Concours des vins d'Avignon : l'excellence en flacons

Publié le 28 mars 2022

Un chapitre spécial de la Commanderie des Costes du Rhône a intronisé Bernard Delaye, président du concours des grands vins de France de Mâcon, le sommelier, Mickael Villechenoux, et Géraldine Clément, du comité d’organisation. (© FP)

Le Concours des vins d’Avignon affiche une belle vitalité et a procédé, le 12 mars dernier, à l’examen détaillé de 660 échantillons de vins du grand Sud-Est par plus de 100 dégustateurs chevronnés. Après une matinée passée à la découverte de perles rares, 239 médailles ont été attribuées.

Avec le souci du moindre détail, José Gonzalvez, président du concours des vins d’Avignon depuis cinq ans, parcourt les jurys et veille au bien-être de chaque dégustateur : "Maintenant, nous avons l’expérience ! C’est la troisième fois que l'on fait le concours pendant la pandémie… Mais bien que les mesures sanitaires doivent être levées prochainement, nous avons préféré bien garder les gestes barrières", explique le prudent président.

Le concours accueille cette année un peu plus d’échantillons que l’année dernière, avec 660 échantillons au lieu de 620. "Il était possible de présenter des vins de 2017 à 2021 dans les trois couleurs. Nous avons élargi pour pouvoir recevoir des vins de toute la Vallée du Rhône et de la Provence un peu plus vieux, plus aptes à la dégustation."

"La qualité a beaucoup progressé"

Au fil des tables, des jurys bien connus mettent leur talent de dégustateurs chevronnés au service du concours des vins et des vignerons. D’abord Bernard Delaye, président du Concours des grands vins de France de Mâcon : "Ce concours de Mâcon va avoir lieu très prochainement, le 23 avril. Il sera toutefois un peu plus petit que les autres années car les aléas climatiques (gel, grêle, maladie) ont impacté toute la région. Mais nous aurons cette année quand même 8 000 échantillons, au lieu des 9 500 habituels. Évidemment, c’est toujours un plaisir de venir dans les Côtes du Rhône, dont je suis un grand amateur. D’abord au Concours d’Orange, puis à celui d’Avignon. Je l’ai encore vérifié ce matin avec la dégustation d’une gamme magnifique de beaumes-de-venise et de côtes-du-rhône village : nous avons décerné quatre médailles d’or et deux en argent. Des vins de belle tenue, qui ont de la matière, de beaux équilibres… La qualité a beaucoup progressé, la région a fait des efforts merveilleux et a conquis une belle notoriété".

Ensuite, le très jovial Michel Meissonnier maître cuisinier, académicien disciple d’Escoffier, tout émoustillé et qui ne se fait pas prier pour raconter avec son savoureux accent ensoleillé, son étonnante découverte : "On vient de terminer la dégustation à l’aveugle de plusieurs échantillons, mais j’étais intrigué par un vin que nous venons de primer avec une médaille d'or. Alors, à la fin, je soulève le capuchon de la bouteille et, ô surprise, je découvre que c’est un rosé du Château de Sainte-Croix à Carcès, dans le Var. C’est là que je suis né ! Et dans cette propriété, mon grand-père et mon oncle y ont travaillé pendant 40 ans. Je me souviens d’un endroit merveilleux où les vignes sont cachées au fond d’un vallon bordé de pins. Pour couronner le tout, le propriétaire, Paul Pélépol, n’était autre que le parrain de mon père ! Je suis donc fortement lié à ce domaine qui d’ailleurs a été le premier dans le Var à élaborer un vin de propriétaire car tout était en coopérative, je parle des années 1945-1946… Ils y font du vin depuis cent ans, un vin qui est consommé sur la Côte d’Azur, chez Chibois, chez Ducasse, c’est un vin de plaisir, agréable, un superbe rosé de bord de mer".

Une montée crescendo

Quelques rangées plus loin, très sérieux, le verre d’une main et le stylo dans l’autre, Xavier Anglès, Domaine du Bois de Saint-Jean à Jonquerettes, président du jury n°20 analyse finement la session : "Nous avons jugé des blancs IGP méditerranée 2021. Ils sont dans la bonne lignée traditionnelle des IGP, avec une petite pointe d’acidité pour la fraîcheur, mais point trop n’en faut quand même, donc attention. Les rosés Côtes du Ventoux 2021 manquent un peu d’ouverture, d’arôme et de parfum, tandis que les côtes du Luberon rouge 2021 m'ont très agréablement surpris, même si nous n’avons mis qu’une médaille d’argent : il faut qu’ils s’arrondissent et s’assouplissent. Enfin, dans les côtes-du-rhône village rouge Laudun 2021, nous sommes dans la bonne lignée de village. Nous avons décerné une médaille d’or et une en argent pour ces jolis vins de la Vallée du Rhône, complets, relativement ronds, longs, équilibrés et bien faits, à l’exception de quelques-uns dont le bois était un peu trop marqué, inconvénient de leur jeunesse".

À l’opposé, collé à la scène de la salle des fêtes de Montfavet qui accueille la manifestation, le pince-sans-rire, Jean-Marc Larue, déguste avec plaisir, les yeux rieurs et d’humeur badine : "J’ai été durant 30 ans restaurateur au 'Jardin de la Tour', actuellement professeur de cuisine à l’école hôtelière à Cavaillon et chef à domicile" et, précise-t-il en riant, "membre du GIGN : le groupe d’intervention de la gastronomie nationale… Dans la dégustation de cette matinée, nous sommes allés en crescendo en dégustant d'abord des rosés, puis des côtes-du-rhône rouges avant de terminer avec des châteauneuf-du-pape dont les 2019 ont récolté toutes les palmes ! Nous avons décerné en consensus trois médailles d’argent puis trois en or, sur 16 échantillons. Un grand moment ! C’est ce qu’on appelle un instant éphémère qui s'inscrit dans l’éternité. De ce que l'on a envie de partager…".

Francis Pabst, CLP


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