Changement climatique : Les initiatives au vignoble se multiplient

Publié le 01 décembre 2020

Nouveaux cépages, trajectoire hydrique du rosé, ombrières pour la vigne ou outils d’aides à la décision, les solutions qui s’offrent aux viticulteurs pour relever le défi du changement climatique multiplient. (© C. Zambujo)

L’évolution du climat pose la question de l’avenir de la viticulture méditerranéenne. Face à des réalités qui impactent déjà nos terroirs, chercheurs, instituts techniques et vignerons s’emploient à trouver des solutions applicables au vignoble.

Question cruciale pour notre région et les terroirs viticoles méditerranéens : le changement climatique videra-t-il nos verres ? C’est le débat que se proposait d’animer la Société du canal de Provence (SCP), à l’occasion des conférences proposées dans le cadre du salon digital Med’Agri.

Les effets du changement climatique sur la vigne commencent à être bien documentés par les experts, qui partagent le même constat : avec la hausse des températures qui risque de se généraliser sur le territoire, l’avancement du calendrier cultural est l’une des premières conséquences. Le phénomène n’est pas seulement observé dans les secteurs les plus secs. Il pose, en revanche, un tas d’autres questions. Sur le débourrement, par exemple, qui se trouve lui aussi avancé dans une période où les risques de gel sont importants, ou sur les conditions de maturation du raisin.

Les autres modifications constatées concernent la couleur des rosés de Provence, mais plus largement, c’est en réalité tout l’équilibre des vins qui est menacé, dès lors que le degré alcoolique change et augmente.

Au regard des quatre derniers millésimes, les vignerons font face à des phénomènes erratiques et très variés en dehors de la constance sur la hausse des températures (sécheresse, gel dévastateur, printemps très arrosés, etc.). Face à ces réalités, chercheurs, instituts techniques, vignerons s’emploient à trouver des solutions applicables au vignoble.

Faire évoluer l’encépagement

La première piste pour maintenir la viticulture provençale concerne les cépages. Le changement climatique engage sérieusement l’appellation des Côtes de Provence, qui produit aujourd’hui 90 % de rosé, à s’adapter. Comme l’explique Juliet Girard, responsable technique au sein de l’appellation, « avec l’augmentation des températures, on constate une diminution de moitié de la quantité de pluie entre avril et septembre, une période où la vigne a besoin de se développer et développer le raisin ». Un phénomène qui menace tant la qualité que les rendements.

L’appellation – qui compte 12 cépages dans son cahier des charges – a planché sur l’introduction de nouveaux cépages pour préparer le futur, comme le caladoc et le rousseli, deux cépages déjà implantés dans le territoire provençal. Avec des comportements très différents, ces deux cépages répondent très positivement sur la fertilité et la régularité de la production. « Par ailleurs, les études réalisées avec des capteurs de flux de sève mettent en évidence un intérêt en matière de tolérance au stress hydrique. Leurs indices de confort hydrique restent satisfaisants, même en conditions extrêmes, notamment en 2019, année de très forte sécheresse », rapporte Juliet Girard. Sur un autre indicateur important, celui de l’équilibre des vins (sucre sur acide), « ces deux cépages répondent aussi favorablement, dans des ordres de grandeur identiques à ceux des autres cépages du cahier des charges ». Ils devraient assez facilement s’intégrer aux assemblages de l’appellation.

Depuis l’année dernière, un protocole d’expérimentation a été mis en place avec plusieurs partenaires1, pour poursuivre les recherches sur d’autres cépages. Cinq  cépages grecs, espagnols et italiens – le moschofilero et le verdejo pour les blancs et les rosés, et le nero d’Avola, le xinomavro et la agriogitiko pour les rouges – seront plantés d’ici un à deux ans dans l’appellation. Ils vont être expérimentés pendant dix ans, et pourront être intégrés à hauteur de 5 % de l’encépagement et 10 % des assemblages.

Comprendre la trajectoire hydrique idéale du rosé

Pour répondre au changement climatique, l’irrigation est une autre solution. La SCP travaille, depuis 2016, avec son partenaire Fruition Sciences sur les trajectoires hydriques pour le rosé de Provence, en s’appuyant sur un réseau régional de mesures. L’objectif est ici de bien comprendre les besoins en eau de la vigne de la phase de dormance jusqu’aux vendanges. « La demande très forte sur l’irrigation de la vigne ces dernières années est très forte », explique Alice Ract Madoux, chef de groupe ‘Agronomie et développement de l’irrigation’ à la SCP. Le projet ‘Objectif rosé’ a été lancé pour déterminer un indice de confort hydrique pour la vigne. « Un premier profil hydrique typique des rosés de Provence a pu être déterminé pour élaborer un bon pilotage de l’irrigation », rapporte la responsable. La prochaine étape sera de modéliser les comportements de la vigne, afin d’apporter l’information au plus grand nombre pour les aménagements et les ouvrages à venir.

Des vignes à l’ombre

Tout aussi important que l’irrigation, la réduction de la pression climatique sur les vignes s’annonce comme une autre option pour la société aixoise Ombréa. Elle expérimente depuis deux ans, avec la SCP et l’IFV, un outil innovant de système de régulation climatique par ombrières pour des cultures de plein champ. « Il s’agit de panneaux photovoltaïques intelligents installés au-dessus des cultures et portés par des structures d’acier, qui créent un microclimat favorable à leur croissance. D’autres outils peuvent être adaptés sur la structure de l’ombrière, comme des filets anti-grêle pour faire face aux effets climatiques extrêmes », explique l’ingénieur agronome, Samuel Roy.

Le pilotage des panneaux et leur déploiement pour créer de l’ombre se font automatiquement en fonction des données climatiques de la parcelle. Le site expérimental de Rians, dans le Var, évalue l’impact global de l’outil sur le végétal, le rendement et la production. « Pour 2020, on est encore dans l’analyse mais on a pu dégager des tendances intéressantes de la vigne sous ombrières. La croissance végétative est influencée positivement. Et, en 2019 comme en 2020, un décalage de maturité et du stress hydrique de la vigne ont aussi été constatés, ils sont moins intenses et arrivent plus tardivement », commente Samuel Roy.

Des perspectives encourageantes sont aussi ouvertes à l’échelle européenne, comme avec le projet ‘Visca’ : actuellement dans sa dernière année d’étude, ce partenariat de scientifiques européens développe « une application intégrée basée sur la donnée climatique, pour aider les viticulteurs dans la conduite de la vigne, dans un contexte de changement climatique », indique Éric Mino, directeur de l’unité technique du ‘Semide’. Cet outil prometteur vient mixer des modèles météo et climatiques sur les phases phénologiques en prenant en compte les aspects qualitatifs et l’irrigation.

Emmanuel Delarue

(1) Chambre d’agriculture du Var, Centre du rosé, IFV, Inrae.


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