Cellier des Princes : "La solidarité coopérative a rempli son rôle"

Publié le 19 juillet 2021

Les coopérateurs du Cellier des Princes se sont retrouvés pour faire le point sur la situation de la cave. (© ML)

Le 21 juin dernier, le Cellier des Princes a enfin pu retrouver ses adhérents pour une assemblée générale très attendue. Après une année Covid particulière et un épisode de gel printanier difficile, l’important était autant de se retrouver que de faire le point.

Presque contre toute attente, au Cellier des Princes, les comptes sont au vert. Alors que la cave accusait une baisse d’activité de 40 % au sur les quatre premiers mois de l'année 2020, elle termine l’année avec un chiffre d’affaire de 9,2 millions d'euros (M€), soit une croissance de 2 %. Un tel résultat n’était pourtant pas gagné. À cause des mesures Covid, d'un volume de production de Châteauneuf-du-Pape limité, de la baisse du cours du vrac et de la concurrence agressive du négoce, les perspectives de performance n’étaient pas élevées. Le Cellier a donc tout mis en œuvre pour tenir le cap, notamment avec l’achat de châteauneuf en vrac et la réorientation de la prospection commerciale, dès avril, en misant sur la vente en ligne. "La part online est un marché prometteur qui a porté ses fruits, avec environ 20 % des ventes réalisées", rappelle Pierre Cohen, directeur sur Cellier des Princes. En ces temps troublés, "la coopération n’est pas qu’un mot, la solidarité coopérative a rempli son rôle", poursuit-il.

Cette année encore, la cave a pu augmenter le montant de rémunération des adhérents vignerons. Sur les cinq dernières années, elle a effectivement pu procéder à une hausse du prix de rémunération à l’hectolitre de 32 % pour le châteauneuf-du-pape, 21 % pour les côtes-du-rhône et 19 % pour les vins de pays.

Au niveau des exports, la prospection est également particulièrement active. La marque Cellier des Princes est présente dans plus de 40 pays, et a su se maintenir sur ses marchés. La part de l’export a même progressé de 2 % entre 2019 et 2020, entre autres grâce à l’ouverture à trois nouveaux pays. Avec deux commerciaux en moins, la cave cherche aujourd’hui à recruter un responsable, afin de maintenir la dynamique.

Anticiper une récolte "catastrophique"

Avec l’évidence d’une récolte appauvrie pour la prochaine saison, le Cellier cherche désormais à anticiper. Thierry Ferlay, l’œnologue attitré du Cellier des Princes, appelle les adhérents à se manifester dès aujourd’hui : "Cette récolte, on l’estimera quand on l’aura rentrée, mais comment s’est passée la floraison ? Y a-t-il des différences selon les secteurs ? Si vous avez des informations à faire remonter, il faut le faire maintenant". C’est effectivement la récolte qui permet d’ajuster la rémunération des adhérents. "La coopérative est là pour amortir les coups durs", réaffirme Jocelyn Bressy, président de la cave. Ces ajustements sont pourtant un point de crispation dans l’assemblée : certains auraient aimé voir lisser le montant, plutôt qu’il ne fluctue d’une année sur l’autre. Alors qu’un vigneron rappelle à un autre que ce mode de fonctionnement relève de la solidarité, le président met en garde contre une telle décision : "Nous commençons à discuter de solutions à apporter en conseil d’administration, car on sait que l’année prochaine va être catastrophique. Si on décide de lisser, attention à la rémunération de l’année prochaine…".

À ces questionnements se greffent ceux de la sécurisation et du développement de la production. Cela passe par le recrutement de vignerons apporteurs, afin d’apporter de nouveaux volumes qui "contribuent à la santé de la cave". Le Cellier des Princes adopte à ce titre une stratégie de cercle vertueux : plus de vignerons signifie un élargissement de l’offre, une augmentation du nombre de clients et donc, un meilleur résultat à distribuer. La dernière appellation apportée par de nouveaux vignerons est le Vacqueyras, avec le Domaine de la Libellule. Une adhésion qui valorise également de nouveaux volumes en Côtes du Rhône et en IGP.

Ces nouveaux vignerons ont toute leur importance pour la cave puisque, sur certaines appellations, le Cellier est toujours déficitaire. Réapprovisionner les stocks est donc crucial pour continuer à proposer une offre diversifiée. L’ensemble de la production se situe à ce jour entre 25 000 hectolitres et 30 000 hl suivant les millésimes, mais le besoin d’achat est récurrent, notamment en châteauneuf-du-pape. "Nous sommes déficitaires année après année. Le problème pour les achats actuellement, c’est que les cours sont repartis à la hausse et ce n’est pas simple d’acheter quand les cours sont hauts", explique Jocelyn Bressy. La question se pose également pour les côtes-du-rhône. Faut-il continuer à acheter ou non ? L’équipe se pose encore la question et attend d’abord de voir l’avancée de la récolte. "Chaque produit à ses spécificités", rappelle le président.

Des projets pour continuer à avancer

Le Cellier des Princes souhaite aussi développer la vente directe, en approfondissant sa stratégie digitale, de même que l’œnotourisme. Ainsi l’arrivée de la saison estivale et l’amoindrissement des mesures Covid annoncent-ils le retour des animations et événements. Tous les troisièmes jeudis du mois, les 'Jeudis gourmands' font leur retour, avec dégustations et parcours pédestres à travers les vignes. Selon les saisons et temps forts de l’année, des événements thématiques seront proposés, tels que la foire aux vins de printemps, le marché des producteurs les samedis matin ou encore les soirées 'Wine, food trucks and music' avec l’organisation de concerts gratuits. Une offre diversifiée qui sera également complétée par des randonnées à vélo guidées dans les vignobles et quatre expositions par an, pour lesquelles seront organisés les vernissages.

La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est, au Cellier des Princes comme chez de plus en plus de caves, le fer de lance qui anime les évolutions : "Plus de 120 familles de vignerons ont un revenu assuré et en forte croissance ces dernières années grâce à une gestion performante de l’entreprise", détaille le conseil d’administration. De plus, la cave maintient son engagement dans le développement durable avec le vin bio depuis 2013, mais aussi avec des panneaux solaires productifs. Les 1 200 m2 sur la toiture de la cave ont assuré en 2020 une production de 181 097 kWh soit, une économie d’émission CO2 de près de 130 000 tonnes et 112 000 € de recettes. Pour sa reprise en année post-Covid, quoi que les doutes la situation ne soit pas encore totalement derrière nous, le Cellier des Princes retrouve progressivement le rythme de croisière d’une cave dynamique et déterminée à progresser.

Manon Lallemand


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