Chloé Dhallenne, Gigondas (84) : la diversification par la vigne pour 'Lou Jardin d’Yvette'

Publié le 22 novembre 2021

"Pour acheter du Gigondas, il faut de la trésorerie, pour le moment c’est encore trop tôt", avoue Chloé Dhallenne, qui vient d'achever ses premières vendanges cette année. (© CD)

Pour Chloé Dhallenne, l'année 2021 restera gravée au marbre blanc : en plein Covid, elle assurait en effet ses premières vendanges.

À 29 ans, Chloé Dhallenne est maraîchère avant d’être viticultrice, bien que la surface de vignes de son exploitation soit légèrement supérieure à celle en maraîchage et en arboriculture (5 hectares sur Gigondas contre 3 et 0,7 ha entre Sarrians et Vacqueyras). Ancienne nounou, la jeune femme – qui cultivait son potager en famille pour sa consommation personnelle – a fini par avoir le déclic. "Malgré mon grand amour pour les enfants, je ne me sentais plus dans mon élément. J’avais besoin de revenir à mes ancêtres", dévoile-t-elle. Baptisée 'Lou Jardin d’Yvette' en image à une figure familiale chère à son cœur, elle cultive sur son exploitation près de dix hectares toutes cultures confondues. En bio pour les légumes, en conversion pour ses pêchers, en conventionnel pour les cinq hectares de vignes qu’elle loue depuis février – mars dernier à une ancienne viticultrice à la retraite.

Alors que l’essentiel de sa production a souffert du gel (principalement les pommes de terre et les pêches), elle a ainsi décidé de voir plus loin. "Cette nouvelle étape de diversification va nous permettre d’avoir quand même quelque chose à la fin. Je crois que l’épisode de cette année nous prouve bien qu’il ne vaut mieux pas mettre tous ses œufs dans le même panier", explique-t-elle. Une diversification par la vigne que peu auraient imaginée, compte tenu des récoltes dramatiquement basses de certains domaines, mais qui s’avère finalement positif dans le cas de Chloé.

Quota atteint, première récolte sans pépin !

Pour le travail de la vigne – avec un père vigneron en bio depuis plus de 20 ans qui a su l’accompagner dans les moments de doute – Chloé Dhallenne estime avoir "toujours eu un pied dedans. C’était une décision réfléchie, mais tout s’est fait assez naturellement". À la question "Comment se sont passées vos premières vendanges ?", Chloé répond : "Plutôt bien !". Dans un secteur assez préservé du gel d’avril qui a frappé de nombreux vignobles du Vaucluse, la jeune vigneronne s’estime chanceuse : "J’ai rentré le quota, ce qui est loin d’être le cas chez tout le monde. À la rigueur il y a eu un peu de coulure, mais sans plus". Située sur les coteaux gigondassiens, son exploitation a effectivement bénéficié de conditions météorologiques plutôt favorables. La jeune vigneronne imagine également un avantage lié à la taille plus tardive de ses vignes, puisqu’installée depuis peu.

Grâce à la douzaine de personnes investie avec elle dans les vendanges, ces dernières ont pu se tenir en quelques jours. "Nous avons récolté les syrahs du 25 au 27 septembre, et le grenache du 9 au 11 octobre", dévoile Chloé Dhallenne. Des vendanges en deux temps et assez tardives finalement, comme dans la majorité des vignobles vauclusiens. Sa récolte rentrée à la cave coopérative de Gigondas, elle laisse pour le moment volontiers la tâche de suivre la question viticole à son père. Pour cette apprentie vigneronne et maraîchère installée depuis moins de deux ans, racheter les terres qu’elle loue n’est pour le moment pas envisageable. "Pour acheter du Gigondas, il faut de la trésorerie, pour le moment c’est encore trop tôt", avoue-t-elle. Les premières vendanges lui ont cependant permis de mettre un pied à l’étrier. Conseillée par son père, l’avenir lui dira quelle suite donner à cette nouvelle aventure vigneronne qui s’ouvre à ses pieds.

Manon Lallemand


Viticulture