Cavaillon : Démocratiser une autre façon de consommer la soupe

Publié le 10 octobre 2022

Au cœur du Min de Cavaillon se trouve l’atelier de transformation de la conserverie ‘Cultures de France’, créé par Jérémy Valetin et Benjamin Pomiès. (ML)

Le projet était de taille, mais quoi de mieux que ce territoire pour se lancer le défi de rendre à la soupe son heure de gloire ? Benjamin Pomiès et Jérémy Valentin, amis de longue date, se sont associés pour créer un atelier de transformation de fruits et légumes, ainsi qu’une conserverie. Depuis Pâques, ils font des soupes. Mais la fin de l’automne et l’hiver 2023 verront aussi naître des gammes de compotes et de sauces tomate.

Initialement, Jérémy Valentin est grossiste en salaison. Benjamin Pomiès vient quant à lui du monde de la bio et du vrac. Amis depuis une quinzaine d’années, ils se lancent dans un projet, l’idée d’une conserverie nommée ‘Cultures de France’, où l’on pourrait transformer fruits et légumes en diverses soupes commercialisées sous la marque ‘Germain’.

Germain, c’est donc la rencontre de JER-emy et Benja-MIN. Ou plutôt la concrétisation de cette amitié qui les lie depuis longtemps. Ils montent le projet en échangeant avec des agriculteurs des alentours, imaginent des recettes, recherchent des financements... Appuyés par un financement MiiMOSA à hauteur de 250 000 €, les deux hommes investissent au total 1,3 million d’euros. Une somme qui ne fait pas peur aux banquiers, puisque tous ceux rencontrés se sont avérés partants pour soutenir le projet.

“Entre le moment où on commence à en discuter sérieusement et celui où on démarre l’activité, il a dû s’écouler environ 18 mois”, se remémore Benjamin. Les deux hommes atterrissent à Cavaillon, au Marché d’intérêt national (Min) : “Nous avons vraiment une chance incroyable d’être ici, sur ce territoire, dans cette ville, mais aussi dans le Min ! Si on prend notre vélo à l’extérieur, on rencontre des agriculteurs à quelques minutes. Sur place, les expéditeurs et transporteurs voisins sont proches. Il y a tout un écosystème qui permet de ne jamais être seuls”.

Ils montent leur atelier de transformation, composé à 60 % de machines de fabrication française telles que celles de Brouillon Process
et, à Pâques, l’aventure est lancée. Ils ont raté leur première saison d’hiver à cause de quelques retards, mais ils rebondissent en proposant des gaspachos et soupes froides, très bien accueillis par le public de la grande distribution auprès de qui ‘Cultures de France’ commercialise ses produits.

La soupe, un repas en soi

C’est avec Christian, un ami chef traiteur à Monteux, que le duo réfléchit à la composition de ses soupes. “Moi, j’ai des compétences, mais certainement pas dans ce domaine”, admet Benjamin Pomiès. Butternuts, maïs-coco, petits pois, champignons, betteraves, gaspachos de tomates et de concombres... Christian se charge de trouver les meilleurs accords, tout en respectant un impératif : mettre les légumes au cœur du produit.

“Dans l’utilisation, on avait la volonté de démocratiser une autre manière de consommer de la soupe. Souvent, les gens l’accompagnent d’autre chose, de pain, de charcuteries... Là, elles sont tellement riches en légumes qu’il n’y a pas besoin d’ajouter quoi que ce soit, dans le principe”, affirme Benjamin. Preuve à l’appui, lorsque l’on regarde l’étiquette, certaines recettes indiquent jusqu’à 93 % de légumes. Certaines tournent autour de 50 %, d’autres plutôt dans les 70 %... Tout dépend de la consistance des ingrédients utilisés : “La pomme de terre rend la soupe très compacte par exemple. Donc, pour qu’elle soit plus liquide, nous devons forcément rajouter un peu d’eau”. Christian appose même quelques suggestions sur l’étiquette, pour ceux qui voudraient varier les plaisirs.

Les cofondateurs se voient comme des ‘anti-Yuka’, l’application qui permet de scanner les produits pour connaître leurs composés. “Le consommateur ne devrait pas avoir besoin de scanner un produit pour savoir ce qu’il y a dedans. Nous avons fait le pari de la transparence, en indiquant tout sur l’étiquette. Le pourcentage global de légumes, mais aussi de chaque ingrédient, le Nutri-score et ce, sur le devant de l’étiquette. La quasi-totalité des ingrédients vient de France, mais lorsqu’il y a des exceptions, comme l’huile d’olive qui provient d’Espagne, c’est indiqué”, explique Benjamin Pomiès.

L’avenir droit devant

Benjamin est plus souvent sur site que Jérémy, qui encadre l’équipe de commerciaux. Au Min, cinq personnes sont employées à l’administratif et sur la ligne de production. À l’avenir, Benjamin espère que l’équipe puisse compter jusqu’à huit personnes supplémentaires. Une nécessité à envisager dès à présent, afin d’accueillir deux nouvelles têtes dès cet hiver. La raison ? La diversification de la production et donc, l’intensification du rythme de travail. “Nous allons lancer notre gamme de sauce tomate en novembre, et nous allons également nous mettre aux compotes d’ici la fin de l’année. Pour ces dernières, nous n’attendons plus que l’outil industriel”, expose Benjamin Pomiès.

Alors que les soupes, chaudes et froides comptent déjà une vingtaine de recettes, pas question de s’arrêter là : “Nous allons évidemment commencer par de la compote de pomme classique. Mais nous songeons déjà à d’autres saveurs”. Plus complexes et au bon goût du terroir, entre autres. Une façon pour Jérémy et Benjamin d’éviter de concentrer un pic de production à l’hiver, saison privilégiée des soirées soupes bien au chaud chez soi.

L’entreprise prévoit également de conditionner moulinés et veloutés en poches de trois à cinq litres, afin de s’ouvrir aux collectivités et au milieu de la restauration. “Quand c’est bon et bien fait, pourquoi s’évertuer à réaliser les soupes soi-même ? Ce sont des secteurs qui n’ont pas toujours ni le temps, ni le matériel pour réaliser de grandes quantités”, avance Benjamin.

Finalement, et si c’était si simple que ça de consommer une soupe de qualité, élaborée avec des produits de qualité ?

Manon Lallemand


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