Chambre d’agriculture de Vaucluse : S’adapter et résister

Publié le 02 décembre 2019

À l’issue de la session de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, sa présidente Georgia Lambertin a remis la médaille d’Officier du Mérite Agricole au Préfet de Vaucluse, en présence de Tony Cornelissen, président de la Chambre d’agriculture de Corrèz

S’adapter au changement climatique, mieux gérer l’eau, préserver ses terres, communiquer autrement, mais aussi se protéger… La Chambre d’agriculture, ses élus et Bertrand Gaume, préfet de Vaucluse, ont débattu de l’avenir du monde agricole. Avec l’éclairage d’un expert sur l’impact du changement climatique.

« Après les intempéries de cette fin de semaine, j’ai une pensée particulière pour les exploitations sous l’eau des départements voisins, et celles ayant eu des départs de feu dans la Drôme », commence Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, en ouverture de la session du 25 novembre. La capacité à s’adapter est une qualité inhérente au métier d’agriculteur. D’abord, à la météo changeante, mais aussi aux demandes de la société, à la concurrence, aux normes… Mais lorsque les aléas du changement climatique s’ajoutent aux actes de malveillance, cela ne suffit plus. S’unir devient vital, et puis communiquer, rester informé, et se protéger.

Dans ce contexte de tensions pour le monde agricole, cette session était particulière, avec la présence du préfet de Vaucluse, Bertrand Gaume, et du chercheur, Patrick Bertuzzi, directeur de l’unité AgroClim de l’Inra d’Avignon. Ce dernier était invité à brosser un tableau de l’impact du changement climatique sur l’agriculture. Capacité accrue à la photosynthèse en théorie, mais réduction du confort hydrique et cycle de développement raccourci… « Parmi les effets déjà visibles, nous observons que le repos hivernal des espèces fruitières est perturbé ; le rendement du blé d’hiver stagne ; le degré alcoolique des vins a augmenté d’un point en dix ans ; l’acidité des raisins diminue, celle des fruits en général, or cela conditionne la récolte et remet déjà en cause des cahiers des charges, comme l’IGP de la clémentine Corse. Le risque de surmaturité est plus fort et, pour les pommes par exemple, le temps disponible pour la récolte est réduit… » Désormais l’agriculture française « devra s’adapter à une tendance de fond, devenir moins vulnérable à la variabilité interannuelle qui devrait augmenter, résister à des événements extrêmes croissants. » Pour cela, le chercheur conseille « d’intensifier l’écologie et de combiner les solutions d’adaptation et d’atténuation ». En somme, l’avenir est aux modes de conduite résilients, diversifiés, qui privilégient l’agro-écologie.

Gérer l’eau…

Stocker l’eau, étendre et moderniser les réseaux d’irrigation, voire envisager la création d’un fond d’investissement… Le sujet de la gestion de l’eau est crucial pour le maintien des productions en Vaucluse. La Chambre et les principaux acteurs, Conseil départemental et Région, y réfléchissent ensemble. Et cela, d’autant plus que « nous allons vers davantage de conflits d’usage », craint Patrick Bertuzzi. Les agriculteurs vont d’ailleurs contribuer financièrement à cette nouvelle donne sur la gestion de l’eau. « C’est un changement de paradigme : c’est la première fois qu’on demande aux agriculteurs de financer l’amenée de l’eau », constate Joël Bouscarle, membre du bureau et président de la cave d’Apt, estimant aussi que l’extension des réseaux d’eau sous pression de façon collective permettra d’installer du goutte-à-goutte, système économe en eau.

Le préfet de Vaucluse souligne l’intérêt d’avoir fait que la Chambre soit OUGC (Organisme unique de gestion collective de l’eau), « un outil intégratif coopératif » pour répartir la demande en eau agricole par bassin versant. Depuis la décision – prise par arrêté préfectoral le 31 janvier dernier –, « l’organisation a été validée. Tous les syndicats en font partie, et vont recevoir un courrier leur demandant de nommer un représentant », précise Nicolas Granget, en charge du dossier. Pour mieux gérer l’accès à l’eau, « il faudra conjuguer diverses solutions, et peut être créer de multiples petites retenues collinaires, par exemple, et les mettre en réseau » suggère Bertrand Gaume. « Compte tenu de la faible part des agriculteurs dans la consommation d’eau, inférieure à 3% au niveau national, on doit pouvoir leur accorder de stocker de l’eau. La France a une capacité de stockage d’eau inférieure à 5%, quand elle est de 50% en Espagne » déclare André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, soulignant dans le même temps, les efforts d’économie déjà entrepris : « le Vaucluse est le département qui a le plus réduit sa consommation d’eau depuis ces quarante dernières années ». Pour créer des retenues, le blocage n’est ni juridique, ni technique. Mais « il est compliqué en termes d’opinion publique », reconnait le préfet.

Cécile Poulain


OPA - Serv. publicsChambre d'agricultureCA Lambertin climat cépage circuit court