Caromb : La figue longue noire, un fruit bien ancré dans son terroir

Publié le 02 août 2021

Près de 10 tonnes de figues sortent annuellement des vergers d’Alain Jabouin. (© ML)

Quelques jours après la fête de la figue longue noire, Alain Jabouin, grand maître de la confrérie de la figue longue noire de Caromb, est satisfait des retombées. Les visiteurs, au rendez-vous, ont joué le jeu. Mais si tendre fruit sucré a encore la côte chez les consommateurs, les surfaces de production, elles, diminuent.

Alain Jabouin n’a jamais compté ses arbres, dispatchés sur un hectare au total. Pour eux, il n’a jamais compté son temps non plus. Avec ses cinq hectares de raisin de table et muscat, un hectare de raisin de cuve et un autre réservé à sa pépinière, « j’ai toujours fait de la figue », annonce fièrement l’agriculteur de 56 ans. « De mémoire, c’est mon grand-père qui a commencé un peu avant la guerre », poursuit-il. S’il n’a jamais fait le compte des figuiers, il sait toutefois qu’ils produisent environ dix tonnes de fruits par an, exception faite de cette année à cause du gel. « C’était la première fois que j’essayais les bougies pour protéger les arbres et sur la parcelle où j’en ai placé, j’ai pu sauver ma production ». En 2021, si Alain récolte trois tonnes, il estime que ce sera « déjà bien ». Si certaines variétés résistent bien aux températures froides, la figue de Caromb n’aime pas tant l’hiver, surtout quand les Celsius descendent en dessous de -15. « Evidemment aujourd’hui nous n’avons plus ce type de climat, mais nous sommes au pied du Ventoux et il nous arrive d’avoir des coups de froid, il ne faut pas qu’ils durent trop longtemps, comme cette année », précise-t-il.

Alors que le ramassage de la première récolte s’achève – car la variété carombaise est vive et donne ses fruits deux fois dans l’été – la seconde interviendra du 20 août jusqu’à fin septembre. La production donnera alors des fruits plus petits qui pousseront quant à eux sur les nouvelles branches de l’année.

Il fait chaud sous les larges feuilles de figuiers. Celles-ci râpent les doigts des ramasseurs et le lait de figue qui sort parfois à cause d’une pression un peu trop forte irrite la peau. Pour éviter de cumuler ces points avec les fortes températures, chez Alain, les fruits sont ramassés le matin. Trois personnes sont ainsi dans les arbres, pendant que deux autres s’occupent de préparer les plateaux aux restaurateurs et particuliers qui commandent directement. Le reste s’en va à Malemort-du-Comtat, au Val de Nesque.

Retrouver le goût de la figue

A Caromb, les figues s’épanouissent depuis le XIXème siècle. Elles s’y plaisent tellement qu’elles ont fini par devenir une variété propre : la longue noire. Fruit de gros calibre d’un violet profond, la figue de Caromb se consomme crûe, rôtie, séchée ou encore en pâte de fruit. Près de 40 tonnes en sont produites annuellement dans le Vaucluse, plaçant le département à la troisième place des producteurs en France. Dans le sud de la France, c’est même près de 100 tonnes par an qui sont mises sur le marché.

Alain Jabouin est aussi pépiniériste, pour les plants de vignes, ainsi que les figuiers et notamment des variétés anciennes. « Proposer plusieurs variété de figues est une manière de se démarquer et d’enrichir la biodiversité. C’est aussi ça notre métier et puis, les vieilles variétés, c’est une façon de permettre aux consommateurs de retrouver les saveurs de leur enfance », explique-t-il.

Aujourd’hui, le challenge pour l’agriculteur est de convaincre les jeunes de produire. Une tâche qui n’est pas aisée : sur Caromb, seule une dizaine de producteur persistent à cultiver ce fruit juteux. Le produit est pourtant emblématique du terroir dans lequel il se plait d’ailleurs très bien. Un déclin qui s’explique, selon le producteur, par des raisons simples : « Les gens se sont lancés dans d’autres cultures, plus simples. Quoi que la figue se vende bien en ce moment, beaucoup bloquent sur le besoin de main d’œuvre. Le figuier est un arbre qui nécessite beaucoup d’arrosage. Ici ce n’est pas un problème car nous avons les canaux sous terre, raison pour laquelle les figues se sont implantées ici bien avant la guerre ». S’il parle d’irrigation, c’est parce qu’Alain Jabouin connait bien le sujet. Il est également président de l’ASCO qui régit le réseau d’irrigation de Caromb. Non, pour lui, le problème est ailleurs. « La noire de Caromb met quand même cinq à six ans avant de produire pour la première fois et puis, c’est délicat à ramasser, d’autant plus qu’ici, le raisin de cuve a le monopole. Même les cerises ont disparu », déplore-t-il

Une confrérie pour promouvoir le fruit

En 2008, la confrérie de la figue longue noire de Caromb est créée pour fédérer les professionnels en l’absence de syndicat de producteurs. Composée de quelques producteurs, pépiniéristes et citoyens amoureux du terroir et du fruit, elle organise et participe à des manifestations de promotion. Tous les ans, la fête de la figue est organisée et cette année, ce fût une réussite. Selon le grand maitre de la confrérie, deux raisons ont principalement influé sur cela : « D’une part, il faisait autour de 30°C alors que d’habitude il fait plus de 40, ce qui a encouragé les gens à mettre les pieds dehors. D’autre part, après les confinements liés au covid, les gens veulent sortir et dépenser ». Les faits parlent pour eux. Alors qu’habituellement les visiteurs se déambulent tranquillement entre les étals toute la journée durant, cette année, à 11h, toutes les figues étaient déjà vendues. « Nous étions 7 producteurs avec chacun 10 à 12 plateaux, et bien cette année ce n’était pas suffisant », exprime-t-il fièrement.

La confrérie entretient également un verger conservatoire et pédagogique de figuiers créé en 2010. A la figuerie du Paty, qui se visite en contactant l’Office de tourisme de la ville, ce sont 40 figuiers qui ont été plantés et représentent 35 variétés différentes. « Aujourd’hui, il n’y a plus autant de monde qui y met les pieds, les écoles sont déjà toutes passées par là », déclame Alain Jabouin sur le ton de la plaisanterie. Mais si vous, vous ne l’avez pas encore visitée, alors vous savez qu’il est encore temps !

 

Manon Lallemand


Fruits & légumesPortrait Producteur Figue Caromb