper ce qui arrive", résume l'élu.

Des nouveaux projets

De l'anticipation justement, il en a été question par la suite, avec la présentation de quelques nouveaux projets d'expérimentation, lancés et suivis par le Criiam. En 2022, deux nouveaux projets se finalisent. Le premier a été déposé en partenariat avec La Pugère : 'Haltogel' (lire également page 6) va permettre de lutter contre le gel en arboriculture, le Criiam s'intéressant tout particulièrement aux suivis des prévisions et alertes météo (tests matériels) et à l'évaluation de l'efficacité de l'aspersion antigel. Le second a été déposé avec la Chambre d'agriculture de Vaucluse : 'Cerise' vise à conformer et protéger la filière cerise contre ses divers ennemis, dont D. suzukii, tout en étudiant sa résilience face au changement climatique et le transfert de technique de production, dont l'irrigation.

D'autres programmes ont déjà démarré et sont poursuivis : 'Ritape' porte sur le suivi hydrique, l'analyse et le pilotage de l'irrigation de différentes modalités techniques d'entretien du sol et de gestion des adventices, dans un contexte de réduction des produits phytosanitaires. 'Climat Sud Agri' porte sur l'adaptation des agrosystèmes au changement climatique en région Paca. 'Carg'eau' s'intéresse à la capitalisation et à l'appropriation des références sur la gestion quantitative de l'eau (en partenariat avec l'APCA). Enfin, deux projets vont être lancés d'ici la fin d'année : 'ECEauPlant', avec le Groupe de recherche en agriculture biologique, en arboriculture, et 'Lirrique', avec l'Aprel, sur la salade.

Pour mener à bien tous ces projets, le Criiam Sud envisage le recrutement d'un nouveau conseiller dédié à la formation et à l'accompagnement des agriculteurs et collectivités. Par ailleurs, le service 'prévision de gel de printemps' va être renforcé. "Nous allons également lancer une réflexion sur le réseau de stations météo et son maillage et développer de nouveaux partenariats, avec les collectivités, les Chambres, les coopératives…", annonçait Olivier Gauer. De même, le Criiam va voir comment "renforcer les moyens humains en informatique et développement de base de données." Bref, comme le résume son président, "le Criiam repart de plus belle. On a tapé le fond de la piscine, désormais on remonte à la surface !"

Céline Zambujo


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