Coopfruit Luberon : encore de l'espoir pour pouvoir produire mieux

Publié le 30 mai 2022

L’année 2021 n’aura rien épargné aux producteurs adhérents de Coopfruit Luberon, particulièrement avec son gel dévastateur d’avril. (© CZ)

Après une année désastreuse marquée par une perte de 60% des volumes à cause du gel, Coopfruit Luberon tente de redresser la barre en se focalisant sur l'avenir. Entre les aléas climatiques et les ravageurs, celui-ci reste cependant trouble, alors la coopérative mise tout sur l'expérimentation. L'attente devient pesante.

L’année 2021 n’aura rien épargné aux producteurs adhérents de Coopfruit Luberon, particulièrement avec son gel dévastateur d’avril. Avec une récolte dramatiquement basse qui plafonne à 2 800 tonnes, contre un potentiel d’environ 5 000, c’est 60% des volumes qui ont disparu. « Même les vergers équipés en lutte antigel ont peiné. Il a fait trop froid, trop longtemps. Seul le secteur de Bollène semble avoir été miraculeusement épargné », souligne Luc Mille, président de la coopérative, lors de l’assemblée générale du 14 avril. La qualité des fruits a également inquiété, mais par chance, peu de pluies, beaucoup de vent et une bonne combinaison de produits phytosanitaires ont permis d’éviter la majorité des dégâts. Face à la situation, l’abnégation et le courage ont été tels qu’il a tenu à renouveler une nouvelle fois ses remerciements aux coopérateurs.

« Depuis 2019, avec le Brexit, le covid et maintenant la guerre en Ukraine, la coopérative a dû puiser dans ses réserves, mais grâce à une avance de l’Etat que nous espérons voir transformée en subvention, nous avons pu régler le solde des récoltes en moins de quatre moins. Aujourd’hui, nous avons des raisons de refuser de nouvelles augmentations de la part de nos clients aptésiens », annonce fermement le président. La coopérative, qui s’estime lésée, se tournera donc progressivement vers des clients « plus respectueux et mieux rémunérateurs », mais des investissements importants seront nécessaires. Les rencontres sont positives et intéressantes. « Nous avons eu en 2021 un nouveau client avec qui ça s’est bien passé. Nous irons vraisemblablement vers une augmentation du tonnage à 100 tonnes de cerises blanches à l’avenir », ajoute Luc Mille. Coopfruit envisage également de s’essayer à la cerise séchée.

2021 est donc clôturée sans regret avec beaucoup d’espoir pour 2022, mais une fois encore, le gel s’est invité à la table des négociations et l’incertitude pèse à nouveau. « Il est probable que plus d’une centaine de tonnes aient disparu », dévoile le président de la coopérative, se refusant toutefois à en dire plus, espérant la meilleure campagne possible en dépit des circonstances

Tenir le cap malgré les difficultés

En plus des aléas toujours plus récurent, de nouvelles interdictions de produits phytosanitaires viennent entraver les capacités des producteurs alors que la mouche drosophile continue ses ravages. « Avec la non-homologation de l’Exirel par l’Anses, il ne nous restait plus grand-chose pour traiter. La coopérative a sollicité tous ses soutiens pour faire comprendre au ministère que nous sommes dans une impasse technique. Nous avons quand même une dérogation pour 2022, mais cela soulève tellement de questions », déplore Luc Mille qui espère un sursaut du ministère pour faire comprendre aux consommateurs que nous avons besoin d’une agriculture forte et résiliente que seuls des arbitrages différents permettraient, selon la coopérative, de mettre en œuvre.

Le département, représenté par Christian Mounier, vice-président en charge de l’agriculture, l’eau et l’alimentation, annonce avoir été sensibilisé aux problèmes rencontrés par la filière : « Nous ne devrions pas avoir à se passer d’un produit sans alternative, d’autant plus qu’il n’est pas possible de se moderniser et d’aller vers l’avenir s’il n’y a pas moyen de se projeter ». Dans l’assemblée, ce sont les producteurs qui crient au désespoir, notamment avec le re-homologation de certains produits à l’étranger, notamment en Turquie, produits désormais interdits en France qui permettront de protéger une production qui sera ensuite importée. Face à l’injustice qu’ils ressentent, tous pressent les institutions de demander un plan de sauvegarde. « Donnez-nous des éléments pour pousser », a répondu Christian Mounier, promettant de tout mettre en œuvre pour faire remonter la missive au niveau nationale, avec l’appui de la Région Sud.

L'expérimentation se poursuit

Pour continuer à avancer, le volet expérimentation est celui qui va le plus avancer. En plus de la solution de biocontrôle développée par Cearitis et qui sera expérimentée sur plusieurs parcelles à Coustellet, Lagnes et dans le sud du Luberon, tout une programmation opérationnelle a été validée pour 2022, basée en grande partie sur le plan de 2021. « Ces aides de FranceAgriMer dépendent de notre chiffre d’affaires à N-2 », rappelle en préambule Nathalie Nevoltris, directrice de Coopfruit. Si elle reconnait que le plan n’était pas optimisé pour offrir une meilleure marge d’investissement, elle rappelle cependant que « l’année n’était de toute façon pas propice à l’investissement ». Des nouveautés faisaient toutefois leur apparition, telles que la prestation de taille, la mise en place de couverts végétaux dans les vergers ou encore la certification agriculture biologique. « Le flop, la déception de cette programmation, c’est le refus de subvention pour l’achat de plants pour aider à la relance des fruits à coque pour la coopérative, en particulier la pistache », détaille la directrice. Pour justifier son refus d’allouer 18 000 € à ces fins, FranceAgriMer appuie la nécessité que les plants soient français et obligatoirement certifiés, ce qui n’est pour le moment pas le cas. Par conséquent, cette mesure n’a pas été renouvelé pour 2022.

Pour cette nouvelle année de campagne, au plan existant s’ajoute une fois encore quelques mesures, avec, entre autres, la création d’un site internet pour Coopfruit Luberon afin de mieux communiquer et promouvoir la filière et son champ d’action, l’expérimentation pour la lutte contre la mouche et l’amélioration de la conduite des vergers.

Pour cela, la coopérative sera accompagnée par Bruno Bourguier pour identifier les points prépondérants à faire évoluer pour mieux produire en cerise d’industrie. « Il y a des disparités qui peuvent s’expliquer avec le terroir, mais on s’est dit qu’avec un accompagnement technique et une expertise, on pouvait peut-être faire varier les techniques et optimiser un peu chez certains », affirme Nathalie Nevoltris. Le consultant part effectivement d’un constat : « Il y a une baisse assez chronique du rendement qui est un peu inexpliquée. A quoi est-elle liée ? Est-ce le nombre de fruit, un problème de fécondation, de précocité, de taille de fruit » ? Pour produire, l’arbre a besoin d’eau, de CO2, de lumière… « Il faut mettre le doigt sur ce qui manque », assure-t-il.

Des essais sur 12 parcelles sélectionnées seront menés dès cet été. Une quarantaine de facteurs seront observés, ainsi que leur évolution. « On va découvrir plein de choses, mais est-ce qu’on attendra notre objectif cette année ? Difficile à dire », assume Bruno Bourguier. Rendez-vous donné en août pour le vérifier, une fois les données collectées.

Manon Lallemand


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