Cellier des Dauphins : la coopération, alpha et oméga de la nouvelle feuille de route

Publié le 02 mai 2022

Lors du dernier Wine Paris, le Cellier des Dauphins a officiellement lancé une nouvelle déclinaison canette – entièrement recyclable – de sa gamme 'Originae', lancée en 2021 et déclinée jusqu'ici en bouteilles et Bib. (© CZ)

Le Cellier des Dauphins – Union des vignerons des Côtes du Rhône a vu sa gouvernance malmenée ces dernières années. Mais ce temps semble révolu et le paquebot à nouveau sur les rails avec, au gouvernail, le tandem Christophe Charransol et Sylvie Darves, respectivement président et directrice générale. Nommée il y a quelques mois à la direction, Sylvie Darves connaît bien l'entreprise puisqu'elle occupait successivement depuis 2015 le poste de secrétaire générale puis de directrice amont.

Un nouveau souffle s'étend sur le Cellier des Dauphins. En effet, la feuille de route confiée par le conseil d'administration, présidé par Christophe Charransol depuis trois ans, est claire et tournée vers quatre objectifs. "Tout d'abord, il s'agit de renforcer, dans l'union, le fonctionnement coopératif, que ce soit en interne, mais aussi, bien entendu, avec l'ensemble des parties prenantes", résume la nouvelle directrice, Sylvie Darves.

Ensuite, le Cellier compte réaffirmer son leadership sur les Côtes du Rhône sur les trois couleurs, " en particulier sur le rosé et le blanc, des couleurs en développement ces dernières années". Par ailleurs, l'union compte revoir sa stratégie à l'export, pour en accélérer le développement. Enfin, elle veut porter en interne une démarche de Responsabilité sociétale d'entreprise ambitieuse, "même si nous avons déjà mis en place ces dernières années un certain nombre d'actions vertueuses, à commencer par l'écoconception des emballages, la gestion des énergies ou encore celle des déchets", note la responsable. Les marges d'amélioration se situent davantage en termes de communication : "On doit améliorer les messages portés sur ce que l'on fait avec les parties prenantes, et cela doit participer du lien à récréer avec les vignerons"explique Sylvie Darves.

Remettre les valeurs de la coopération au cœur de la stratégie

En interne, le grand chantier pour le président Charransol est celui des valeurs coopératives. "Nous travaillons en relation étroite avec les dix caves adhérentes pour réaffirmer ensemble nos valeurs coopératives, mais aussi pour voir comment mutualiser nos ressources sur différentes problématiques, comme les matières sèches ou encore l'accompagnement amont, afin de travailler sur les différents profils de vin que nous proposons", explique le président. L'équipe amont vient d'ailleurs d'accueillir Marie-Véronique Blanc, ancienne conseillère viti de la Chambre d'agriculture, pour renforcer l'équipe œnologique de l'union. Ces dernières années, la sélection s'est concentrée sur les profils de vin rosé ce qui s'est traduit par une adaptation des pratiques au vignoble et des investissements technologiques, dans les caves adhérentes et au Cellier. "On mise résolument sur notre comité amont – qui rassemble les directeurs des caves et notre équipe viti –œno pour œuvrer ensemble dans la même direction", relance Sylvie Darves.

Côté export, alors que l'activité économique est malmenée depuis trois ans – entre Brexit, taxe Trump, Covid et désormais guerre en Ukraine – il s'agit avant tout de "faire un état des lieux de notre situation export, pays par pays, afin d'en revisiter la stratégie, en s'appuyant par ailleurs sur une nouvelle organisation interne de l’ensemble de l’entreprise et après avoir fait émerger une nouvelle équipe de direction", détaille Christophe Charransol. Actuellement, le Cellier est principalement présent au Royaume-Uni, au Canada, aux USA et en Chine. "Finalement, le marché anglais semble avoir bien tenu malgré la mise en place de nouvelles formalités liées au Brexit. Maintenant, il faudra que l'on retrouve les niveaux que l'on avait avant, car tout s'est un peu percuté avec le Covid et, parfois, on a du mal à faire la part des choses en qui a entraîné quoi", confie Sylvie Darves.

Inquiétudes sur l'approvisionnement

Ces dernières semaines, l'inquiétude est pourtant réapparue, suite à l'inflation relancée en fin d'année dernière et accentuée par la guerre en Ukraine. "Tout cela s'est déroulé alors que nous entamions nos négociations avec la grande distribution. Nous en sommes sortis avec une augmentation compensant essentiellement celle des matières sèches. Mais elle semble d'ores et déjà obsolète, vu les nouvelles augmentations enregistrées ces dernières semaines", note la directrice générale, qui s'inquiète surtout, "des ruptures d'approvisionnements qui s'annoncent. On a bien augmenté nos stocks en prévision, mais dire que nous naviguons à vue est un euphémisme : on vit aujourd'hui quelque chose que l'on n'a jamais rencontré. On anticipe ce que l'on peut, mais ce n'est pas simple d'avoir de la lisibilité sur les marchés et les approvisionnements quand on se projette sur le 2e semestre 2022".

Dans tous les cas, l'entreprise s'attend à être impactée sur "plusieurs trimestres", car "plus qu'une problématique de prix, c'est la problématique 'appro' qui nous inquiète. Des hausses d'un tel niveau, ça n'était jamais arrivé". Nul doute qu'elle saura s'appuyer sur les méthodes mises en place lors des épisodes de confinement. "Pendant ces mois particuliers, nous avons fait le dos rond, nous nous sommes adaptés et sommes restés agiles, développant en interne une certaine polyvalence avec l'arrivée du télétravail, qui sera maintenu pour les postes qui peuvent le faire" salue la directrice générale.

Miser sur les canettes avec la gamme 'Originae'

Pour autant, pas question de s'appesantir sur les difficultés rencontrées. Lors de Wine Paris, le Cellier a officiellement lancé une nouvelle déclinaison canette – entièrement recyclable – de sa gamme 'Originae', lancée en 2021 et déclinée jusqu'ici en bouteilles et Bib. Cette gamme IGP a été pensée "avec de nouveaux codes pour séduire la nouvelle génération de consommateurs, via des profils de vins modernes, tendance, basés sur les cépages, le tout avec un étiquetage vintage", résume Sylvie Darves. "Certes, le consommateur français a encore du mal avec ce type de contenant canette, mais ça fonctionne très bien à l'export."

Cette gamme doit permettre au Cellier d'être davantage présent sur le créneau IGP. L'occasion également de mettre en avant le virage environnemental entrepris par les vignerons, propriétaires de la marque nationale 'Cellier des Dauphins', vers la Haute valeur ajoutée – le Cellier commercialise environ 40 000 hl HVE toutes couleurs – et le bio, avec actuellement 1 300 hectares en production, "et une nouvelle vague de conversions : les vignerons considèrent que quitte à être en HVE, autant poursuivre vers le bio", explique Christophe Charransol. Ces changements seront accompagnés d'investissements conséquents (750 000 €, ndlr) pour remplacer une formeuse et une étiqueteuse.

Céline Zambujo


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