Cépages résistants : Des cépages rhodaniens résistants pour 2035 ?

Publié le 06 octobre 2020

Les sélections issues du programme Inrae-Resdur 3 ont été plantées en 2018 sur le Domaine expérimental de Piolenc, à côté des essais Inrae-Resdur 1 et 2. (© C. Zambujo)

Alors que les programmes successifs Inrae-Resdur 1, 2 et 3 permettent de proposer des cépages résistants au mildiou et à l’oïdium – avec notamment les premières inscriptions de vidoc, artaban, floréal et voltis – les bassins de productions viticoles et leurs interprofessions utilisent ces nouveaux matériels dans des programmes de croisements régionaux, afin de conférer aux cépages emblématiques de leur zone des résistances durables au mildiou, à l’oïdium, au black-rot... En Vallée du Rhône, les croisements sur syrah et grenache sont lancés depuis l’an dernier.

Dire que l’attente des vignerons est forte concernant la mise à disposition de cépages résistants est une litote. Alors que la pression sociétale pour réduire l’utilisation de phytosanitaires – pour ne pas dire le gros mot ‘pesticides’ – continue à s'intensifier, les vignerons piaffent d’impatience de pouvoir tester sur leur exploitation les fameux cépages résistants à l’oïdium et au mildiou. Tout en sachant que ce nouveau matériel végétal ne s’adressera, pour un temps certain, qu’aux vins de France et autres Indication géographiques protégées. En effet, il faudra attendre la révision des cahiers des charges des appellations viticoles, pour qu’ils puissent se déployer pleinement vers les AOC, même si le processus d’assouplissement est engagé1.

Il n’empêche. Les quatre premiers cépages résistant issus des premiers croisements du programme Inrae-Resdur 1 – vidoc, artaban, floréal et voltis – sont désormais en phase de multiplication intense chez les pépiniéristes, et la quasi-totalité des demandes devraient être satisfaites à partir de l’an prochain, sauf incident majeur. Le programme Inrae-Resdur 2 bénéficiera du même processus de déclassement du matériel de base, afin de mettre à disposition plus rapidement le matériel auprès des pépiniéristes, en 2021. Enfin, les sélections issues du programme Inrae-Resdur 3 sont progressivement mises à dispositions des centres expérimentaux.

Ainsi, ces derniers ont été plantés en 2018 sur le Domaine expérimental de Piolenc, confirmait François Berud, conseiller viticole, lors des journées portes ouvertes du domaine, en août dernier2. Mais, pour conserver la typicité des terroirs viticoles, se déploie en parallèle un programme régionalisé, mené en concertation avec les syndicats vignerons et les interprofessions. « L’objectif est de développer des variétés résistantes rhodaniennes », note Viviane Bécart, du Syndicat général des vignerons de la vallée du Rhône. Les premiers travaux ont été lancés en 2016 avec une demande d’Inter-Rhône de multiplier des matériels impliquant des sélections du programme Inrae-Resdur 2, croisées avec des cépages emblématiques des Côtes du Rhône : syrah et grenache.

Une cinquantaine de références.

Des parcelles de références ont ainsi été installées en 2019. « Nous disposons actuellement d’une cinquantaine de références, complétée par des croisements refaits chaque année. Nous espérons attendre 200 individus qui seront ensuite observés durant cinq ans – à raison de cinq pieds par individus – afin de pré-sélectionner les plus prometteurs », détaille Viviane Bécart.

In fine, une trentaine d’entre-deux passeront cette première étape pour basculer vers un déploiement plus important (90 pieds par variété), qui permettra alors d’aller jusqu’aux micro-vinifications. Il faudra alors encore cinq à six ans supplémentaires pour regreffer et multiplier les pieds. « Nous espérons ainsi être en mesure de proposer aux vignerons rhodaniens des variétés adaptées à leurs préoccupations, sachant que nous avons intégré les enjeux de résistance aux maladies, mais aussi de résistance au changement climatique. »

Mieux, la syrah ayant dans ses ascendants des cépages blancs, ce programme régional pourra potentiellement fournir des cépages rouges et blancs, mais aussi de muscat, « intégré également dans la sélection ». Rendez-vous donc en… 2035 !

Céline Zambujo


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