Cave de Bonnieux : Une installation audacieuse

Publié le 16 février 2021

La cave de Bonnieux, du haut de ses 100 ans, a pris le pari audacieux il y a dix ans, du photovoltaïque. Elle produit l’équivalent de la consommation de 300 habitants. Un choix très engageant, qu’elle espère ne pas avoir à regretter.

Créée en 1920, la cave de Bonnieux est la plus ancienne du Vaucluse. Elle n’a pu fêter son centième anniversaire l’an dernier, en raison du contexte sanitaire. Ce n’est pourtant pas son seul souci. Car il y a dix ans, du haut de son âge honorable, elle a été bien audacieuse. Un lifting ‘vert’ qui prend aujourd’hui une drôle de tournure.

Sa toiture nécessitait d’être refaite, et ses bâtiments agrandis de 800 m2. En 2008, démarché par une société photovoltaïque, le directeur, Laurent Bouet, s’entoure de l’avis d’un conseiller juridique, d’un expert-comptable, et soumet à son conseil d’administration le projet ambitieux d’installer une station photovoltaïque de plus de 3000 m2 sur 11 pentes de toits de la cave. Banco !

L’aventure démarre alors. Le directeur commissionne un architecte pour travailler de concert avec un cabinet d’étude technique spécialisé et monter un dossier à présenter aux banques : « Une grosse étude technique a été nécessaire, c’était la plus grande installation du Vaucluse à l’époque ». Le business plan a été construit sur 20 ans. Après de nombreux refus, deux banques ont accepté de s’engager ensemble. À considérer l’enjeu financier, le directeur en a souvent eu froid dans le dos. Pourtant, avec la garantie que l’État soutienne les énergies renouvelables, la prise de risque était très réfléchie.

De nombreuses conditions sont à remplir avant l’installation. L’étude prend en compte les abords du terrain, pour évaluer s’il y aura un risque quant à une ombre portée future, mais aussi le coût des investissements annexes : raccordement aux lignes à haute tension était à la charge de la cave – « heureusement, nous en avions une juste à côté », ou bien encore l’entretien préventif, à faire chaque année, pour vérifier le fonctionnement des onduleurs, resserrer des cosses, enlever la poussière des câblages…

Les travaux démarrent en 2010, et la production d’électricité commence en novembre 2011.

L’installation produit 500 000 kwatt par an, le double de la consommation de la cave, « et cela représente l’équivalent de la consommation d’un village de 300 habitants ». La puissance est de 427 kWc.

Des évolutions fortes.

Reste qu’au-delà du changement de toit pur et dur, l’installation photovoltaïque a eu les bénéfices connexes attendus. En effet, la cave a renforcé toute sa charpente pour accueillir les panneaux photovoltaïques et fait une isolation : « Nous avons gagné en confort de travail ». Et le groupe de froid – qui servait à refroidir les cuves les plus proches du toit durant l’été – n’est désormais mis en route qu’à l’occasion des premières vinifications, en septembre. Par ailleurs, l’agrandissement a permis de mettre à l’abri tout le matériel vinicole qui prenait le froid auparavant. Ce fut également l’occasion de désamianter tout le site et de le moderniser. L’aire de déchargement des citernes est désormais à l’abri, ainsi que l’aire de stockage des marcs. C’est donc plus sain.

Pour l’investissement initial, la cave de Bonnieux avait misé sur du ‘solide’ : panneaux de fabrication finlandaise, onduleurs provenant de Suisse… Mais la technologie a fortement évolué et aujourd’hui, panneaux et onduleurs sont de fabrication chinoise. La cave a en effet investi dans 1819 panneaux, à raison de 420 € le panneau, quand aujourd’hui, les panneaux coûtent 100 € pièce. Elle a aussi acheté 15 onduleurs, à hauteur de 11 500 € l’unité, et désormais remplace les défectueux pour 300 € seulement ! Un gain financier évident, assorti d’un gain de place, ce qui n’est pas négligeable. Les onduleurs font désormais un tiers du volume des matériels d’il y a dix ans. Seul hic de cette évolution, les constructeurs des premiers matériels ont mis la clé sous la porte. Alors, malgré le manque de suivi, le directeur a remplacé certains modules, sans prendre en compte les ajustements techniques, puisqu’ils lui étaient inconnus : « Mon métier, c’est faire du vin, pas de l’électricité ! ». Un été, lors d’une panne sur le poste haute tension, pas de spécialiste à disposition pour intervenir en urgence… « Et avec les aides de l’État qui aujourd’hui ont beaucoup régressé, on se fait du souci » reconnaît-il.

Opération optimisation

Il y a trois ans, la cave a relevé un deuxième défi. Contactée par Ener-Pacte, elle accepte la proposition d’optimiser l’installation. « Régulièrement des onduleurs sont à changer, la connectique électrique s’abîme, la production décroît et intervenir est très technique. À ce rythme, dans dix ans, la station serait devenue obsolète, même plus rentable en autoconsommation » explique le directeur.

Ce projet à deux millions d’euros, grevé par le fort investissement dû à la technologie d’il y a dix ans, « on ne l’aurait pas fait si on avait su que le prix de rachat de l’électricité allait baisser ». Car aujourd’hui, « si l’État fait machine arrière et que le tarif de rachat de l’électricité par EDF chute, c’est la catastrophe ! On peut tenir avec une baisse de trois ou quatre centimes, mais pas plus ! », redoute Laurent Bouet. Car chaque année, et cela pendant encore dix ans, la cave doit continuer de rembourser 120 000 € d’emprunt. Or, les calculs ont été établis sur un prix d’achat de l’électricité à 42 centimes le kwatt.

Ener-Pacte procède durant quelques mois à un grand diagnostic, à l’issue duquel, la société proposera à la cave un fonctionnement. Une production cible sera décidée. En-deçà de celle-ci, Ener-Pacte garantit à la cave une rémunération plancher. Et lorsque la production va au-delà, Ener-Pacte récupère un pourcentage de la plus-value réalisée.

« C’est une aubaine pour nous, j’espère que ça va aboutir » reconnaît Laurent Bouet, soulagé à cette perspective. En attendant, il surveille de près le fonctionnement de son installation, en direct via une télésurveillance et chaque mois pour dresser le bilan de production, « 15% supérieur à mes prévisions en janvier, idem en décembre » se réjouit-il. Des chiffres encourageants, même si l’idéal serait de les analyser au regard des relevés météo.

L’aventure a donc été audacieuse, intégrée dans un projet de rénovation des bâtiments, allant vers davantage de prise en compte de l’environnement. Puis elle a fait face à une très forte évolution technologique, des revirements politiques, et aujourd’hui à mi-parcours, la menace de se retrouver avec une charge démesurée, et un outil obsolète en fin de course pèse lourd… Un suspense difficile en ces temps incertains.

Cécile Poulain

Contact : Cave de Bonnieux, place de la gare, 84480 Bonnieux. Tél. : 04 90 75 80 03, www.cave-bonnieux.com


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