Contrats OFII : "L’agriculture française ne peut pas se passer de travailleurs étrangers"

Publié le 12 juillet 2021

Dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse le recours à la main-d’œuvre salariée étrangère pour répondre besoins des filières maraîchère, fruitière ou encore viticole reste indispensable. (© ED)

Les contingents de travailleurs marocains et tunisiens sous contrats OFII transférés ces derniers mois ont permis de ne pas remettre en cause la capacité de production sur les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Mais le sujet reste très sensible au plan politique. Aussi, Jérôme Volle appelle à la plus grande vigilance.

La pénurie de main-d’œuvre agricole dans notre région n’est pas nouvelle. Depuis de nombreuses années, en Vaucluse comme dans les Bouches-du-Rhône, les besoins des exploitations sur les saisonniers ne peuvent être comblés sur le plan local, tant en quantité qu’en compétences et en disponibilité. Les contrats OFII semblent encore et toujours être l'unique solution.

Mais avec la crise sanitaire, la question du recrutement de la main-d’œuvre saisonnière est devenue particulièrement brûlante l’année dernière. La fermeture des frontières a, durant des mois, interdit aux entreprises de pouvoir recourir aux contrats OFII espérés. L’introduction de cette main-d’œuvre étrangère pourtant indispensable et le transfert des contrats OFII ont mobilisé la profession jusqu’en fin d’année. Sur ce dossier majeur pour l’agriculture méditerranéenne, tous les leviers ont été activés pour débloquer la situation, au niveau national avec le soutien de la FNSEA, de l’APCA, comme au plan local dans le cadre de réunions tenues semaine après semaine avec la DDTM ou la Direccte. Il fallait à tout prix permettre aux exploitations de recourir à la main-d’œuvre salariée étrangère pour répondre besoins des filières maraîchère, fruitière ou encore viticole. Mais le travail syndical conduit – en partenariat avec les JA et les FDSEA des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse – a payé. Les frontières n’étant toujours pas ouvertes avec le Maroc, une dérogation a autorisé l’introduction de contrats OFII marocains, via des vols commerciaux, à partir de décembre 2020, puis des salariés tunisiens à partir de février 2021.

La capacité de production maintenue

En déplacement il y a 15 jours dans les Bouches-du-Rhône, Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA, a salué "les équipes au sein des FDSEA, pour avoir coordonné les démarches et fait le lien avec les différents services compétents, car un travail conséquent a dû être entrepris pour les employeurs et la poursuite de l’activité agricole dans les départements".

Les contingents de travailleurs marocains sous contrats OFII arrivés ces derniers mois ont "permis de ne pas remettre en cause la capacité de production dans les territoires". Mais, pour le responsable du dossier emploi au niveau national, "les contrats OFII constituent un sujet sensible sur le plan politique, et nécessitent aussi la plus grande rigueur dans leur gestion".

C’est le maintien de cette ressource de main-d’œuvre qui permet d’avoir "des salariés formés et compétents sur nos exploitations", insiste Jérôme Volle. Et sur ce que les employeurs sont en capacité de faire aujourd’hui dans un cadre légal, le responsable syndical attend beaucoup.

"Par le biais des seuls demandeurs d’emploi aujourd’hui sur nos territoires, nous ne sommes malheureusement pas en mesure de pouvoir ramasser l’ensemble de nos productions. Comme pour le secteur du bâtiment ou de l’industrie, les contrats OFII – comme les travailleurs détachés – sont un vrai sujet de fond pour notre profession agricole. Nous allons d’ailleurs continuer de travailler avec les trois organisations patronales ensembles sur la question des travailleurs étrangers, leur accompagnement mais aussi sur leur participation au système social français."

"Il nous faut être irréprochables"

L’enjeu est de taille, prévient le vice-président de la FNSEA. "Pour pérenniser cet accompagnement, il nous faut être irréprochable, tant sur le plan du logement, de la mobilité, de l’accueil comme du paiement. Et c’est pour cela que l’on défendra aussi le dispositif TO-DE." Rappelons d’ailleurs que le dispositif d’exonération, prolongé jusqu’en 2022, n’est pas encore pérennisé pour les exploitations agricoles. "Si l’on est en capacité de démontrer l’action que l’exonération de charges sociales a de bénéfiques pour le secteur agricole, on parviendra à défendre le dispositif TO-DE. Mais la mobilisation de l’ensemble du réseau FNSEA sera encore nécessaire" prévient Jérôme Volle.

Si la FNSEA a la responsabilité de faire en sorte que chaque employeur puisse trouver des salariés – "et nous continuerons de travailler conjointement avec les associations spécialisées employeuses de main-d’œuvre et le gouvernement sur cette question des travailleurs étrangers, parce que l’agriculture ne peut pas s'en passer", indique Jérôme Volle, "il appartient aussi aux employeurs de remplir toutes leurs obligations".

Emmanuel Delarue


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