CNAOC : Accélérer sur l’innovation

Publié le 09 mai 2022

Jérôme Bauer, président de la Cnaoc (à droite), aux côtés d’Éric Pastorino, président de l’AOC Côtes de Provence, qui accueillait le congrès des appellations viticoles. (©GL)

L’innovation était la thématique centrale du congrès de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin sous appellation d’origine contrôlée, rassemblés dans le Var, fin avril, pour réfléchir à leur avenir.

C’est sur l’île des Embiez, dans le département du Var, que les représentants des 17 AOC viticoles de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin sous appellation d’origine contrôlée (Cnaoc) se sont réunis les 27, 28 et 29 avril pour leur congrès annuel, reporté depuis deux ans en raison de la crise sanitaire. Et c’est autour de la thématique cruciale de l’innovation que les vignerons et vigneronnes des appellations d’origine étaient invités à se retrouver.

"L’innovation est au cœur des mutations climatiques et sociétales que l’on connaît aujourd’hui. On parle d’innovation technique bien sûr, mais aussi humaine et réglementaire. Et cela passe par l’acceptation, aussi bien des vignerons que des consommateurs. La question c’est pourquoi et comment innover en préservant le collectif et nos appellations, qui sont un gage de confiance ?", expose le président de la Cnaoc, Jérôme Bauer.

Des sujets multiples

Le plus grand challenge pour les AOC est de répondre à la fois au changement climatique et aux attentes de la société. "Les connaissances et les outils évoluent. On travaille déjà dans nos vignobles sur les cépages résistants, le sol, les couverts végétaux, on va de plus en plus vers les certifications environnementales… La captation du carbone est aussi un sujet important. On en capte beaucoup, mais on a encore un gros travail à faire pour faire mieux, et trouver les systèmes les plus ingénieux et les plus performants de la vigne à la commercialisation", souligne Jérôme Bauer. Et pour accompagner l’innovation, il convient, pour la profession, de lever certains freins réglementaires, notamment en matière d’expérimentation au vignoble mais également "sur les drones où, techniquement, c’est prêt ; ou sur l’irrigation et la date butoir du 15 août (lire encadré)", le président de la Cnaoc.

La question de l’innovation s’apprécie ainsi sous des prismes multiples que sont venus éclairer les interventions de l’IFV, de l’INAO et de 'Vin et société'. Pour répondre efficacement aux attentes de la viticulture, "nous devons nous appuyer sur un partenariat collaboratif avec les vignerons expérimentateurs" et "mener la réflexion sur la simplification de l’expérimentation", soutient Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV).

Accélérer sans se précipiter

"L’histoire s’accélère et réclame de nous mettre en situation dynamique d’adaptation. Il faut faire bouger les appellations d’origine au vignoble, au niveau réglementaire, dans les cahiers des charges", intervient le président du comité national des AOC viticoles de l’INAO, Christian Paly. Rappelant que l’INAO a déjà su évoluer – en ouvrant possibilité d’introduire des mesures agro environnementales aux cahiers des charges, ainsi qu’en autorisant l’expérimentation des Variétés d’intérêt à fin d’adaptation (Vifa) –, il indique que la nouvelle commission technique, scientifique et innovation doit, entre autres, travailler sur la manière d'améliorer les protocoles pour favoriser l’expérimentation. Attention, toutefois, "à ne pas confondre vitesse et précipitation", tempère Christian Paly, "au risque de déstabiliser le modèle des AOC". "N’oublions pas que les innovations réglementaires prennent souvent naissance à l’OIV", ajoute la directrice de l’INAO, Marie Guittard, en appelant à la vigilance.

"Ce qu’on attend aujourd’hui de l’INAO, c’est de la réactivité. Il y a déjà eu des évolutions notoires, notamment sur les cépages résistants à fin d’adaptation. Mais tout ça prend énormément de temps dans un monde qui va de plus en vite. Il faut accélérer. On est dans l’attente d’un allègement des process juridiques et décisionnels", explique Jérôme Bauer. "Soyons inventifs, expérimentons ! Il faut aussi continuer de faire évoluer les mentalités des vignerons. Il ne faut rien s’interdire, ne fermer aucune porte, mais en continuant d’avancer collectivement, dans le respect de la typicité de nos appellations", conclut le président de la CNAOC.

Gabrielle Lantes


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