Azuvia : des serres filtrantes biologiques pour effluents de cave

Publié le 26 octobre 2021

L’équipe fondatrice, de gauche à droite : Olivier Lucas, Jean-Rémi Loup, Tristan Bauduin et Paul-Étienne Fontaine. (© DR)

Jeune start-up implantée dans le Vaucluse, Azuvia développe un procédé de traitement biologique d’effluents vinicoles qui doit être breveté prochainement.

Contraction d’azur (bleu) et de via (voie), Azuvia avance pas à pas dans le domaine du traitement de l’eau par procédé biologique, depuis un peu plus de quatre ans. À l’origine de cette start-up, on trouve quatre élèves ingénieurs de Sup'Biotech Paris passionnés par les questions liées à l’environnement. "On avait créé une association de développement durable pendant nos études. On s’est lié d’amitié et on a appris à travailler ensemble", raconte l’un d’entre eux. C’est là que naît le concept de serre filtrante développé depuis par Azuvia.

"On a fait un test sur la piscine de mon grand-père et ça a fonctionné. Alors, on a continué à travailler et on a créé notre start-up en février 2019", raconte Olivier Lucas, aujourd’hui directeur commercial et co-fondateur de l’entreprise avec Tristan Bauduin, son président, Paul-Étienne Fontaine, directeur général et scientifique, et Jean-Rémi Loup, directeur technique. Les quatre garçons plein d’avenir terminent alors leurs études en Île-de-France. Le procédé est dans un premier temps destiné à transformer des piscines classiques en piscines naturelles, grâce à des modules de dépollution biologiques installés en étage sous serre. Et Azuvia déménage à Avignon, pour se rapprocher de sa zone de chalandise cible.

Un procédé 100 % biologique

Dès 2020, en parallèle de la solution mise au point pour la baignade, l’entreprise investit sur la R & D et recrute un ingénieur, pour adapter le procédé aux effluents liquides de l’industrie et du monde agricole. À l’été 2021, le concept est finalisé et Seteia (système écologique de traitement des effluents de l’industrie et de l’agriculture) est testé chez un vigneron, ainsi que dans une compostière dans la Drôme.

"Notre technologie permet de traiter un large spectre de polluants dès lors qu’ils sont biodégradables. Quand on est arrivé dans la région, on a tout de suite pensé à la filière vinicole. On a rencontré différents acteurs de l’agriculture qui nous ont permis d’avancer vite. Et cela va finalement devenir notre activité principale", présente Olivier Lucas.

Le procédé repose sur trois piliers : la phytoremédiation, l’hydroponie et la maîtrise de l’environnement grâce à la serre. "On est sur de la phytoépuration, c'est-à-dire le traitement de l’eau par des organismes vivants, qui sont des bactéries et des plantes. Notre concept les place en hydroponie, donc directement au contact de l’effluent. Nous les utilisons sous la forme de modules à étages, ce qui nous permet de limiter la surface occupée. Avec la serre, on est enfin dans un environnement maîtrisé qui permet d’avoir une plus grande amplitude de filtration, en étant protégé des divers aléas susceptibles de déstabiliser la communauté bactérienne à l’œuvre", explique encore le responsable commercial d’Azuvia.

Une solution sur mesure

Les serres en verre et aluminium thermolaqué, de style victorien, ont été imaginées pour résister au temps, mais aussi s’intégrer aux paysages qui entourent les domaines viticoles. Leur capacité de traitement peut varier 1 m3/jour, au minimum, à plus de 100 m3/j, et s’adapte tout particulièrement aux petites et moyennes exploitations. Le dimensionnement se fait sur mesure, en fonction de la quantité d’effluents produite, du spectre des polluants et de la saisonnalité de la production. Les plantes aquatiques et semi-aquatiques sont choisies selon leur capacité de dépollution et leur caractère endémique. "On a travaillé à partir d’une soixantaine de plantes, et on utilise aujourd’hui 16 espèces principales parmi lesquelles la menthe aquatique, l’iris ou le jonc", précise Olivier Lucas. Les micro-organismes sont "élevés" à partir des effluents produits. "On récupère des effluents sur site en amont de l’installation, et on habitue des bactéries de différentes familles aux nutriments présents. Seules les plus performantes vont rester", détaille le représentant d’Azuvia. "Toutes les eaux des process de vinification ainsi que les eaux de nettoyage des caves peuvent être traitées, on s’adapte à chaque situation", assure-t-il.

Une fois en fonctionnement, le biofilm peut être soit alimenté en permanence, soit être réensemencé en fonction des besoins. L’eau dépolluée qui sort de l’installation peut être relarguée dans la nature ou utilisée pour irriguer. L’équipe d’Azuvia – qui compte aujourd’hui sept personnes – est en train de développer des solutions pour répondre au cas de forte saisonnalité.

Seteia attend désormais d’être breveté. "On termine la phase de test sur le terrain, et le mémoire technique est en cours d’achèvement. Tous les voyants sont au vert. Le dossier de brevet devrait être déposé fin novembre, pour un début de commercialisation en 2022. Un commercial vient fraîchement d’être recruté à cet effet", indique Olivier Lucas. D’ores et déjà, l’installation mise en place chez le vigneron partenaire d’Azuvia peut être visitée.

Gabrielle Lantes


Le concept de serre filtrante, initialement imaginé pour la piscine, a été développé pour les effluents de l’agriculture et de l’industrie. (© DR)

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