Carpentras : Les frères Bernard à la poursuite d’une tradition familiale

Publié le 20 avril 2021

Sébastien et Florent Bernard misent sur deux variétés de fraise : Gariguette et Cléry.

Cinq ans après la reprise de l’exploitation familiale par Sébastien et Florent Bernard, deux frères, la production bat son plein, particulièrement celle de fraises qui, cette année, a échappé au Covid et aux gelées.

Avant le décès de leur père, il y a cinq ans, les frères Bernard n’envisageaient pas véritablement la reprise de l’exploitation familiale, du moins pas si tôt. C’était encore moins le cas de l’aîné, Sébastien, diplômé en commerce, alors que son frère, Florent, était quant à lui détenteur d’un BTS agricole. La tradition et l’amour des sols primant sur le reste, aucun des deux n’a pu faire le choix de se séparer de l’exploitation. Et pour cause : ce n’est pas une ou deux, mais bien quatre générations qui se sont succédé à l’EARL du Peguier, au sud de Carpentras.

Avec deux années de mise en place, la fratrie a su jouer de la complémentarité de ses compétences, avec une montée en puissance depuis trois ans. Régulièrement, Sébastien et Florent se creusent les méninges pour maximiser leur production, sans pour autant laisser la qualité de côté. Un défi de tous les jours que bon nombre de leurs semblables connaissent bien. S’ils cultivent l’asperge verte, le poivron, l’aubergine, le potimarron et la courge muscade, ils misent beaucoup sur la fraise de Carpentras, qui actuellement bat son plein.

Des variétés traditionnelles

La fraise, chez les Bernard, c’est une question de famille. Plantée par leur père et leur grand-père avant eux, ils ont maintenu cette culture aussi chère à leurs yeux qu’à ceux de la grande distribution, leur principal client. Aujourd’hui, sur une dizaine d’hectares de terres, cinq sont réservés aux fraises sous serres lors de la saison, dont une petite part se cultive en pleine terre. Chez eux, deux variétés se partagent les lieux : "Nous avons fait le choix de deux variétés traditionnelles : la fraise de Cléry d’une part, pour la majorité de nos plans hors-sol ; et des gariguettes", indique Sébastien.

Plantées surtout en terre, ces dernières bénéficient d’une pousse plus précoce grâce à la chaleur de la terre. Ce paramètre, couplé à la fragilité naturelle de la variété, la production s’arrête souvent avant les Cléry, qui elles, se cultivent aisément jusqu’à juin, ou juillet. Avec une production d’approximativement 200 tonnes par an, le petit fruit rouge et sucré a donc la part belle sur l’exploitation.

2021, année normale ?

Après une année 2020 compliquée par la pandémie de Covid-19, les deux frères craignaient de nouvelles difficultés, principalement concernant la main-d’œuvre. Sébastien et Florent font effectivement régulièrement appel aux saisonniers : "Nous sommes cinq permanents dans l’équipe. Comme beaucoup de producteurs dans le département, nous avons besoin de saisonniers. Selon les saisons, nous en recrutons 30 à 60, pour prêter main forte dans les champs et parmi eux, bon nombre viennent de l’étranger", explique le premier. En 2020, accueillir la main-d’œuvre d’au-delà les frontières s’était avéré être un casse-tête sans nom pour l’exploitation du Peguier, qui avait de fait perdu une partie de ses récoltes. La question, bien que toujours compliquée, a trouvé réponse un peu plus facilement cette année. "Nous avons mis en place un protocole sanitaire strict, imposé le masque, veillé à la désinfection régulière des mains, mais nous avons pu les accueillir. En ce moment, j’ai des salariés tunisiens qui sont là pour nous assister de la récolte des fraises à leur mise en barquette. Ils sont arrivés avec une semaine de retard, mais au moins, ils ont pu passer la frontière", développe Sébastien avec soulagement.

Côté météo, s’ils ont eu la chance de passer au travers l’épisode de gelée noire de la semaine dernière grâce à leurs serres – ce qui n’est pas le cas de leurs poivrons tout juste plantés –, les jeunes agriculteurs dénotent tout de même un retard sur la pousse : "Parce qu’on commence à produire tôt dans le Vaucluse, on a tendance à penser qu’il n’y a eu aucun soucis pour les fraises. Pourtant, habituellement on commence à récolter aux alentours du 10 mars. On a environ deux semaines de retard à cause du manque de lumière que nous avons subi cet hiver". À défaut de soleil, c’est donc le froid qui a pointé le bout de son nez en ce début d’année. Cela étant, les fraises protégées par leur serre commencent enfin à remplir les cagettes.

Cultiver en hors-sol : la guerre des préjugés

Si elles produisent tant, ces Gariguettes et Cléry, c’est parce que les Bernard ont su optimiser leur rendement grâce au hors-sol. Sur près de cinq hectares, les fraises ne sont pas suspendues, mais dans des sacs à même la terre. "On pense souvent que les cultures hors-sol sont de mauvaises qualités, c’est un préjugé : on consomme moins d’eau et nos plants nécessitent moins de produits phytosanitaires puisqu’ils sont moins exposés aux champignons", martèle Florent. Et de son frère de compléter : « Il ne faut pas oublier que l’on bénéficie du label ‘Fraises de Carpentras’ tout de même ! C’est en soi un gage de qualité, une récompense pour la saveur de nos fruits. En réalité, il s’agit plutôt d’un choix qui vise à ménager la terre. Nous ne cultivons pas que de la fraise et manquons d’espace pour tout planter directement dans le sol".

Un choix stratégique donc, mais également environnemental. Avec une meilleure gestion des intrants et engrais, Sébastien et Florent maîtrisent ainsi leur production sans pour autant surexploiter leur terre, s’inscrivant pleinement dans la démarche Haute valeur environnemental (HVE) qui certifie les bonnes pratiques agricoles.

Manon Lallemand


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