Coopération viticole : Rhonéa met ses services à disposition

Publié le 04 mai 2020

Les magasins ouvrent à nouveau leurs portes sur trois demi-journées par semaine (au lieu des 7j/7 habituels) à Beaumes-de-Venise, Vacqueyras, Rasteau, Visan et Sablet.

L’union de coopératives Rhonéa propose une mise à disposition de ses conseillers vignoble, de ses informations techniques et météorologiques et une prestation de mise en bouteille des vins pour les vignerons indépendants qui en auraient besoin durant ce confinement.

« Certains vignerons se sont retrouvés isolés, sans pouvoir joindre leur conseiller habituel », assure Pascal Duconget, directeur général de l’union de coopératives Rhonéa. En effet, la crise sanitaire actuelle « contraint toute la filière viticole à travailler en mode dégradé, en activité réduite », mettant ainsi en péril certaines exploitations familiales et les privant d’un accompagnement pour les décisions stratégiques dans la conduite du vignoble. Or, actuellement, la vigne est en pleine période critique pour son développement, qui a pris une semaine d’avance. Rhonéa a donc décidé de renforcer ses équipes ‘vignes et vin’, afin d’assurer le conseil et « le maximum de chance de réussite pour préparer ce millésime 2020 ».

L’embauche, déjà prévue, d’un conseiller viticole a donc été concrétisée. Désormais, cinq conseillers sillonnent le secteur d’intervention de l’union – Rhonéa rassemble 388 exploitations familiales et 2900 hectares de vignoble – pour les vignerons adhérents et tout autre vigneron isolé, au sein des appellations couvertes par la coopérative : les crus Rasteau, Beaumes-de-Venise, Vacqueyras et Gigondas les Côtes du Rhône Villages Visan et Sablet, ainsi que l’appellation Ventoux.

Durant le confinement, l’objectif est donc de partager au plus grand nombre les informations recueillies sur le terrain, les données satellites, météorologiques, les prévisions permettant d’anticiper les risques phytosanitaires et d’ajuster les traitements. Cette mise à disposition des données techniques et des conseils se fera par le biais des syndicats d’appellation.

Reprise douce.

Par ailleurs, Rhonéa propose une prestation de mise en bouteille des vins pour les vignerons indépendants qui en seraient empêchés actuellement. « Nous redémarrons l’embouteillage, à 50%, après un arrêt de dix jours » observe Pascal Duconget. En effet, le confinement a d’abord marqué un arrêt brutal de l’activité de la cave, la priorité étant donné à la mise en sécurité des équipes. Aujourd’hui, seul un tiers de l’activité a repris. Les magasins ouvrent à nouveau leurs portes sur trois demi-journées par semaine (au lieu des 7j/7 habituels) à Beaumes-de-Venise, Vacqueyras, Rasteau, Visan et Sablet. « Mais la clientèle reste rare, à 90% des locaux, très peu de touristes et quelques personnes en résidence secondaire. » Bien sûr, les mesures barrières sont adoptées, avec l’accès au magasin limité à deux personnes maximum et aucune dégustation. « L’export est quasiment à l’arrêt, le secteur traditionnel, café hôtel-restaurant est totalement à l’arrêt, seule la grande distribution continue, sur un rythme plus faible, plutôt sur des achats de vins d’entrée de gamme, et les appellations sont très en retrait par rapport à l’an dernier. »

La coopération comme solution.

La coopération est née lors de crises, comme le gel des oliviers en 1956. Pascal Duconget estime qu’elle est aujourd’hui une solution : « Ce modèle a façonné les campagnes et, s’il est qualitatif et participatif, il constitue une solution à développer aujourd’hui face aux crises. Je crois en cela. Aujourd’hui les marchés sont tellement exigeants en qualité de produits, de commerce, de marketing, de marques... que cela devient de plus en plus compliqué pour un vigneron de travailler seul : il lui faut être expert dans tous ces domaines à la fois. Or, nous ne sommes pas tous des Rémy Bricka1 du grenache ! »

Le directeur de Rhonéa précise également qu’en ces temps de crise, « les revenus d’un vigneron indépendant s’arrêtent immédiatement, alors qu’ici, nous continuons à verser leurs acomptes à nos adhérents chaque mois ». Pourtant, avec les méventes, ce montant sera revu à la baisse.

Et l’après ? « Nous nous préparons à la reprise ! » Pour les vendanges, la tendance était déjà à favoriser la main-d’œuvre locale, pour plus de souplesse d’action, « et cela va donc s’accentuer ». Dans le vignoble, « nous savons déjà respecter les gestes barrières. Et en cave, nous organisons les règles d’arrivée des raisins », afin de recevoir les vignerons en toute sécurité. Enfin, du côté des ventes, la reprise « devrait être très progressive », sans doute étalée sur août et septembre.

Cécile Poulain

(1) Rémy Bricka, est un artiste français surnommé ‘l’homme-orchestre’.


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