Collectifs : les GIEE en première ligne

Publié le 18 juillet 2022

Autour de Florence Fraisse, Chambre régionale d’agriculture, les représentants des organismes qui encadrent les projets collectifs agroécologiques dans la région. (ED)

Dans la région, les démarches de valorisation sont l’une des thématiques fortes des projets collectifs agroécologiques. Pour faire émerger des filières, valoriser des productions ou encore porter des signes de qualité, les Groupements d’intérêt économique et environnementaux sont en première ligne.

Conscients de la nécessité de tendre vers des modèles agricoles plus durables, de nombreux acteurs du monde agricole s’efforcent, depuis 2015, de mieux valoriser leurs pratiques agroécologiques, en misant sur les Groupements d’Intérêt économique et environnemental (GIEE) ou d’autres collectifs. Ces groupes d’agriculteurs apparaissent com-
me les principaux leviers d’accompagnement de la transition agro-
écologique.

Dans le cadre de sa mission de coordination de la capitalisation des GIEE et groupes Écophyto, la Chambre régionale d’agriculture organisait, le 5 juillet, au Puy-Sainte- Réparade – en partenariat avec la Draff, le Groupement régional des Civam, la Coopération Agricole Sud et le réseau Trame – un séminaire sur les projets collectifs agroécologiques. La journée avait pour objectif de favoriser les échanges et les partages d’expériences entre les chercheurs et les acteurs de terrain.

Faire émerger de nouvelles filières

Comme l’explique Florence Fraisse, référente ‘Coordination capitalisation GIEE‘ pour la Chambre régionale d’agriculture, “les démarches de valorisation sont l’une des thématiques les plus importantes des GIEE de la région, avec celle de la conservation des sols”. Une spécificité régionale par rapport à la Ferme France, très orientée sur la polyculture et l’élevage, qui a conduit à mettre en lumière les différents projets développés autour de ces questions dans la région.

De nombreux GIEE se positionnent en effet sur des démarches de valorisation, en ciblant différents objectifs. À commencer par des actions collectives sur le développement potentiel de nouvelles filières de production. C’est notamment le cas avec la pistache, dont un nouvel intérêt pour l’espèce fruitière, il y a quelques années déjà, a conduit différents acteurs de la production à se fédérer. “Le GIEE ‘Pistache’ – qui regroupe bientôt sept exploitations – est un outil parmi d’autres dont l’objectif est de faire émerger une filière en Provence”, explique Emmanuelle Filleron, animatrice du groupe. Parti de rien ou presque, le projet de diversification a déjà beaucoup avancé, même s’il n’existe pas encore véritablement de marché pour la pistache française.

Cependant, en quelques années 150 hectares ont déjà été plantés dans le Vaucluse. Le GIEE ‘Pistache’ propose de contribuer au développement de la culture en Provence, en améliorant la maîtrise technique et la conduite des vergers. Il s’agit de travailler sur toutes les étapes de la production, de la plantation à la mise en place d’essais, en passant par la réalisation d’enquête auprès de la filière et la diffusion des résultats. Les objectifs du collectif, qui implique aussi largement les acteurs de l’aval, sont à la fois économiques, environnementaux et sociaux. D’autres productions – comme la grenade dans le Var, ou encore le houblon dans les Alpes-de-Haute-Provence – font également l’objet de projets de nouvelles filières portés par des GIEE.

Des outils structurants

Sur les territoires, les collectifs agroécologiques travaillent aussi la valorisation de productions locales historiquement ancrées. Des initiatives comme celle du GIEE ‘Laine de Mérinos d’Arles’ ou du GIEE ‘Papamobile’, sur les plantes à parfum, témoignent que la mutualisation de moyens sur des productions emblématiques, au travers d’une approche territoriale, peut permettre de diversifier les revenus et de développer des outils collectifs.

D’autres groupes d’agriculteurs concentrent leurs efforts sur l’autonomie de leurs exploitations, en utilisant et valorisant les ressources de leur territoire par l’entraide. C’est le cas du GIEE ‘Volailles biologiques’ porté par Agribio Vaucluse. L’objectif de ses six exploitations est de développer des partenariats sur l’alimentation, de valoriser localement les volailles réformées, mais aussi la grande valeur agronomique du fumier de fientes.

Enfin, des collectifs agroécologiques s’efforcent d’apporter ou d’appuyer des démarches de signe de qualité. Ces initiatives d’agriculteurs mettent très vite aussi autour de la table des acteurs intermédiaires, de la transformation ou du marché. Leur objectif est de faire reconnaître au consommateur des garanties sur le produit.

Dans les Hautes-Alpes, depuis quelques années, un groupe d’éleveurs s’oriente ainsi vers la recherche d’une meilleure valorisation de leurs productions, pour rompre avec un modèle laitier de type industriel. Sept exploitations ont travaillé sur un système assurant une meilleure valorisation du lait par la transformation en fromages fermiers, et faisant appel à des systèmes fourragers orientés vers le foin.

Le GIEE ‘Champsaur lait’ a déjà permis de créer deux ateliers de transformation à la ferme, une fromagerie, et d’améliorer l’autonomie des exploitations. La recherche d’une meilleure valorisation du produit par la transformation locale du lait – qui est aussi l’objectif – a conduit le collectif à avancer, depuis trois ans déjà, sur une reconnaissance de la Tome du Champsaur en AOP. L’écriture du cahier des charges est en cours. Une démarche similaire est engagée sur le Bleu du Queyras, avec le GIEE ‘Bleu du Queyras’.

Qu’ils travaillent sur l’émergence de filières, la valorisation de productions locales ou portent des projets de reconnaissances de signes de qualité, ces collectifs jouent aujourd’hui un rôle majeur au cœur du paysage agricole. D’autres initiatives mettant en valeur les produits et les pratiques agricoles sont encore au programme. Initiateurs de projets environnementaux, de filières et créateurs de valeur ajoutée, les collectifs agroéocologiques participeront encore à écrire l’avenir des territoires de la région.


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