Communes ForestiÈres 84 : Gérer la forêt communale en conciliant ses usages

Publié le 07 juin 2021

Si les élus ont bien le dernier mot, ils ont toutefois intérêt à se questionner sur les diverses fonctions de leurs forêts : produire du bois, préserver la biodiversité et les paysages, accueillir le public et protéger l’environnement des risques nat

Le 20 mai était organisée une session de formation à la gestion de la forêt communale, à Châteauneuf-de-Gadagne. Destinée aux élus du département, elle avait pour vocation de démystifier l’aménagement forestier, en expliquant les fonctions productrice, sociale et environnementale de la forêt.

Dans un département tel que le Vaucluse – où la forêt couvre 151 000 hectares, soit un tiers de son territoire –, il est primordial de bien la prendre en compte dans l’élaboration des politiques territoriales. "Vous avez tout intérêt à intégrer les forêts dans l’aménagement de votre commune bien sûr, mais également dans vos Plans climats ou encore votre stratégie touristique", explique Isabelle Desmartin, directrice adjointe des Communes forestières de Paca et formatrice de la session. En présence de Laurence Chabaud-Geva, présidente de l’association du Vaucluse et maire de Saumane, et avec l’appui de Sébastien Bataille, chargé de projet aménagement de l’Office national des forêts (ONF), elle a à cœur de permettre aux élus d’appréhender au mieux les enjeux de l’aménagement des forêts communales.

"Pour le privé comme le public, il existe tout un cadre législatif sur lesquels les élus peuvent se reposer", explique Isabelle Desmartin. "La loi d’orientation forestière de 2001, les programmes nationaux et régionaux ‘Forêts et bois’ et le Code forestier forment, ensemble, le régime forestier. Ce dernier se décline ensuite localement par des documents de gestion et des plans d’aménagement de forêts que les élus doivent impérativement apprendre à lire correctement", insiste la directrice adjointe de l’association.

Cette lecture n’est pourtant pas simple pour les élus souvent démunis, d’où l’importance de l’accompagnement de l’ONF. "Il s’agit d’un partenariat précieux, car l’ONF dispose de compétences recherchées par les néophytes que nous sommes", témoigne Laurence Chabaud-Geva en sa qualité de maire. Étienne Klein, son homologue à Châteauneuf-de-Gadagne, confirme : "Nous ne sommes une commune forestière au même titre que celles réunies autour de cette table (Fontaine-de-Vaucluse, Lagnes, Villars, Lacoste, ndlr), mais les questions du bois dans les énergies et du reboisement urbain nous intéressent. L’association nous pousse à nous former pour une meilleure compréhension de notre espace et l’ONF, de son côté, nous apporte des réponses techniques".

La commune engagée

"Le maire est toujours décisionnaire", martèle à plusieurs reprises le chargé de projet de l’ONF. Quelles que soient les préconisations, ce sont bien les élus qui ont le dernier mot. Ils ont toutefois intérêt à se questionner sur les diverses fonctions de leurs forêts : produire du bois, préserver la biodiversité et les paysages, accueillir le public et protéger l’environnement des risques naturels et humains. Le plan d’aménagement offre une vision d’ensemble de la politique territoriale menée par une commune. À travers ce plan, celle-ci engage sa responsabilité de gestionnaire et est, par conséquent, tenue à certaines obligations. La planification, prévue sur 20 ans, est rédigée par l’ONF. Elle comporte une analyse des milieux, une partie technique de mise en œuvre, ainsi qu’un point économique.

Les échanges avec les élus dans cette phase d’élaboration – qui dure au moins un an – permettent de mettre au clair les objectifs poursuivis. "Depuis 2009, il y a eu un basculement entre production, écologie et social, surtout dans le Vaucluse. La façon d’aborder l’aménagement a beaucoup changé, notamment avec la prise en compte du changement climatique et la consommation de l’énergie", souligne Sébastien Bataille. Il relève par ailleurs l’avantage permis par ce plan de gestion pour les communes qui comportent des sites classés : pour tous les travaux prévus dans le document sur 20 ans, plus besoin de solliciter Drac, Draaf, Parc naturel régionaux et autres partenaires. Un gain de temps non négligeable, qui a fait hocher nombre de têtes dans l’assemblée.

Concilier les usages

Parmi les difficultés rencontrées par les élus, la conciliation des usages est souvent de la partie. "Quand parmi les usagers il y a des chasseurs, des randonneurs, des vététistes qui entrent en concurrence sur un même territoire, la gestion n’est pas facilitée, de même que les dégâts pouvant être occasionnés par ces activités et qui nécessitent donc des charges supplémentaires pour les communes", indique Isabelle Desmartin. Le plan permet ainsi d’avoir une certaine visibilité en amont.

Il pose également la question de l’acceptabilité sociale de la production de bois. Souvent incomprise par les habitants qui y voient un défrichement digne de la déforestation amazonienne, la fonction de production de bois représente pourtant 97 % de la forêt vauclusienne. Ici, Sébastien Bataille propose une solution simple, mais efficace : la communication. "Avec des réunions d’information, nous désamorçons souvent des problèmes de ce genre. Les gens ont l’habitude de voir de grosses moissonneuses dans les champs tous les ans, mais pas ces machines qui viennent tronçonner tous les 20 ans. Il suffit d’expliquer et de faire de la pédagogie", développe le chargé de projet.

Dans la mesure où le changement climatique implique une transition énergétique imminente, se pencher sur le choix du bois comme mode de chauffage est effectivement une option à envisager. Développer la filière bois peut également se révéler être un secteur à développer, afin de dynamiser l’emploi sur le territoire. L’association des Communes forestières, déjà engagée dans ces réflexions, propose aux élus un accompagnement technique pour leur projet et organisera à l’avenir d’autres formations autour de la valorisation des forêts locales en circuit court.

Manon Lallemand


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