BioIntrant : de la terre à la terre

Publié le 13 décembre 2021

Aux côtés de Félix Heulin, Nicolas Chabert, directeur technique de la jeune structure teste de nouvelles souches en laboratoire avant de la valider dans d’autres conditions. (© ED)

Spécialisée dans le développement et la production de solutions phytobénéfiques, la start-up BioIntrant, basée à Pertuis, veut répondre aux problématiques agricoles spécifiques aux filières grandes cultures et maraîchères par les bactéries.

Le marché des intrants en agriculture est en plein bouleversement. D’un côté, les tarifs des engrais ou des amendements sont à la hausse ; et de l’autre, la demande croissante du secteur et les attentes sur la transition écologique contribuent aussi à accélérer le déploiement des solutions de biocontrôle. Si ces dernières ne représentent encore guère plus de 5 % du marché de la protection des plantes, la recherche et l’innovation avancent. Ces dernières années, nombreuses sont les start-up à être montées dans le train en marche.

En région Paca, une nouvelle structure, créée en 2018, s’est lancée sur la mise en marché d’innovations dans le domaine des bactéries phytobénéfiques à destination de l’agriculture. La jeune entreprise est issue du laboratoire CNRS/CEA du Lemire, qui travaille depuis 30 ans sur les interactions entre les plantes et les bactéries.

Le savoir-faire, l’expertise et la collection bactérienne du laboratoire de Cadarache – une base de données de 2 000 souches alimentée depuis par 1 000 nouvelles souches isolées par BioIntrant – ont été transférés dans l’économie pour créer BioIntrant. Son objectif est de pouvoir proposer des biosolutions clés en main pour le marché agricole. Positionnée sur un levier encore peu sollicité, l'entreprise promeut l’utilisation de bonnes bactéries, à l’instar des probiotiques pour l’homme, afin de protéger les plantes et stimuler leur croissance.

Restaurer les équilibres biologiques

Comme l’explique Félix Heulin, en charge du développement économique de la start-up, "les bactéries que nous identifions et conditionnons constituent des alternatives naturelles aux substances chimiques. Elles offrent aux agriculteurs la possibilité de restaurer les équilibres biologiques au sein de leurs terres de façon naturelle et durable". L’avantage des solutions sur lesquelles travaille BioIntrant est qu’elles viennent du sol pour y retourner ensuite. L’entreprise ne fabrique pas de matière organique, mais travaille sur les biostimulants et les biopesticides dans les grandes cultures et les cultures maraîchères.

L’entreprise mise en effet sur la régénération des écosystèmes des terres agricoles en s’appuyant sur la relation gagnant-gagnant très forte que partagent les plantes et les bactéries, depuis des millions d’années. Elles se soutiennent mutuellement par un dialogue moléculaire bénéfique à la croissance de chacune d’elles. Ainsi, 90 % des nutriments absorbés par la plante sont rendus assimilables par les micro-organismes du sol. Par sa technologie, l’équipe de BioIntrant est capable d’identifier les biosolutions bactériennes les plus adaptées aux spécificités des problématiques agricoles.

Le lien entre la recherche fondamentale et le marché

Aujourd’hui l’entreprise pertuisienne veut faire le lien entre la recherche fondamentale et la commercialisation des solutions. Une dernière étape finale que BioIntrant confiera toutefois aux distributeurs sur le marché de la fertilisation organique. "Nous travaillons sur l’identification des produits en les isolant dans des sols et des conditions pédoclimatiques différentes. On assure le séquençage des génomes des bactéries en interne, l’enregistrement et la production des solutions", explique Félix Heulin. L’entreprise dispose déjà de dix Autorisation de mise sur le marché (AMM) en Allemagne et en France, des solutions abouties sur le stress hydrique du tournesol, par exemple, et d’autres sur le basilic et la fraise. Ces produits permettront aussi de sécuriser le rendement des agriculteurs, d’optimiser les intrants ou de s’y substituer grâce à la réactivation de la vie des sols.

De nombreux tests – avec des distributeurs qui s’approprieront ensuite les produits pour les commercialiser – sont en cours. Mais la start-up travaille sur le temps long. Pour qu’une solution arrive au stade de sa commercialisation, cela demande du temps. Il ne faut environ six mois à BioIntrant pour identifier un produit et le valider dans ses installations. Pour la validation commerciale, plusieurs campagnes agricoles successives sont par contre nécessaires. Mais l’entreprise a déjà d’autres AMM proches d’aboutir, et deux très bons candidats pour les biopesticides sont en cours d’évaluation, notamment sur les cultures céréalières.

Pour asseoir son ancrage territorial et toujours mieux répondre aux attentes du monde agricole, la start-up souhaite aussi renforcer ses partenariats avec les acteurs de l’expérimentation dans la région. En attendant la reconnaissance du marché.

Emmanuel Delarue


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