Consigne : vers le développement du réemploi des contenants dans le Vaucluse

Publié le 07 février 2022

Une bouteille réemployée dans un contexte régional permettrait de réduire de 75 % les émissions de CO2, de quoi interroger les producteurs. (© Ma Bouteille s’appelle Reviens)

Petit à petit, l’idée fait son nid, tant chez les consommateurs que les producteurs : "Et si on réutilisait nos contenants" ? Et, aujourd’hui, les différents acteurs concernés ne considèrent pas le retour de la question comme un effet de mode, mais bien comme un enjeu environnemental majeur. Alors comment faire ? En décembre dernier, 'La consigne en Provence' tentait d’apporter quelques réponses.

Depuis 15 ans, l’association Écoscience Provence accompagne différents professionnels vers la transition écologique de leur activité. Dans cette perspective, elle a monté un projet baptisé 'La consigne de Provence' qui, comme l’indique son nom, œuvre pour le réemploi du verre dans la région Provence Alpes Côtes d'Azur. Dans sa définition réglementaire – la pratique est encadrée par une loi du 23 juin 1989 relative à l’information et à la protection des consommateurs – la consigne correspond à "une somme d’argent équivalente au montant supplémentaire que le consommateur a payé au moment de l’achat d’un produit contenu dans un emballage consigné". La consigne revient ainsi sur le devant de la scène, particulièrement pour les contenants alimentaires. Mais la question reste de taille : comment la mettre en place ?

"Il faut d’abord commencer par réaliser un audit avec le producteur concernant les poids, formes et plans verrier des bouteilles, la question des étiquettes lavables, que nous pouvons traiter en direct avec les imprimeurs, et la vérification de l’absence de gravures lasers", développe Corinne Lafortune, coordinatrice du projet 'La consigne de Provence'. "Nous proposons également d’apposer un pictogramme de consigne sur l’étiquette, pour l’information du consommateur. Et, bien sûr, nous intervenons dans l’équipement du caveau ou du commerce. C’est vraiment du sur-mesure", poursuit-elle. Si la discussion est tant ouverte, c’est que les solutions proposées sont adaptables et réplicables selon les territoires, et le Vaucluse semble particulièrement bien adapté ! Déjà, des vignerons du Var se sont lancés dans l’aventure. Cela pourrait également être fait chez dans le département, d’autant plus que la station de lavage se trouve beaucoup plus près, à Chabeuil, dans la Drôme.

Lorsque les palox de bouteilles vides préalablement rincées sont pleins, ils s’en vont donc chez 'Ma Bouteille s’appelle Reviens', la station de lavage qui redistribue ensuite aux producteurs des bouteilles refacturées 0,35 à 0,45 centime d’euros pièce, selon la quantité. Le laveur a une capacité de 6 000 bouteilles en 24 heures, soit, une redistribution opérée tous les trois jours. "C’est un schéma écologiquement performant à rendre économiquement performant", admet la chargée de projet pour Écoscience. Raison pour laquelle 'La consigne de Provence' encourage vivement à coupler la démarche avec des " zones de massification", pour faciliter le dépôt des bouteilles en attente de lavage. Car oui, pour mettre en place la consigne à différentes échelles, toute une chaîne est à mettre en place, du producteur au distributeur en passant par le consommateur évidemment.

Une solution plébiscitée

Pour fournir des efforts, les consommateurs sont prêts. 88 % d’entre eux sont effectivement favorables à la consigne pour réemploi, selon un sondage réalisé par l’Ademe en 20181. "Aujourd’hui, nous sommes a minima à l’identique", estime Corinne Lafortune. Le consommateur devient ainsi lui-même une force vive pour inciter les producteurs à sauter le pas. "Ils sont la suite logique du consommateur bio, et se préoccupent également du contenant de produits. Vous pouvez le voir comme un acte de fidélisation également, pour les commerces, tout comme pour les producteurs qui réalisent de la vente directe", insiste-t-elle. Le sujet, évoqué lors de la restitution des résultats des dix diagnostics agroenvironnementaux réalisés sur le territoire du Parc naturel régional du Mont-Ventoux2, ne laisse d’ailleurs pas ces derniers insensibles.

"On ne pourra pas tout récupérer, car nos clients sont aussi en simple visite sur le département ou à l’étranger. Mais c’est vrai qu’entre le consommateur local et les dégustations que nous organisons, il y a un point à étudier", reconnaît Alexandre Roux, vigneron et maire d’Entrechaux. Autour de lui, vignerons et arboriculteurs sont, pour la plupart, tout autant convaincus, mais soulignent des difficultés majeures à surmonter : place représentée par le stockage, qui ne peut se faire en extérieur ; impératifs d’utiliser des étiquettes lavables ; nombre de lavages potentiels, coût de l’opération… Les questionnements sont nombreux mais, pour Corinne Lafortune, "la consigne est une habitude à reconquérir", une habitude qui a fait ses preuves par le passé et qui tend à revenir, prenant l’exemple de la brasserie alsacienne Météor.

Pour Isabelle Fabre, chargée de mission environnement pour l’AOC Ventoux, la question du gravage du numéro de lot sur la bouteille peut être le point le plus bloquant : "Pour la traçabilité, l’étiquetage est différent selon les marchés où sont vendues les bouteilles. De plus, l’impression au jet d’encre sur les étiquettes doit tenir le long terme, et donc ne pas s’effacer. On a beaucoup poussé les caves coopératives et particulières à passer au gravage sur la bouteille pour éluder le problème". Le fait est qu’un numéro représente bel et bien un lot, et la bouteille ne saurait ainsi être réutilisée une seconde fois, ce que confirme Marlène Angelloz-Nicoud, responsable d’équipe au Chêne Bleu – La Verrière, domaine qui a effectivement abandonné la traçabilité au jet d’encre.

L’AOC Ventoux dans les starting-blocks

C’est pourtant bien sur ce territoire que la consigne s’apprête à être relancée3. Avec un objectif de 300 000 bouteilles consignées et réemployées en 2023, l’appellation Ventoux a placé la barre haute, mais la voit comme un but atteignable, si tout le monde avance ensemble. "On essaie de maintenir des bouteilles les plus légères possibles, car certains des monopoles nous imposent des grammages, comme le Canada par exemple. Ce qui n’empêche pas d’émettre des hypothèses. Si on commençait par simplifier le type de bouteille pour une utilisation par le plus de producteurs possibles, ça peut mener quelque part", pronostique Isabelle Fabre. D’autant plus que l’AOC ne souhaite pas travailler seule sur le sujet : une centralisation avec d’autres appellations – comme celle des vins du Luberon, ou encore avec des brasseries du territoire – pourrait être une façon de faciliter la logistique. La solution du lavage pourrait également être encore plus locale, avec une structure avignonnaise installée depuis peu.

Pour l’heure, tout est encore en discussion dans le Ventoux, mais l’idée fait son chemin et va dans le même sens que le projet 'La consigne en Provence'. Ce dernier poursuit pour le moment son développement avec l’inclusion prochaine d’une grande surface à Saint-Maximin (83) dans son réseau pour une expérimentation d’un an. La mise en place d’une station de lavage en Provence pour couvrir les besoins de réemplois de bouteilles, pots et divers bocaux dans les différents départements de la région Paca est également à l’étude, pour une ouverture en 2025.

Manon Lallemand


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