Chambre d’agriculture de Vaucluse : Le sol se dérobe sous nos pieds

Publié le 21 octobre 2019

« Ouvrons donc les yeux, et ne scions pas la branche sur laquelle notre pays est assis. Car nous avons plus que jamais besoin de notre modèle agricole, reconnu le plus durable au monde », explique Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agricul

Pressions croissantes, violences, dénigrements… « Notre agriculture est harcelée. Or, nous l’amputons de ses terres et importons des produits ne respectant pas les règles que nous nous imposons. Et nous réduisons le budget des Chambres d’agriculture, chargées d’innover, conseiller et former ! » En Vaucluse, ces paradoxes sont dénoncés par les élus de la Chambre. L’agriculture est une chance pour la France, disent-ils haut et fort aux citoyens et aux élus.

« Arrêtons l’hémorragie ! », s’insurge Georgia Lambertin. La présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse évoque l’urgence de la situation. « Consommons les produits des agriculteurs français, pas leurs terres ! » Voilà comment pourrait se résumer le cri d’alarme lancé par les élus de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, qui ont invité la presse, ce 15 octobre, au Cloître Saint-Louis, à Avignon. En effet, l’agriculture française se fait amputer de ses terres agricoles, de plus en plus. Pas moins de 400 à 500 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année pour le seul Vaucluse. « Le bilan est alarmant, l’équivalent d’un terrain de foot est consommé chaque jour dans le département », constate Marie-Laure Escoffier, conseillère ‘urbanisme et droit des sols’, à la Chambre. La Surface agricole utile (SAU) du Vaucluse diminue trois fois plus vite que la moyenne nationale. Ainsi, plus de 2364 ha de surfaces agricoles et naturelles, irriguées en majorité, sont prévues à l’urbanisation d’ici 2030, à l’encontre des engagements de la Région Sud, pourtant inscrits noir sur blanc dans le Schéma régional d’aménagement de développement durable et d’égalité des territoires (Sradet).

La gangrène silencieuse de l’artificialisation des terres progresse, à l’heure même où tant repose sur l’agriculture : nourrir les populations localement de façon saine et durable ; atténuer le changement climatique ; entretenir les paysages... L’argument fréquemment avancé par les acteurs de l’artificialisation de générer des emplois, est mis à mal lorsqu’on sait que les productions sous serre nécessitent 45 Equivalent temps pleine par hectare en moyenne.

Se réconcilier.

Or, cette perte de foncier agricole a déjà des conséquences graves sur le déclin de l’agriculture. Le prochain Scot d’Avignon prévoit ainsi de « réquisitionner » quelque 500 ha agricoles, alors même que le cabinet en charge de l’étude d’urbanisme évoque 30% de logements vacants dans la ville. « Réhabilitons les centres villes, logements et commerces vacants, avant de s’en prendre, solution facile et délétère, aux terres productrices ! » Sophie Vache, vice-présidente de la Chambre et présidente de la FDSEA de Vaucluse, croit à la force de la concertation, qu’elle mène pour créer une charte de bon voisinage : rencontrer l’association des maires, les responsables d’associations environnementales, les élus…

Cette charte est en effet une solution avancée pour réconcilier agriculteurs et riverains. Car « tout le buzz fait autour des ZNT a effrayé la population de façon démesurée, et a accru la stigmatisation des agriculteurs. Pourtant, depuis dix ans que je fais des formations à la Chambre, je constate une profonde mutation entreprise par la profession agricole, qui vers des pratiques toujours plus respectueuses. Or, cela reste invisible aux yeux du grand public qui emploie dans les habitations des produits autrement plus nocifs », estime Sophie Vannier, en charge de la réduction des pollutions diffuses - phytosanitaires, nitrates, à la Chambre. « Si une ZNT de dix mètres était décidée, le Vaucluse perdrait 15% de son potentiel de production, du fait de sa structuration en petites parcelles. Le département peut-il se permettre cela de la part de son premier secteur d’activité? On ne peut pas en même temps se préoccuper de bénéficier d’une agriculture de qualité, et ne pas modifier nos comportements quotidiens qui vont à son encontre, comme la consommation de foncier », observe le directeur de la Chambre, Pascal Lenne.

Georgia Lambertin dénonce une autre incohérence : « Couper 15% du budget des Chambres, soit 420 000 € en Vaucluse, fragilisera considérablement le secteur agricole, qui a besoin de l’accompagnement des techniciens spécialisés sur les enjeux de demain, la transition agro-écologique ».

Ne scions pas la branche…

Pris dans un étau d’injonctions paradoxales, soumis à la pression croissante règlementaire, administrative et concurrentielle, avec des moyens qui leurs sont retirés soudainement, et maintenant dénigrés et frappés de violences quotidiennes sans soutien ni protection… Les agriculteurs sont harcelés. Chaque jour, l’un d’entre eux se suicide. « Ouvrons donc les yeux, et ne scions pas la branche sur laquelle notre pays est assis. Car nous avons plus que jamais besoin de notre modèle agricole, reconnu le plus durable au monde1 », poursuit la présidente de la Chambre.

Les élus de la Chambre réunis, lancent donc un appel à la responsabilité de chaque citoyen. « Dans un contexte de prochaines élections municipales, nous voulons alerter les élus sur l’importance de leur rôle pour l’agriculture » souligne Georgia Lambertin. L’attitude se veut positive, constructive. « Pour réduire les conflits d’usage du foncier, des outils existent. Les élus doivent s’en saisir pour arbitrer. Les solutions se trouveront dans la co-construction » conclut-elle. Parmi les propositions, citons celle de ne pas prélever les bandes paysagères sur la zone agricole mais, selon le principe de réciprocité, que la nouvelle construction – qui vient s’accoler à la zone agricole – prévoit un recul par rapport à la limite séparative, et une haie pour faire écran. Enfin, la nécessité de mieux communiquer, avec pédagogie, est évidente, celle d’ouvrir davantage les fermes pour expliquer le travail agricole. De nombreuses actions sont déjà en place, tel le festival ‘Brin de culture’ où les agriculteurs invitent le grand public, lancé hier à Montfavet.

Cécile Poulain


OPA - Serv. publicsChambre d'agricultureFoncier artificialisation agricole CA 84 agribashing Chambre