Conseil départemental : Taxes et contraintes douanières au menu

Publié le 13 octobre 2020

La visite se conclut avec un passage en cave, où les bennes de beaux raisins bien mûrs se succèdent. (© P. Nicolas)

En cette fin de septembre, le président de la commission ‘Agriculture’ du Conseil départemental de Vaucluse, Christian Mounier, entame une série de visites « sans chichis » dans les exploitations agricoles du département. Objectif ? Recueillir les doléances des exploitants. La première de ces visites a eu lieu chez un viticulteur d’Entrechaux, Christian Gely.

Pas de grand tralala, en ce matin de semaine, à l’occasion de la venue de Christian Mounier, vice-président du Conseil départemental et président de sa commission ‘Agriculture’. L’élu vient seul, avec quelques membres du service communication, un petit buffet avec des croissants et du café est installé dans le caveau du Domaine du Champ Long, à Entrechaux, mais c’est tout. « Après le déconfinement, en mai, nous avons repris nos rencontres avec les agriculteurs du Vaucluse », explique Christian Mounier. « Mais nous l’avons fait avec moins de protocole : quand on est ainsi presque en tête-à-tête, les discussions sont plus directes. Or, justement, ces visites ne sont pas là pour faire de la communication, mais pour faire remonter les problèmes et les inquiétudes des producteurs. »

Prendre la température de la profession.

Ainsi, 25 visites sont ainsi programmées dans tout le département, d’une durée d’une heure, pour épargner autant que faire se peut l’agenda bien chargé des agriculteurs vauclusiens en cette période de récolte. « Les premières ont déjà permis de faire émerger les souhaits de dérogation pour un usage limité du glyphosate, par exemple autour des cerisiers ; ou les inquiétudes autour de la future interdiction des plastiques pour les emballages ; mais aussi les potentialités, telles que les recherches menées par le domaine expérimental La Tapy sur la protection des productions arboricoles », explique le président.

À Entrechaux, le Domaine du Champ Long, mené par Christian Gely et son fils, Jean-Christophe, est donc au programme de cette visite. Le fils est dans les vignes, en vendanges, et c’est donc le père qui accueille l’élu du Département. Et le vigneron - également président du Comité de promotion des produits de Vaucluse et élu à la Chambre d’agriculture de Vaucluse – a préparé la visite, en affûtant ses arguments sur les difficultés rencontrées par la filière viticole, mais aussi plus largement sur l’agriculture

Trois casse-têtes principaux.

« On a effectivement quelques problèmes, dont certains ont commencé bien avant cette crise du Covid-19, et d’autres sont apparus avec elle », commence Christian Gély. « Les premiers concernent à la fois le Brexit – qui est en train de nous compliquer l’accès aux marchés de la Grande-Bretagne – et la taxe Trump, qui rajoute 25% en plus au prix de nos vins sur le marché américain. Et cette taxe, tout comme le Brexit, touche même ceux d’entre nous qui ne vendent pas sur les marchés anglais ou américains : les vins qui ne sont plus vendus sur ces marchés se retrouvent ainsi sur d’autres marchés exports, voire sur le marché national, provoquant ainsi une nette baisse des cours », affirme-t-il.

Le deuxième obstacle, évidemment, c’est le confinement du printemps 2020. « On avait le droit d’ouvrir, puisque le vin est un produit alimentaire. Mais au bout d’une semaine d’ouverture sans le moindre visiteur, nous avons fait le choix de fermer, jusqu’à la fin du confinement », explique le viticulteur. À ce moment-là, seuls les locaux venant de moins de 100 kilomètres pouvaient se déplacer, soit « la moitié de notre clientèle habituelle. Mais on a fait un très bon été, même s’il ne nous a pas permis de rattraper le manque à gagner du printemps ». Un vrai problème pour un domaine, où la vente au caveau représente 40 à 50% du chiffre d’affaires.

Blocage aux frontières.

En revanche, si les amateurs des vins du Domaine Champ Long n’ont pu venir à lui, les vins ont pu par contre aller à eux : « Ces expéditions ont permis au domaine de maintenir la tête hors de l’eau », confirme Christian Gély. « Mais on a rencontré un problème important : aujourd’hui, on ne peut pas expédier chez des particuliers à l’étranger, car il faut que les taxes soient payées dans le pays de consommation. Par exemple, un touriste belge peut venir ici, charger son coffre avec jusqu’à 120 bouteilles par personne et rentrer chez lui sans souci. Mais nous, on ne peut pas lui envoyer, même une seule bouteille ! Dans des périodes comme celle-ci, on ne peut donc pas satisfaire nos clients européens. » Un vrai paradoxe alors que l’e-commerce permet pourtant à n’importe quel Européen d’acheter du vin. « Comme souvent, les intermédiaires en ligne sont moins pénalisés que les producteurs » déplore le vigneron.

Si Christian Mounier prend note avec attention, promettant de faire remonter l’information au niveau national, il prévient toutefois que « faire évoluer les réglementations est une affaire de temps et de ténacité ». La visite se conclut avec un passage en cave, où les bennes de beaux raisins bien mûrs se succèdent.

Pierre Nicolas, CLP


ViticultureTaxe viticulture chambre d'agriculture avignon conseil départemtal trump mouniern christian gely