Cavaillon : protéger les abricotiers avec des panneaux solaires mobiles

Publié le 20 septembre 2021

Poussé par la Chambre d’agriculture, Michel André continue sa diversification avec deux hectares de pistachiers plantés l'an passé. La pomme reste sa première production, avec 44 hectares. (© ML)

Sur l’exploitation Saint-Félix, Michel André fait partie de la 3e génération d’agriculteurs à s’occuper des vergers familiaux. Sur le point d’installer des panneaux solaires sur ses parcelles, il est l’un des 14 lauréats 2021 du concours des ‘Talents Tech&Bio’.

En 1920, le grand-père de Michel André acquiert des terres sur Cavaillon. Son père reprend l’exploitation, puis arrive son tour en 1980. Aujourd’hui, avec sa femme, son fils, sa fille et son gendre, la tradition familiale perdure. À l’heure actuelle, la SARL Saint-Félix s’étale sur 65 hectares, de Robion au Thor. L’essentiel des parcelles se situe à Cavaillon. Pommes, abricots, cerises, prunes… Les vergers proposent de nombreuses variétés pour chaque fruit. Pour ce qui est des pommes, l’exploitation compte douze variétés différentes, représentant par ailleurs l’essentiel de la production de l’arboriculteur. Ses 42 ha de pommiers donnent effectivement près de 2 000 tonnes de pommes par an, principalement à destination des grossistes, de la GMS et de l'industrie, qui a vu sa part augmenter par un plus grand nombre de fruits abîmés.

Le fruit croquant n’est toutefois pas le seul à se démarquer. Ces dernières années, Michel André a fait de la diversification son credo. Les dernières canicules l’ont ainsi poussé à chercher de nouvelles productions adaptées au climat particulier qui règne sur le Vaucluse. L’année dernière, il a donc planté deux hectares de pistachiers, soit, environ 800 arbres. "Avec l’entraînement dynamique de la Chambre d’agriculture1, je me suis lancé. Vu la sécheresse et la chaleur, les arbres devraient se plaire", espère-t-il. Les premières vraies récoltes devraient intervenir dans quatre ans. D’ici là, l’heure est à la surveillance des porte-greffes et des maladies fongiques, de l’irrigation des jeunes arbres encore demandeurs d’eau pour se développer, ainsi qu'au désherbage des vergers.

Du bio à la biodynamie

Les parcelles sont de taille. Pourtant, voilà déjà quelques années que Michel André a fait le choix de passer au bio. C’est l’impact des produits phytosanitaires sur sa santé qui l’a poussé à se lancer sans attendre dès le début des années 2000 : "À force d’employer des produits chimiques, plusieurs fois j’ai eu de petites intoxications. Du coup, je n’ai plus hésité et je me suis lancé à fond dans le bio", raconte-t-il à l’occasion de sa présentation en tant que talent Tech&Bio2 cette année. "Les traitements sont différents, et passer entièrement au bio réclamait des installations particulières qu’il fallait mettre en place, notamment les filets", explique le producteur. Mis à part les abricotiers, peu sensibles aux insectes volants, tous les fruitiers sont maintenant recouverts de filets Alt’Carpo. La récolte se fait sous ces derniers jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul fruit sur l’arbre. La transition s’est achevée en 2010 et, si la production a été réduite de 20 à 30 % par les pertes dues à la culture bio, ces dernières ont été compensées par des prix supérieurs.

Puis, l’arboriculteur a décidé de pousser sa démarche un peu plus loin : après une année de conversion, l’exploitation a basculé en 2021 dans la biodynamie. "Il y a un peu plus de travail et de contraintes. C’est un autre concept qui nous permet de retrouver les valeurs de nos anciens, qui se souciaient plus de l’impact de la lune. C’est une forme de retour aux sources, avant que nous utilisions des pesticides", se satisfait-il. Certaines tâches se sont greffées au travail du personnel de l’exploitation, notamment pour les préparations et applications biodynamie, entraînant une charge de travail supérieure. "La marque Demeter nous permet une petite plus-value, et nous avons la préférence des acheteurs", dévoile-t-il. Impossible toutefois pour le moment de savoir à quel point cette méthode impacte la production ou non : "Il faudrait faire des études plus poussées dans nos exploitations. Mais nous ne sommes pas formés pour ça, et c’est un temps que nous n’avons pas. On ressent tout de même une amélioration en termes de qualité du fruit".

Les panneaux solaires comme protection supplémentaire ?

Au-delà de sa transition réussie pour la biodynamie et la plantation de pistachiers pour diversifier ses fruitiers, ce qui a valu à Michel André d’être repéré, puis sélectionné, comme 'Talent 2021' par le salon Tech&Bio, c’est aussi son projet d’investissement pour l’installation de panneaux solaires mobiles, sur trois hectares de parcelles. "Il y a trois ans, nos abricots ont brûlé à cause de la canicule, et il n’était même plus possible de ramasser les fruits tellement il faisait chaud", se souvient l’arboriculteur. Cet été marque l’année du déclic : comment faire pour mieux protéger les arbres des aléas climatiques ? Ce type de panneaux photovoltaïques, développé par Sun’Agri, coûte cher, environ 800 000 € d’investissement. Mais ils offrent de formidables possibilités de protection des fruitiers : faire de l’ombre, maintenir les arbres particulièrement sensibles aux maladies fongiques au sec, protéger de la grêle, voire du gel… Les vieux vergers de pommes arrachés et les panneaux installés, Michel André prévoit ensuite de planter entre trois et quatre variétés auto-fertiles d’abricotiers, conduites en haies fruitières. Si l’expérience portait ses fruits, il n’exclut pas ensuite d’installer de nouveaux panneaux sur d’autres vergers, et de planter des poiriers, continuant son opération de diversification de l’exploitation.

Le producteur a tenu à financer lui-même l’installation, afin de rester propriétaire des lieux. La production d’électricité est ensuite soumise à contrat : "La totalité sera vendue, car pour des grandes superficies comme la nôtre, il est compliqué de mettre en place un contrat d’autoconsommation. Nous avons des quotas de production à respecter". La vente de l’électricité devrait permettre à l’exploitation de rentabiliser l’installation. Mais le projet, bien que la réflexion soit avancée, n’est pas encore validé à 100 %. "Nous allons déposer le permis de construire prochainement, mais la relation avec le voisinage n’est pas simple. Nous avons échangé avec eux et éloigné de 15 mètres la construction des premiers panneaux de leur limite de terrain. Nous verrons ce qu’il en est", déclare Michel André, plein d’espoir. Objectif ? Une installation en 2023 qui permettra à l’exploitation Saint-Félix de prendre un nouveau tournant environnemental dans son histoire déjà centenaire.

 

Manon Lallemand

(1) Lire notre édition du 30 juillet 2021, page 4. (2) Retrouvez cette sélection qui met à l'honneur des agriculteurs qui se démarquent par leur savoir-faire, leurs résultats technico-économiques et socio-environnementaux sur le site de Tech&Bio : https://bit.ly/3nxrr6z

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