Campagne abricot 2020 : Moins de volumes, mais un chiffre d’affaires en nette en progression

Publié le 29 septembre 2020

« Les niveaux de prix globalement élevés cette année font permettre aux arboriculteurs, qui avaient de la production, de repartir sereins et de tirer leur épingle du jeu cette année », note le directeur de l’AOPn, Raphaël Martinez. (© C.Z.)

Les derniers abricots sont commercialisés en ce début septembre mais, si les prévisions se confirment, il s’agirait de la plus faible récolte hexagonale depuis 2008, avec une production nationale en baisse de 27% sur un an. Heureusement, face à ce manque de marchandises, les prix ont été au rendez-vous. Une aubaine pour les producteurs qui ont pu proposer des abricots à un marché fort demandeur.

Cette campagne 2020, les abricots ont manqué. Les raisons de cette baisse sont multiples : un hiver doux qui n’a pas satisfait les besoins en froid de certaines variétés ; des températures particulièrement élevées en février qui ont, d’une part, entraîné une avance de floraison d’environ 15 jours en moyenne par rapport à 2018 et 2019, et, d’autre part, des floraisons étalées, avec souvent une deuxième, voire une troisième floraison à la mi-mars s’étalant jusqu’à avril.

En plus de ces anomalies florales et de nouaison, le gel a frappé un grand nombre d’exploitations fin mars, les soucis se poursuivant en avril avec des pluies et du vent entraînant des criblures sur feuilles et des attaques de bactériose, « même si les arbres se sont rétablis assez rapidement », note Claire Crestin, chargée de programme ‘abricot’ au CTIFL de Balandran. Dans la droite lignée des avances de floraison, une avance de 15 jours a été notée sur les maturités cette campagne, par rapport à 2018 et 2019.

Un marché sous-approvisionné

« On ne s’attendait pas à un tel niveau de manque de fruits, mais pas non plus à un tel niveau de prix ! La récolte française comme européenne a été marquée par des volumes d’abricots particulièrement bas cette année : on ne va pas dépasser les 50% du potentiel global – autour de 150 000 tonnes en France – que l’on n’atteint de toute façon que rarement », résume Raphaël Martinez, directeur de l’AOPn ‘Pêches et abricots de français’, qui rassemblent plus de 70% de la production française. Et 2020 amène également une autre confirmation : après des années de plantation soutenues, les arrachages de vergers d’abricotiers se poursuivent cette année, après trois années économiques compliquées pour les producteurs. « Heureusement, les niveaux de prix globalement élevés cette année font permettre aux arboriculteurs, qui avaient de la production, de repartir sereins et de tirer leur épingle du jeu cette année », note le directeur de l’AOPn.

En effet, faible production et Covid oblige, le marché a bien répondu cette année, « que ce soit au plein national ou européen » : l’Italie a fait une demi-récolte, tandis que l’Espagne afficherait un recul d'au moins 15% sur un an, la récolte européenne chutant au final de plus de 37% d’après les prévisions du Medfel (-28% par rapport à la moyenne quinquennale).

« On a même eu des demandes du marché allemand, de retour sur l’origine France, car on manquait terriblement de marchandises au niveau européen. Résultat : on a retrouvé des niveaux de prix que l’on n’avait plus vu depuis quatre ou cinq ans, y compris sur le cœur de saison », souligne Raphaël Martinez. Ainsi, « à trois mois de campagne (mai à juillet), le chiffre d’affaires national provisoire progresserait de 8% sur un an et de 6% comparés à la moyenne 2015-2019 », détaille Agreste, dans sa dernière note conjoncturelle.

Manque de confitures

Il faut dire que l’abricot français est arrivé sur un marché printanier porté par les produits français, redécouverts par les consommateurs. « Le déconfinement n’a pas cassé cette dynamique, le marché retrouvant même un équilibre précaire, même si évidemment il manquait la consommation des touristes étrangers. Mais les Français ont répondu présents même si, très vite, les distributeurs sont redevenus plus agressifs sur les prix, notamment la tomate et les autres fruits et légumes de saison. Mais sur abricot, cela n’a pas été le cas : on manquait trop de marchandise. »

Alors que les derniers abricots devraient trouver preneurs encore en septembre, l’AOPn poursuit ses travaux de structuration de la filière, à commencer par la segmentation. « Nous analyserons finement quels types d’emballages ont été demandés et si cela a fait bouger ou non les lignes. Nous poursuivrons évidemment le travail sur la segmentation et l’indice qualité, lancé il y a deux ans maintenant. Les barquettes représentent environ un tiers des Unités de vente consommateur (UVC), et il n’y a pas de raison que cela ne se soit pas maintenu cette année. Et le cœur de marché reste le plateau de calibre 2A en vrac. Mais sur cette campagne, l’absence de disponibilité a faussé la donne, et les stations et distributeurs ont fait au plus simple côté emballages. En revanche, il va nous falloir mener une réflexion plus poussée sur la transformation et le débouché confiture : la demande a été forte cette année et nous n’avons pu la satisfaire entièrement. »

Si le Covid a obligé à une adaptation de tous les instants, il n’a heureusement pas balayé les efforts qualitatifs réalisés par les producteurs et l’AOP : la phase de déploiement de ce plan se poursuit, « avec cette année 16 stations qui ont mis en place l’indicateur qualité que nous proposons, comme les distributeurs. La filière se l’approprie progressivement et c’est une bonne chose : éditeurs et obtenteurs vont même jusqu’à y faire référence pour leurs propres projets ». De même, la liste des variétés diffusée par l’AOP tous les membres de l’AOP – qui peuvent s’appuyer dessus pour conseiller les producteurs – continue d’être régulièrement mise à jour. Enfin, côté recherche, les travaux sur l'imagerie non-destructive de mesure du taux de la qualité par infrarouge se poursuivent, en partenariat avec SudExpé et le CTIFL.

Céline Zambujo


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