Cabrières-d’Avignon : Quand la ‘mélano’ fait le Moine

Publié le 09 février 2021

Le nouveau défi d’Alain et Véronique Moine est de relancer des truffières devenues peu productives. (© P. Nicolas)

Seule pépinière certifiée par le Centre technique interprofessionnel dans le Vaucluse, l’entreprise Moine, à Cabrières-d’Avignon, est une histoire de famille, commencée il y a 42 ans, et qui se poursuit sur trois générations. Portrait d’une famille de passionnés de ‘mélano’.

C’est une histoire de famille, dans le joli village de Cabrières-d’Avignon, sur les flancs des Monts de Vaucluse, avec vue sur le Luberon. Comme beaucoup d’actifs vivant dans les villages, le père d’Alain Moine a une double activité : il est épicier et agriculteur. Il mène ainsi quelques hectares de vignes et de cerisiers. « Mais un jour », explique son fils, « il lui a pris l’idée de planter 7000 m² de chênes truffiers, presque par curiosité, pour voir ce que cela allait donner ». En 1990, Alain, qui a désormais pris le relais de son père, se marie avec Véronique. Ils ont un chien, qui semble avoir un vrai talent pour le cavage. Les jeunes mariés commencent alors à chercher des truffes, sur la parcelle plantée il y a 12 ans de cela. « Et, au fur et à mesure, on s’est pris d’une vraie passion pour la truffe », explique Véronique. « J’ai toujours été fasciné par cette symbiose entre un arbre, un sol, un climat, grâce à laquelle la mycorhization peut avoir lieu, et donner naissance à une truffe », renchérit son mari.

Proposer des plants réellement mycorhizés

Assez vite, ils se lancent dans la production de plants truffiers. « Mais ce qui nous paraissait important, c’était de produire des plants dont la mycorhization soit réelle. Il ne suffit pas de planter de jeunes pousses, de disséminer quelques parcelles de Tuber melanosporum : car il n’y a pas de méthode sûre à 100% pour que se crée la mycorhization. » La seule manière de garantir aux clients qu’ils ne vont pas dépenser leur argent pour rien, c’est donc de faire certifier, par un organisme indépendant, la mycorhization des plants.

« On s’est d’abord tourné vers l’Inrae, mais ils ont donné des licences exclusives à Agritruffe et Robin, et ne pouvaient donc pas nous aider », explique Alain Moine. Poursuivant leurs recherches, il entend parler des certifications octroyées par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL). « Ils certifient une douzaine de pépinières trufficoles dans toute la France, dont quatre dans le grand Sud-Est. Mais jusque-là, il n’y en avait aucune dans le Vaucluse. »

Le CTIFL leur donne alors la possibilité de faire un essai, pour prouver qu’ils sont bien en capacité de produire des plants mycorhizés. « On a donc produit environ 3000 plants. Mais la première année, le résultat n’a pas été à la hauteur de nos attentes », reconnaît Véronique. « Alors, on a cherché à comprendre ce qui n’avait pas marché, et l’année suivante, le résultat a été assez spectaculaire ! »

À partir de 2010, donc, les Moine deviennent les seuls pépiniéristes de plants à vocation truffière certifiés de tout le Vaucluse. L’activité de leur pépinière se développe rapidement, permettant ainsi à Alain de laisser l’épicerie du village à son frère, et de constituer un Gaec, en 2013. « J’avais fait un test, pendant l’hiver 2012, en prenant trois mois de congé sans solde pour commercialiser les plants. Quand j’ai vu que ça marchait, que nos clients étaient contents, et que le bouche-à-oreille était bon, on s’est dit que c’était le moment d’y aller à fond. » En 2018, leur fille, Lucie, rejoint le Gaec, après avoir obtenu sur diplôme d’arboriculture au lycée agricole Louis Giraud.

Vérification, exigence et expérimentation

Le chêne vert et le chêne pubescent représentent aujourd’hui 80% de la production des Pépinières Moine. « Mais nous produisons aussi du noisetier, du chêne pédonculé, du chêne chevelu, du charme », complète Véronique. 20 000 plants environ sont produits chaque année, mais un bon quart d’entre eux est écarté, suite aux contrôles réalisés par le CTIFL.

« Les plants doivent avoir une certaine hauteur, mais aussi un certain collet (diamètre, ndlr). Il y a des prélèvements aléatoires faits sur tous les lots de plants. On les débarrasse alors de leur substrat, afin de mettre les racines à nu et d’observer la mycorhization. Une note de zéro à cinq est alors attribuée à chaque plant ainsi examiné. Il faut que, pour l’ensemble des échantillons prélevés sur le lot, la note moyenne soit supérieure à 2,5 pour que le lot soit certifié », précise Alain Moine.

Malgré cette belle réussite, Alain, Véronique et Lucie Moine ne s’endorment pas pour autant sur leurs lauriers. Leur nouveau défi : relancer des truffières devenues peu productives. D’autant qu’ils sont en possession d’une parcelle idéale pour cela : les 7000 m² plantés 40 années auparavant par le papa d’Alain, cette parcelle qui est, en quelque sorte, à l’origine de leur passion pour la Tuber melanosporum. « On a laissé tranquille une moitié de la parcelle qui produit toujours et, sur l’autre moitié, on a coupé les arbres qui ne produisaient plus, et on a surtout éclairci. Puis, à la place des arbres coupés, on a planté des jeunes plants. Et l’année dernière Alain a trouvé une truffe au pied d’un de ces jeunes plants, qui n’avait pas plus de 50 centimètres de haut ! » explique Véronique avec fierté.

Par étapes

Le résultat a été probant : non seulement les arbres qui produisaient déjà ont continué à produire, tout comme les jeunes plants, mais la surprise a été que les arbres improductifs ont retrouvé des couleurs et ont recommencé à produire « On a donc acquis la conviction qu’il fallait faire le renouvellement d’arbres par étapes, et non pas en chamboulant tout d’un seul coup. »

En ce début d’année 2021, alors que la fermeture des restaurants est une vraie pénalité pour la filière trufficole, Alain Moine reste confiant. « On a fait une très belle récolte cette année, tant en qualité qu’en quantité. C’est bien dommage que les chefs n’aient pas eu la possibilité d’utiliser ces produits magnifiques. Mais ce qui me donne confiance, c’est qu’un nombre de plus en plus nombreux de trufficulteurs viennent nous voir pour acheter nos plants certifiés, grâce au plan de relance de la filière, mis en place par la Région : ce plan permet aux producteurs de bénéficier de 130 000 € par an sur trois années pour développer la filière. »

Pierre Nicolas, CLP


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