Blé dur : Toujours pas de rebond à l’horizon

Publié le 03 novembre 2020

Avec la baisse des prix mondiaux et la baisse des soutiens de la PAC, la production de blé dur n’est plus rentable. Le niveau critique qui menace l’équilibre de la filière toute entière est atteint. (© E. Delarue)

Les objectifs de semis de blé dur dans le Sud-Est pour la campagne 2020-2021 ne sont pas encore connus, mais la baisse des surfaces devrait se poursuivre. Producteurs et organismes stockeurs sont inquiets. La rentabilité de leurs outils de production est directement menacée. Pour stimuler un rebond du blé dur, les pistes ne sont pourtant pas inconnues.

Le déclin du blé dur en Paca semble se poursuivre. Si la qualité de la récolte 2020 a été bonne dans l’ensemble, les surfaces emblavées sont tombées sous la barre des 20 000 hectares, contre 60 000 ha en 2010. Cet effondrement, observé et commenté depuis plusieurs années, appelle pourtant à une réaction urgente de l’ensemble des acteurs et partenaires de la filière. Sous peine que celle-ci ne disparaisse d’ici peu. Les fluctuations des cours mondiaux, très défavorables aux producteurs du Sud-Est, constituent toujours cet obstacle qui paraît infranchissable.

Dans la profession, on estime qu’un prix payé producteur aux alentours de 300 € la tonne pourrait permettre à un céréaliculteur de pouvoir vivre et d’investir, et de ce fait de continuer à produire. Mais aujourd’hui, avec un prix à la tonne payée actuellement entre 200 et 250 €, c’est vers d’autres cultures, aidées ou pas, que continuent de se tourner les céréaliculteurs. On observe « un transfert massif des hectares de blé dur, d’abord vers les friches, mais aussi vers la vigne, le lavandin ainsi que d’autres cultures maraîchères moins aidées mais plus rentables », déplore Nicolas de Sambucy, le président du Comité régional des céréales. Avec la perte de volumes, ces diversifications de cultures dans les zones traditionnelles blé dur posent un problème de fond. « Ce phénomène vient bousculer des productions déjà en place et conduira, tôt ou tard, à un déséquilibre de filières, à des surproductions dans des secteurs déjà en difficulté », poursuit le céréalier.

Rentabilité et soutiens insuffisants.

La filière blé dur du Sud-Est souffre aussi ces dernières années d’un handicap climatique, qui induit un manque de rentabilité de l’acte de production. En zone méditerranéenne, le déficit hydrique de printemps, l’inondation hivernale des sols, et les températures élevées en mai-juin pendant la formation du grain expliquent pour beaucoup la variabilité du rendement dans les exploitations. « Les rendements peu élevés relèvent en partie de ces facteurs climatologiques. Mais, faute de rémunération suffisante sur le blé dur, les céréaliers sont aussi plus prudents dans l’utilisation d’intrants et dans la gestion de leurs coûts de production. Pourtant, le rendement est le facteur essentiel de la réussite économique », explique Didier Marie, directeur de la coopérative GPS. Tout se tient en effet, mais la conséquence est que la production régionale de blé dur continue chaque année d’être abandonnée, en raison de son manque de rentabilité. D’après les organismes agricoles du secteur, un niveau critique – menaçant l’équilibre tout entier de la filière en termes de pérennité des outils de stockage, de transformation et d'emploi – est aujourd’hui atteint.

L’espoir d’une solution réglementaire.

Dans l’espoir d’enrayer le déclin du blé dur dans la région, les représentants du secteur et la Région Paca ont alerté le préfet de Région et le ministre de l’Agriculture sur la situation catastrophique du blé dur en Paca. Ils pointent aussi les soutiens de la PAC qui ne contribuent plus aujourd’hui à maintenir une rentabilité sur le blé dur. Comme l’explique Nicolas de Sambucy, « en raison de la convergence des aides au niveau européen, la baisse des soutiens de la Politique agricole commune se traduit par une perte sur la valeur faciale des DPU de près de 9 % par an depuis 2015, ce qui a très forment impacté la rentabilité du blé dur depuis cinq ans ».

La négociation de la prochaine PAC pourrait constituer une opportunité d’ajuster au mieux ces aides, pour répondre au besoin de la filière. La période de transition, allongée à deux années en l’état, risque cependant de prolonger dangereusement la situation actuelle.

« La seule solution réglementaire – qui permettrait d’envoyer un signal fort aux céréaliculteurs du Sud-Est pour compenser cette perte et freiner la chute des surfaces – consisterait à revaloriser rapidement l’enveloppe de l’aide couplée en zone traditionnelle sur le blé dur », assure le président du Comité régional des céréales. Concrètement, la profession a demandé « une augmentation du budget de 7 à 30 millions d’euros, ce qui reste très marginal au regard de l’ensemble de l’enveloppe des aides couplées », ajoute Nicolas de Sambucy.

Des projets structurants en attente.

Aussi, les professionnels attendent-ils beaucoup du comité de filière régional qui se tient le 2 octobre sur ces questions. En parallèle, ils ne délaissent pas le marché pour autant et croient beaucoup à la valorisation de leur production. « Le marché mondial pénalise clairement la production de blé dur de la région. Les prix ne sont pas assez compétitifs par rapport à d’autres cultures et les surfaces du blé dur diminuent. Pour redonner un nouvel élan à notre filière, nous travaillons à la mise en place d’un Label rouge sur la semoule. Mais pour que ce projet structurant aboutisse, il doit impliquer tous les opérateurs de la collecte et l’aval », indique Geoffroy Marchand, responsable de marché ‘semences grandes cultures’ à la CAPL. D’autres pistes sont à l’étude, comme les démarches de différenciation sur le bio, le sans gluten ou le zéro pesticide, autant d’opportunité à saisir pour valoriser le blé dur de la région, mais qui nécessitent un accompagnement de l’aval. Le marché est en tout cas demandeur.

Heureusement, tout n’est pas noir dans ce tableau : le projet de baguette 100% régionale ‘Lou pan d’ici’ monte en puissance cette année. Lancé officiellement à l’occasion du Salon de l’agriculture 2020, ce projet – qui implique notamment les producteurs de blé des coopératives Alpesud, GPS, Arterris Sud-Est et CAPL – a mis en lumière la capacité de différents acteurs à créer une véritable filière, pour travailler dans la confiance. Mais, dans sa construction, il a aussi demandé du temps et, pour sauver le blé dur provençal, il faut aller vite.

Emmanuel Delarue


Autres productionsGrandes culturesBlé dur paca baguette céréale lou pan d'ici