Certification environnementale : La HVE, sur une rampe de lancement

Publié le 24 novembre 2020

Du côté des acheteurs, les interrogations autour de la HVE sont franches, même si la Sodexo a déjà commencé un travail pour intégrer des produits HVE dans ses process. (© DR)

Si elle vise à valoriser les bonnes pratiques des agriculteurs, la certification Haute valeur environnementale, HVE, n’est pas encore très lisible pour la société et les consommateurs. Au sein de la chaîne de production et de la distribution, on s’interroge sur le positionnement commercial du nouveau label.

Au sein de la profession agricole, la démarche Haute valeur environnementale (HVE) connaît une très forte dynamique, au niveau national comme en région. Au 1er janvier 2020, près de 5400 exploitations agricoles étaient déjà certifiées HVE en France, dont 426 en région Paca (contre 106 au 1er janvier 2019). Mis en avant par la loi Égalim et soutenu par le gouvernement, le nouveau label attend maintenant de trouver l’adhésion des consommateurs, pour poursuivre son développement. Sa réussite dépend, en grande partie, de la clarté du message qu’il véhiculera. Et, dans le domaine de la communication grand public, tout semble à construire. Le chantier est tel que l’intérêt de s’engager dans la démarche n’est pas forcément évident pour tous. Une table ronde organisée à Med’Agri – avec la Chambre régionale d’agriculture, la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, la Coopération Agricole Sud et la Draaf Paca – était l’occasion de le vérifier.

À la question que beaucoup de consommateurs se posent, ou se poseront, sur le positionnement du HVE par rapport à l’Agriculture biologique (AB), Olivier Nasles, président de la commission agriculture biologique à l’INAO, répond : « Il s’agit de deux outils différents, avec deux référentiels très distincts qui portent deux promesses différentes. L’enjeu des années à venir va justement être la compréhension par le consommateur de ces promesses ».

Alors que l’AB est basée sur un référentiel sans intrant chimique, le dispositif HVE s’applique à l’ensemble de l’exploitation et porte sur quatre domaines : environnementaux, la biodiversité, la stratégie d’utilisation des produits phytopharmaceutiques, la gestion de la fertilisation et la gestion de la ressource en eau. Son référentiel autorise, par ailleurs, une utilisation raisonnée des phytosanitaires, mais n’interdit pas en revanche les CMR. « Expliquer tout cela à un consommateur sera tout l’enjeu du HVE », insiste Olivier Nasles.

« Anticiper les demandes à venir »

Dans le secteur viticole les viticulteurs de l’Association des vignerons de la Sainte Victoire déjà – pour la plupart engagés en bio – y voient un intérêt. « Il ne faut surtout pas opposer ces deux labels complémentaires. 40 % de nos adhérents sont en bio, et certains d’entre eux sont aussi sur la démarche HVE. Ils y voient l’opportunité de valoriser les efforts réalisés au plan environnemental sur leurs itinéraires techniques. À terme, je suis convaincu que la HVE constituera une condition d’accès aux marchés », estime Jean-Jacques Balikian, directeur de l’association. Un sentiment partagé par le Syndicat des Côtes du Rhône, qui s’est « orienté vers la certification collective HVE, pour conforter ses places sur des marchés et anticiper les demandes à venir », indique Lucile Chedorge, chargée de mission au syndicat. Chez les Côtes de Provence, on observe aussi que « la volonté de répondre à une nouvelle approche environnementale a enclenché une dynamique de progrès sur les pratiques et leurs évolutions », rapporte Nicolas Garcia.

Sur la filière des grandes cultures, « le choix de la coopérative d’initier une démarche HVE correspond aussi à un projet stratégique, qui permet de valoriser l’engagement des agriculteurs auprès des transformateurs, des distributeurs et des consommateurs, afin de renforcer la confiance en la profession. C’est un véhicule de management, qui implique aussi l’ensemble du personnel autour d’un projet fédérateur », explique Didier Marie, directeur de la coopérative GPS.

Un manque de visibilité

Mais, dans certaines filières, l’adhésion à la certification environnementale semble moins évidente. D’autres démarches sont privilégiées, comme l’explique Marie Alba, en charge de la partie fleurs coupées au sein de l’interprofession horticole Florisud. « En fleurs coupées, on est sur de toutes petites entreprises, pour la plupart au forfait. On freine un peu sur la démarche, car elle représente aussi un surcoût qui ne sera pas forcément valorisé commercialement. On a plutôt misé sur le label ‘Fleur de France’ et la marque commerciale de qualité ‘Hortisud’. »

Du côté des acheteurs, les interrogations autour de la HVE sont franches : la cuisine centrale de la ville d’Arles, qui prépare 3 000 repas/jour, intègre déjà des produits de qualité, comme le bio (17 %), mais aussi des produits Label rouge, AOP, IGP et Fermiers. Sa responsable, Anne Guylaine Perillon, admet « manquer de visibilité sur les produits HVE » et attend de « mieux connaître la valeur environnementale » proposée avec la certification. « On ne sait pas encore intégrer le label dans nos critères d’achat. Nous avons encore besoin d’être accompagnés, pour pouvoir garantir le niveau de qualité de nos achats et être en capacité d’évaluer la qualité du produit que l’on achète », explique-t-elle.

La Sodexo a déjà commencé un travail pour intégrer des produits HVE dans ses process. Mais, comme le reconnaît Jean-Philippe Thevenet, directeur du pôle achats alimentaires, « créer de la valeur sur ces produits est un enjeu fort, car ils sont peu connus du consommateur final ».

Ainsi, la certification environnementale HVE est clairement aujourd’hui sur une rampe de lancement. La production continue tant bien que mal de s’approprier le label. Il y a aussi la volonté du ministère de l’Agriculture de développer une communication sur le HVE et sur son logo. Mais, pour l’heure, le message – qui doit nécessairement accompagner l’offre – reste à définir. À l’image des produits bio dont le marché ne cesse de croître, c’est pourtant la demande des consommateurs sur les produits labellisés HVE qui permettra à ce nouveau label d’exister.

Emmanuel Delarue


HVE certification environnement région paca filière