Cerise : une campagne impactée par le gel

Publié le 19 juillet 2021

Cette année, la campagne cerise a démarré autour du 10 mai, avec les cerises des Pyrénées-Orientales, épargnées par le gel d'avril. (© CZ)

Une campagne mi-figue, mi-raisin. C'est ainsi que l'on peut qualifier celle qui est en passe de se terminer, avec les derniers volumes de cerises disponibles encore quelques jours, pour les zones les plus tardives.

Comme ailleurs en agriculture, cette campagne cerise n'aura pas été de tout repos ! "Avec le gel, nous constatons en moyenne au niveau national une baisse d'environ 30 % du potentiel de production", reconnaît le président de l'AOPn 'cerise', Jean-Christophe Neyron. Un chiffre confirmé par la directrice de l'AOP, Alexandra Lacoste, qui table sur des pertes situées entre 30 % et 40 % pour les variétés précoces, et entre 40 % et 50 % pour les variétés tardives. "Nous avons également observé d'importantes attaques d'oiseaux et de mouche cette année", note-t-elle.

Si ces taux de pertes restent notables, il s'agit toutefois d'un moindre mal, car après le gel d'avril, peu espéraient avoir des récoltes. "Sur mon exploitation, j'ai le ressenti qu'il y en a finalement plus que ce que j'anticipais le 8 avril au matin. Tant qu'elles n'étaient pas rouges, on ne voyait rien. On a ramassé. Reste à savoir si c'était réellement rentable", s'interroge Jean-Christophe Neyron.

Les pluies – dont certaines encore la semaine dernière dans le Rhône – sont également un autre marqueur de l'année. "Avec burlat, ça a été un peu plus compliqué car il faisait froid et la variété a mûri lentement. Il a fallu trois à quatre passes et les dernières ont mûri d'un coup, avec une qualité un peu moins bonne. Cela contraste avec la saison, qui malgré les volumes, a permis de proposer des fruits de grande qualité", poursuit le président de l'AOP. En effet, l'année se caractérise aussi par d'importants volumes relativement tard en saison, avec des volumes conséquents jusqu'au 20 juillet, "même si l'on ne connaît pas encore l'impact des pluies du début de juillet sur le plateau ardéchois et les zones d'altitude", souligne sa directrice.

Écoulements et prix "corrects"

Côté commercialisation, la campagne a été marquée par une "grosse difficulté" à évaluer les volumes dans tous les bassins. "Personne ne s'est vraiment risqué à avancer des chiffres, et nous avons dû abandonner les actions de promotion prévues." D'autant qu'outre les volumes difficiles à évaluer, la météo maussade dans le nord de la France n'a pas stimulé la consommation. Finalement, l'ensemble s'est autorégulé. "Nous avons eu une petite augmentation des volumes quand tous les bassins ont été là, ce qui a entraîné une petite baisse des prix. Mais cette semaine (semaine 27, ndlr), c'est reparti à la hausse. Au final, nous avons donc eu sur la campagne un écoulement et des prix corrects, avec néanmoins une pression étrangère forte, notamment d'Espagne", résume l'arboriculteur vauclusien.

En termes économiques, difficile de se satisfaire de la campagne, entre gel, météo, pluie… "On va attendre de voir le montant des aides calamités agricoles et des aides d'urgence. Les Prêts garantis d'État aussi. On fera le bilan en fin d'année, quand on aura tout sur la table", anticipe le président de l'AOP.

La Provence à la traîne

Au-delà de cette année atypique, qui fait suite à une année 2020 placée sous le signe du Covid, l'AOP a poursuivi ses chantiers de fond, à commencer par le plan de restructuration de la filière cerise, et notamment son volet d'investissements dans des protections mécaniques avec pose de filets et bâches. "Nous avions beaucoup d'espoir, mais il n'a pas eu l'ampleur espérée d'autant, qu'en face, nous n'avons pas eu les financements espérés non plus", reconnaît Jean-Christophe Neyron. Mais avec le changement climatique et les incertitudes concernant l'Imidan, le président reste perplexe. "Si la molécule disparaît, il risque d'y avoir de la casse dans la filière, car les filets, s'ils sont efficaces, ne sont pas encore complètement réalistes du point de vue technique pour un certain nombre d'exploitations, selon la taille des parcelles, leur altitude, leur prise au vent… Il faudra encore du temps pour que le transfert se fasse progressivement des anciennes vers les nouvelles plantations. Sans oublier que ces nouvelles plantations nécessitent d'avoir accès à du foncier disponible, et continuer à travailler sur le potentiel des variétés et des porte-greffes nanisants ou semi-nanisants, pour tendre vers un idéal de production équilibré du point de vue économique aussi."

Le producteur vauclusien semble aussi percevoir une évolution ces dernières années entre les bassins de production. "Pour développer la filière, il faut que l'ensemble des bassins tirent dans le même sens, accompagnés par les politiques régionales. Or, j'ai la sensation qu'il y a des distorsions de concurrences qui naissent des orientations prises par les Régions, en charge des fonds Feader. En clair, j'ai le sentiment d'une dynamique plus positive en Occitanie et en région Aura, plus qu'en Région Sud. Peut-être est-ce lié aux modèles de conduite, plus traditionnels et en gobelet ? Ou bien à la dynamique d'installation en arboriculture en général, avec des exploitations plus habituées à des investissements conséquents de couverture et de protection avec filets, comme on peut trouver en pommes. Il manque une étincelle en Provence, et j'espère qu'elle sera allumée par l'obtention de l'IGP pour la cerise du Ventoux", conclut le président de l'AOP.

Enfin, l'essentiel des opérations de communication programmées cette année a dû être annulé en raison des volumes moindres, tout n'a pas été perdu. En effet, l'AOPn a noué un partenariat avec le chef étoilé Christophe Schuffenecker, des cuisines du Château de Mazan. Depuis son arrivée, le chef se consacre à la découverte des terroirs et des secrets de la région et se fait un point d'honneur à proposer des recettes à base de produits locaux. Il a mis en place des recettes qui seront dévoilées lors de la campagne prochaine.

Céline Zambujo


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