Ceta - Mercosur : le double discours gouvernemental dénoncé

Publié le 29 juillet 2019

Christian Mounier, président de la commission ‘agriculture’ au Conseil départemental, Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse, et Bertrand Mille, arboriculteur et représentant les JA 84.

« On brade notre agriculture pour vendre des voitures ! » L’heure est grave et les mines sombres. La FDSEA et les Jeunes agriculteurs de Vaucluse ont invité les médias, vendredi dernier, au cœur de la Maison des vins, à Avignon, pour dénoncer « le double discours environnemental du gouvernement » explique Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse.

« C’est incompréhensible ce décalage entre ce que l’on prône en France, le message passé aux consommateurs, et les décisions réelles qui sont prises. L’agriculture, l’alimentation et la santé ne se monnaient pas, et pourtant, c’est bien ce qu’est en train de faire le gouvernement avec les projets de signatures des accords Ceta et Mercosur, qui vont faire entrer en Europe des produits qui vont à l’inverse des obligations réglementaires des agriculteurs français. » Sophie Vache, la présidente de la FDSEA de Vaucluse, ne décolère pas, tout comme Bertrand Mille, représentant les Jeunes agriculteurs : « On met en avant les contingents de viande bovine, riz, miel1, mais il n’y a pas que cela : les conditions de production n’ont rien à voir avec ce que nous faisons chez nous, avec parfois des produits qui sont interdits depuis plus de 20 ans en France ! Ils sont en train d’ouvrir la boîte de Pandore et de briser dans l’œuf nos démarches de production vertueuse ! », tonne le jeune arboriculteur.

« La loi Égalim était censée valoriser le revenu de l’agriculteur et faire entrer l’agriculture française dans un nouveau schéma. Et là quoi ? On balaie tout d’un revers de la main sous prétexte de libéralisme ? Et le pire, c’est que le Canada, les USA, le Brésil, l’Argentine sont en train d’attaquer l’Europe sur les procédés d’homologation des produits phytos, considérant que les normes sont trop strictes, en utilisant les arguments de l’OMC pour faire valoir leurs revendications. N’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas ! », poursuit la présidente de la FDSEA, rappelant que « 239 molécules autorisées dans les pays du Mercosur sont interdites en Europe ».

« On ouvre la boîte de Pandore ».

Dénonçant cette nouvelle concurrence déloyale, la présidente prévient : « Nous sommes inquiets concernant ce flot de produits qui va arriver et qui ne correspond pas aux normes que l’on nous impose sur le territoire. Nous sommes inquiets et le disons aux médias, sagement pour l’instant. Mais si les choses prennent une tournure qui ne nous convient pas, et si nous ne sommes pas entendus au niveau où l’on doit l’être, nous manifesterons ».

À ses côtés, Bertrand Mille a la colère froide. « On a des standards alimentaires que nous respectons. Et là, tout est balayé d’un revers de main, tout ce que l’on met en place dans nos exploitations. On nous a vendu la loi Égalim comme étant un nouveau départ, une loi qui nous protégerait et nous redonnerait de la compétitivité. Quand on investit, on le fait parfois pour 40 ans en cultures pérennes. En face de nous, on joue contre la banque, le temps, le consommateur. Cela nous oblige à être rentables. Mais il faut entre 10 et 15 ans pour y parvenir. Dix ans minimum aussi pour tester les nouvelles alternatives comme les filets anti-mouche, les ombrières sur vigne, et encore dix ans pour qu’elles se diffusent. Et là, on dit amen à des produits qui contiennent des hormones de croissance, sans traçabilité, contenant des OGM… On ouvre la boîte de Pandore avec des produits qui ne respectent aucun de nos standards alimentaires, ceux-là même que l’on met en place depuis plus de 20 ans. On importe l’agriculture que l’on ne veut plus et l’on ne devrait rien dire, avec des multinationales qui déforestent à tour de bras, qui détruisent même leurs petites exploitations familiales ? Et le consommateur aussi ne devrait rien dire ? Quel est le message envoyé aux jeunes générations agricoles ? J’aimerai vraiment que l’on m’explique » lance le jeune arboriculteur, désabusé.

Une sécurité alimentaire que l’on ne peut pas garantir.

« Sans agriculture dans notre département, plus de tourisme », reprend Christian Mounier, président de la commission ‘agriculture’ du Département, « inquiet également, car l’économie de ce département dépend de ces deux activités qui vont de pair ». Le conseiller départemental ne comprend pas la logique de ces traités, « alors que la société demande des produits de qualité, environnementalement et socialement responsables. On ne peut pas accepter ces productions qui arrivent sur les étals avec une sécurité alimentaire que l’on ne peut pas garantir. Il faut sensibiliser le monde associatif, les réseaux sociaux, les consommateurs, pour les prévenir que demain, ils seront exposés à leur insu, à des produits non-sécuritaires ».

Pour conclure, Sophie Vache rappelle une vérité simple : « Les consommateurs veulent des produits sains. Or ces accords sont opposés à ce qu’ils souhaitent. Ce n’est pas leur rendre service que de ne pas dénoncer les ratifications, d’autant que même ‘The Economist’ met en avant l’étude FSI2 qui explique, noir sur blanc, que l’agriculture française est la plus vertueuse au monde au niveau qualitatif, écologique, social et environnemental ». Certes, poursuit la présidente, « on traite, mais si on le fait, c’est pour protéger nos cultures car nous avons des engagements financiers à tenir et nous le faisons dans les règles qui nous sont imposées. On va même vers du mieux produire et du plus propre, avec les Contrats de solution. On s’engage localement avec notre charte du bon voisinage, y compris avec les syndicats viticoles qui nous accueillent aujourd’hui. Nous voulons porter une démarche pédagogique plutôt que législative sur cette question des traitements, et nous avons jusqu’au 1er janvier prochain pour réaliser cette charte. Nous le redisons : nous voulons travailler en bonne intelligence avec tous nos partenaires, y compris l’État. Mais nous saurons manifester autrement notre mécontentement et nos inquiétudes si besoin ».

Céline Zambujo

(1) Lire le Vaucluse Agricole du 5 juillet 2019, page 2. (2) Étude complète sur http://foodsustainability.eiu.com/


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